Marcel Côté et Claude Séguin à la Chambre de commerce du Montréal métropolitain - Montréal va mal... et le temps n'arrangera pas les choses

Le cadre de gouvernance et le cadre fiscal de Montréal sont parmi les lacunes les plus flagrantes de la ville, croient des économistes.
Photo: Jacques Grenier Le cadre de gouvernance et le cadre fiscal de Montréal sont parmi les lacunes les plus flagrantes de la ville, croient des économistes.

Le congrès récent qui réunissait 350 économistes pour discuter des «grandes villes, moteurs du développement économique» et plus particulièrement du cas de Montréal, a permis d'établir que cette ville accuse une faible performance économique depuis longtemps et que le temps n'arrange pas les choses, bien au contraire, malgré les progrès importants enregistrés depuis 45 ans. Le problème est que le progrès va plus vite ailleurs qu'à Montréal.

Telle est la conclusion générale qui se dégage des débats qui ont eu lieu entre ces économistes et dont la synthèse a été présentée hier par Marcel Côté, président du congrès et ex-président de Secor, et par Claude Séguin, vice-président principal chez CGI et ex-sous-ministre à Québec. Cette synthèse a été présentée au déjeuner de la Chambre de commerce du Montréal métropolitain, en présence du maire de Montréal, Gérald Tremblay, qui a chaleureusement applaudi à la fin de l'exposé, même si le portrait tracé était loin d'être flatteur.

La liste des critiques a été ramenée à 10 chantiers sur lesquels il faudrait travailler dans les années à venir, mais en commençant tout de suite. Parmi les lacunes les plus flagrantes qui ont été relevées, il y a le cadre de gouvernance et le cadre fiscal de Montréal. «La remise en question de la gouvernance dans la région de Montréal ne fait plus de doute. L'expérience des arrondissements de la ville de Montréal, le dysfonctionnement des paliers supra municipaux sur l'île ou dans la région métropolitaine, la surimposition d'agences diverses émanant du gouvernement du Québec semblent entretenir une cacophonie perpétuelle. Chacun veut bien faire, mais l'ensemble condamne Montréal à un marasme généralisé», ont résumé les deux rapporteurs. Pour ce qui est du financement, les grandes villes du monde peuvent compter sur des sources de financement plus dynamiques que l'impôt foncier. Montréal dépend de l'impôt foncier à hauteur de 71 % de ses revenus totaux, en comparaison de 42 % à Toronto, 48 % à Vancouver et 21 % dans les villes américaines. Il faudrait que Montréal ait, elle aussi, accès à des taxes perçues sur des revenus qui suivent les mouvements de l'économie (ventes, essence). Les économistes ont conclu qu'il faudrait former rapidement un groupe de travail indépendant des gouvernements et des instances municipales pour se pencher sur les changements à apporter à la fiscalité et sur l'ensemble des structures de gouvernance.

Par ailleurs, ils recommandent l'élaboration d'un plan à long terme pour l'ensemble des projets d'infrastructures de la région métropolitaine, en déterminant les coûts et les sources de financement. Ce plan serait mis à jour régulièrement et établirait des priorités.

Montréal est pauvre, avec son PIB par habitant inférieur de 20 % à celui de Toronto et de 63 % à celui des 23 grandes villes américaines. La productivité est plus basse à Montréal qu'ailleurs, et il y a des lacunes importantes en matière de scolarisation. Cette ville est en queue de liste pour le nombre de personnes ayant un diplôme d'études secondaires. La diplomation universitaire y est de la moitié de ce qu'elle est à Boston, à Washington ou à San Francisco. Les universités sont sous-financées avec un écart de 20 % par étudiant, en comparaison de leurs concurrentes canadiennes. Le financement des universités est au Québec de 708 $ par personne, en comparaison de 834 $ ailleurs au Canada. Par ailleurs, aucune corrélation n'existe entre l'accès à l'université et les bas frais de scolarité. Dans l'impasse actuelle de financement, les économistes recommandent une déréglementation immédiate des frais de scolarité des programmes de deuxième cycle et d'écoles professionnelles et l'accélération des hausses progressives déjà planifiées au premier cycle, tout en ajustant les programmes de prêts et bourses.

Un autre facteur d'appauvrissement constaté est celui d'un pourcentage d'entrepreneurs dans la population moins grand à Montréal qu'à Toronto ou Vancouver.

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