15e Conférence de Montréal - Les banques ont encore besoin d'aide

Dominique Strauss-Kahn, directeur général du Fonds monétaire international
Photo: Jacques Nadeau Dominique Strauss-Kahn, directeur général du Fonds monétaire international

La 15e Conférence de Montréal a tout de suite plongé dans le vif du sujet, hier, en s'ouvrant sur la question des efforts nécessaires pour sortir de la crise économique mondiale et éviter qu'elle ne se répète.

Les gouvernements devront en faire encore un peu plus pour aider les banques à assainir leurs bilans s'ils veulent s'assurer qu'une reprise économique se matérialise l'an prochain, estime le directeur général du Fonds monétaire international (FMI), Dominique Strauss-Kahn.

«L'expérience que le Fonds monétaire a des crises bancaires, c'est que tant que ces crises bancaires ne sont pas résolues, la croissance ne revient pas», a-t-il déclaré hier lors d'un point de presse en marge de la 15e édition de la Conférence de Montréal. «Ce qui me frappe beaucoup aujourd'hui, a-t-il poursuivi, c'est que le marché du crédit n'a pas encore retrouvé son fonctionnement normal. Il n'est plus aussi gelé qu'il a pu l'être il y a un an et demi, mais il continue à être immobile.»

La raison de cette immobilité, selon Dominique Strauss-Kahn, est le «manque de confiance» des acteurs dans la solidité des assises financières des banques. On ne craindrait plus les dommages causés par le choc initial de l'effondrement des subprimes, mais ceux découlant de la crise économique.

Plusieurs milliers de milliards de dollars ont pourtant déjà été avancés aux institutions financières par les gouvernements et les banques centrales sous forme de prises en garanties, de rachats d'actifs toxiques et même de nationalisation partielle ou complète. Un effort équivalent à 2 % du produit intérieur brut a aussi été demandé aux gouvernements sous forme de mesures de stimulation économique.

«L'effort de soutien budgétaire que le FMI a demandé a été mis en place correctement à travers la planète, certains pays faisant plus, certains pays faisant moins, selon leurs capacités, a expliqué au Devoir Dominique Strauss-Kahn. Ce qui n'a pas encore été totalement traité, même si beaucoup a déjà été fait, est le nettoyage du système bancaire.»

Reprise lente

Si tout va bien, la reprise économique mondiale devrait commencer à se matérialiser dans la première moitié de 2010, et elle sera lente, estime le FMI.

La croissance économique restera très faible durant toute l'année 2010 et même en 2011, a prédit hier Jonathan Spector, président et chef de la direction de la firme américaine d'analyse économique Conference Board. Si de plus en plus d'indicateurs économiques passent du rouge au vert depuis quelque temps, les pertes économiques, financières et de confiance chez les consommateurs et les entreprises ont été telles qu'il faudra beaucoup de temps pour s'en remettre.

«Il est vrai que la situation actuelle est extrêmement sombre, a noté Jonathan Spector qui partageait la tribune avec Dominique Strauss-Kahn. D'un autre côté, elle correspond au scénario le plus optimiste que l'on faisait il y a huit mois à peine. C'est déjà un grand accomplissement.»

Cet accomplissement est largement attribuable aux pouvoirs publics, estime Jan Hatzius, économiste en chef pour les États-Unis de la banque d'affaires Goldman, Sachs & Co et l'un des premiers à avoir vu le danger que représentait la crise des subprimes pour l'ensemble du secteur financier. Aux États-Unis, «le gouvernement a été très lent à reconnaître l'ampleur de la crise à laquelle nous faisions face, a-t-il noté hier dans une autre salle de conférence, un peu plus tard dans la journée. Mais une fois qu'il a compris le besoin qu'il y avait d'agir, je crois qu'il s'en est plutôt bien tiré». L'économiste situe le moment de cette prise de conscience des pouvoirs publics américains au début de 2008.

Invité vedette vers midi, le président de la Banque mondiale, Robert Zoellick, a rappelé pour sa part que les principales victimes de cette crise n'allaient toutefois pas être les États-Unis ni même l'Europe, mais les pays en voie de développement. Reprenant des propos qu'il avait exposés dans Le Devoir, samedi, il en a appelé à une aide financière supplémentaire pour des pays souvent dépourvus de filet social et où une crise économique grave peut rapidement tourner en tragédie humanitaire et en chaos social.

Les leçons de la crise

Aux moins deux grandes leçons auront été tirées de cette crise financière et économique exceptionnelle, a constaté Dominique Strauss-Kahn. La première est que «la mondialisation n'est pas qu'un concept abstrait, mais un phénomène bien réel qui peut avoir un impact sur la vie d'une multitude de populations». L'autre leçon est l'incroyable complexité des liens qui unissent tous ces pays.

La crise a aussi permis de ramener à l'avant-scène l'État, dont on avait cru pouvoir se passer pour assurer le bon fonctionnement de l'économie. On verra, une fois sortie de la tourmente, quel rôle on voudra lui conserver.

Les mécanismes de régulation de l'économie mondiale seront aussi transformés. On réclame notamment qu'une institution internationale soit chargée de détecter et de dénoncer les pratiques économiques pouvant constituer une menace pour la stabilité mondiale.

«Tout le monde se dit toujours favorable à la mise en place de ce genre de système d'alarme jusqu'à ce que ce soit votre pays qui soit montré du doigt», a toutefois ironisé Robert Zoellick qui s'est prêté à une entrevue publique avec Charlie Rose, le célèbre animateur de la chaîne de télévision publique américaine PBS.

La crise aura quand même donné lieu à un degré «formidable de coopération» entre les gouvernements et les banques centrales des différents pays, s'était tout de même réjoui, un peu plus tôt, Dominique Strauss-Kahn. «C'est du jamais vu.» «Cela montre bien que nous avons appris des erreurs du passé», a-t-il dit en se référant aux années sombres de la Grande Dépression.

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