15e Conférence de Montréal - GE martèle l'urgence du virage vert

«Nous avons fait beaucoup d’argent en nous mettant au vert», avoue le patron de General Electric, Jeffrey Immelt.
Photo: Jacques Nadeau «Nous avons fait beaucoup d’argent en nous mettant au vert», avoue le patron de General Electric, Jeffrey Immelt.

La crise économique n'est pas seulement une terrible catastrophe, selon le p.-d.g. de GE, Jeffrey Immelt, et le secrétaire général de l'OCDE, Angel Gurría. Elle offre aussi une occasion en or d'améliorer nos économies, notamment en matière environnementale.

La crise économique mondiale offre une chance à ne pas manquer d'amorcer le virage vers une économie plus verte, estime le grand patron de General Electric, Jeffrey Immelt.

«Dieu merci, il y a eu cette crise!» s'est exclamé hier le p.-d.g. de la multinationale américaine dans un discours prononcé dans le cadre de la 15e Conférence de Montréal. «Cela nous offre l'occasion de repartir à neuf.»

L'homme qui a engagé son entreprise dans le développement de technologies vertes en lançant en 2004 un projet appelé «Ecomagination», se défend bien pourtant d'être militant environnementaliste. «Je suis un homme d'affaires, a-t-il martelé. On m'a appris à détester les organisations environnementales.» Il ne cache pas, toutefois, en avoir soupé des doutes scientifiques et des oppositions économiques soulevés depuis des années aux États-Unis par une certaine communauté des affaires à l'égard, notamment, du problème des changements climatiques et des réformes qu'il faudrait mettre en place.

«Le temps des grands débats intellectuels est passé. Cela fait 20 ans qu'on en discute, s'est-il exclamé. Lorsque je mets mes lunettes de chef d'entreprise, je vois que la Chine procède à la séquestration du carbone, que la France avance très vite dans le nucléaire, que l'Europe est le leader dans les énergies renouvelables, que le Japon mène dans le secteur des batteries... cela va se faire avec ou sans nous! Je préférerais qu'on soit aux avant-postes de cette tendance plutôt qu'en retard de cinq ou dix ans.»

Dans son projet «Ecomagination», GE s'est accordé dix ans pour doubler son budget de recherche et développement de technologies vertes, qui était de 750 millions, de quadrupler ses revenus dans le secteur, qui étaient de 5 milliards, et de réduire du tiers son empreinte écologique. À mi-chemin, presque tous ces objectifs sont déjà atteints. «Nous avons fait beaucoup d'argent en nous mettant au vert», a résumé celui qui a pris la barre de la compagnie moins d'une semaine avant le 11 septembre 2001.

Des États qui ne veulent plus partir

Selon Jeffrey Immelt, l'économie mondiale qui émergera de l'actuelle crise sera bien différente de celle que l'on a connue pendant des années, en commençant par le rôle de l'État qui y sera plus grand. «Les gouvernements sont entrés dans la place et ils n'en ressortiront pas», a-t-il dit. Le secteur financier, mais aussi l'ensemble des entreprises privées américaines devront s'habituer, selon lui, à plus de régulation, à l'implication des gouvernements dans des projets de partenariats public-privé et à l'adoption de nouvelles politiques nationales de l'énergie ou de la santé.

Celui qui avoue candidement ne pas avoir voté pour le démocrate Barack Obama aux dernières élections précise bien que ce plus grand interventionnisme étatique est probablement nécessaire en matière notamment de stratégie économique. «Le problème avec le marché est qu'il pense à trop court terme alors que l'on parle, ici, de réformes et d'investissements dont l'horizon devrait être de 40 ou 50 ans.»

Jeffrey Immelt déplore, entre autres, le fait que les États-Unis soient passés en 25 ans d'une économie d'innovation, de production de biens et d'exportations, à une économie de services (essentiellement financiers) et d'importations. «Ça ne peut pas être la bonne voie à long terme.»

Le patron de GE se dit particulièrement inquiet de la place qu'occuperont les économies développées d'aujourd'hui lorsque les économies et les populations de la Chine et de l'Inde auront encore plus grossi. «Chaque fois que je vais là-bas, j'en reviens avec un plus gros mal de tête que la fois précédente, a-t-il dit à un auditoire conquis. Je me demande: "Comment fera-t-on, dans 30 ans, pour battre ces gars-là?"»

Le virage vert (bis)

Le secrétaire général de l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), Angel Gurría, avait tenu des propos très similaires plus tôt dans la journée. «En ce moment même, les gouvernements de la planète procèdent au plus grand effort de relance économique mondiale de l'Histoire. Ces plans de relance économique sont la plus grande chance que nous ayons jamais eue de rendre notre économie plus verte.»

À l'inverse, l'adoption de mesures incitant à une utilisation polluante des énergies fossiles, à l'épuisement des ressources et à une consommation débridée constituerait, selon lui, «une occasion gaspillée et une menace pour l'avenir de nos enfants». L'impact environnemental de chaque mesure de relance devrait faire l'objet d'un examen, a-t-il dit, surtout s'il est question d'encourager l'industrie automobile, de construire de nouvelles routes ou d'essayer d'infléchir à la baisse les prix de l'énergie.

«La recherche de résultats à court terme ne doit pas nous faire perdre de vue les défis à long terme qui nous attendent.»

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