Ottawa s'attaque encore au déficit

«Tous les dollars que nous aurons en surplus iront au paiement du déficit et de la dette pour quelques années», a déclaré hier Jim Flaherty.
Photo: Agence Reuters «Tous les dollars que nous aurons en surplus iront au paiement du déficit et de la dette pour quelques années», a déclaré hier Jim Flaherty.

Le ministre des Finances du Canada, Jim Flaherty, a soutenu hier que le gouvernement devra faire preuve de «discipline» pour juguler le déficit de plus de 50 milliards de dollars qui s'annonce. Il a également dit que les municipalités canadiennes ont tort de vouloir répliquer au protectionnisme américain par du protectionnisme canadien.

Le temps où les surplus budgétaires d'Ottawa servaient à financer de nouveaux programmes ou à baisser les taxes et les impôts est révolu. Du moins pour les prochaines années, a déclaré le ministre fédéral des Finances, Jim Flaherty, de passage à Montréal hier matin.

En point de presse, le ministre a soutenu que la lutte contre le déficit serait de nouveau la priorité du gouvernement une fois la récession passée. «Ça va exiger de la discipline. Tous les dollars que nous aurons en surplus iront au paiement du déficit et de la dette pour quelques années», a-t-il dit.

Jim Flaherty a affirmé que le Parlement et les Canadiens sauront dans les prochains jours quel est le montant précis du déficit prévu pour 2009-10. Lors de la présentation du dernier budget, en janvier, le gouvernement prévoyait 34 milliards de déficit cette année. La semaine dernière, le montant était rendu à plus de 50 milliards de dollars. Le ministre a tenu à préciser hier que le chiffre qui sera dévoilé serait «légèrement supérieur» à 50 milliards.

Selon M. Flaherty, le gouvernement n'avait pas le choix de plonger le pays dans l'encre rouge. «C'est une année difficile 2009. Mais les Canadiens s'attendaient à ce que nous agissions ainsi. Ils s'attendaient à ce qu'on mette en place un plan d'action et qu'on dépense ce qu'il faut dépenser pour atténuer la crise. Dans les dernières années, le Canada a mis de l'argent de côté pour les jours plus sombres. On peut se permettre un tel déficit», a-t-il dit.

Le déficit sera «temporaire», a répété le ministre, parce que plusieurs mesures du gouvernement, comme les changements à l'assurance-emploi ou le crédit d'impôt à la rénovation des domiciles, sont de courte durée. «Ça va éviter de faire des déficits structurels», a dit M. Flaherty.

En ce qui concerne une possible reprise économique dès cet automne, le ministre n'a pas voulu s'avancer. Il a dit partager «l'optimisme prudent» de certains analystes, qui estiment que le pire est passé. «Ce que je vois dans l'économie canadienne, ce sont certains signes de stabilisation et certains signes positifs de la volonté des citoyens de recommencer à dépenser», a-t-il dit.

Pas de protectionnisme au Canada

Le ministre des Finances a également abordé la motion votée samedi par la Fédération canadienne des municipalités (FCM).

La FCM a adopté une proposition pour exclure les entreprises américaines des contrats accordés par les villes canadiennes. Ces dernières ont voulu répliquer aux municipalités américaines qui ne veulent pas ouvrir les contrats d'infrastructures aux entreprises étrangères en ces temps de récession.

«Je pense que ce n'est pas une action qui aide l'industrie au Canada, a dit M. Flaherty. Nous devons parler avec les Américains. Nous ne voulons pas avoir une escalade avec le protectionnisme. Le protectionnisme est mauvais pour le Canada, mauvais pour les États-Unis, mauvais pour les villes, mauvais pour les provinces et mauvais pour les États américains.»

Il a dit trouver préférable de régler le contentieux du «Buy American Act» par des négociations plutôt que par des moyens de pression.

M. Flaherty a dit comprendre l'inquiétude des maires, mais il ajoute qu'il faut éviter d'emprunter la voie des représailles. «Si vous commencez à vouloir vous protéger avec des mesures protectionnistes, ça fait boule de neige et ça finit en dépression, comme ç'a été le cas dans les années 1930. Il faut éviter ça.»

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