Pfizer Canada s'inquiète de l'industrie pharmaceutique

Un des médicaments vedettes de Pfizer, le Lipitor
Photo: Agence France-Presse (photo) Un des médicaments vedettes de Pfizer, le Lipitor

Une tempête parfaite menace la recherche et l'innovation dans le domaine des sciences de la vie au Canada, mais il y a aussi des signes encourageants de partenariats public-privé qui pourraient conduire à une synergie parfaite si l'on y ajoutait des politiques gouvernementales qui encourageaient l'innovation. Mais en attendant de savoir lequel de ces deux scénarios l'emportera, Paul Lévesque, président de Pfizer Canada, soutient que l'industrie pharmaceutique canadienne perd du terrain.

Selon lui, en laissant évoluer les choses comme elles vont présentement, on court non seulement vers le déclin des grandes sociétés pharmaceutiques, mais aussi de toutes les sociétés de biotechnologie et des centres de recherche et d'innovation universitaires qui créent des milliers d'emplois. En revanche, pour créer un climat favorable à l'innovation, les gouvernements, dont les budgets sont déjà grandement grevés par les montants alloués à la santé, devraient encourager l'innovation en acceptant de rembourser aux utilisateurs davantage de nouveaux médicaments. Il est possible d'y arriver sans augmenter les coûts de la santé, soutient M. Lévesque.

Conférencier au Cercle canadien de Montréal, le président de Pfizer Canada a décrit les quatre facteurs qui rendent le Canada vulnérable à une tempête parfaite en matière de sciences de la vie. Primo, les produits pharmaceutiques d'origine chimique, qui ont fait la fortune de l'industrie depuis 50 ans terminent leur cycle d'innovation. Dans les trois prochaines années, un nombre sans précédent de brevets viendront à échéance, ce qui éliminera plus de 25 % des revenus de l'industrie pharmaceutique canadienne et la plongera dans une forte décroissance.

Par ailleurs, la recherche est plus difficile que jamais, note M. Lévesque. L'ère des produits chimiques fait place à celle des molécules biologiques, des thérapies géniques et autres traitements ciblés sur des affections très complexes. Depuis trois ans, la FDA aux États-Unis n'a homologué que 60 nouvelles entités moléculaires, moins de la moitié du nombre qu'il y avait en 1999. Pour les compagnies, cela se traduit par des revenus moindres. En troisième lieu, il y a la mondialisation. Des pays émergents comme la Chine et l'Inde deviennent de redoutables concurrents, notamment pour la collecte de capitaux destinés à la recherche.

Enfin, il y a l'attitude canadienne envers l'innovation. «Plutôt que de récompenser et reconnaître l'innovation, notre système de santé lui met des bâtons dans les roues», déclare le président de Pfizer. Il appuie son affirmation sur une étude de Wyatt Health Management portant sur 36 médicaments novateurs soumis à l'examen aux autorités dans 18 pays industrialisés à des fins de remboursement public. Or, en Europe, 91 % des médicaments ont été remboursés, 88 % aux États-Unis, alors que seulement 61 % ont obtenu une recommandation du Programme fédéral d'évaluation des médicaments. Mais, au bout du compte, la proportion des médicaments remboursés par les régimes provinciaux a été encore plus basse. Sur 96 médicaments nouveaux reconnus par Ottawa en cinq ans, le Québec en a remboursé 54, de loin le nombre le plus élevé «et une façon de reconnaître la valeur de l'innovation pharmaceutique». M. Lévesque en déduit que «ces gouvernements provinciaux optent pour le produit le moins cher d'une classe thérapeutique donnée et freinent l'accès à tout nouveau produit».

Étant donné l'état des finances publiques et les coûts grandissants des soins de santé, comment convaincre les gouvernements d'encourager l'innovation? Tout d'abord, «le Canada ne pourra pas se démarquer si son respect de la propriété intellectuelle est en deçà de celui en vigueur aux États-Unis et en Europe», avance le conférencier qui encourage d'autre part «le bon usage des médicaments», parce que cela apporterait des économies importantes. Il recommande «une réévaluation périodique du bon usage avec les payeurs, les médecins et les patients, ce qui permettrait de tenir compte des nouvelles données et indications pour éliminer tout usage inapproprié». En ce qui concerne les produits génériques, il mentionne que l'on en arrive aux États-Unis à un remboursement qui équivaut à 5 % d'un produit breveté, alors qu'au Canada c'est 50 %, laissant entendre du même coup qu'il y aurait d'importantes économies à obtenir à ce chapitre.

Parmi les signes encourageants que voit M. Lévesque, il y a plusieurs projets dans lesquels Pfizer investit avec des partenaires privés et publics. Il a mentionné le projet fédéral de 12 centres d'excellence en commercialisation et en recherche, une initiative qui peut accélérer la commercialisation des résultats de certains travaux prometteurs. Il fait état aussi du Consortium québécois sur la découverte du médicament, dont font partie Pfizer, AstraZeneca et Merck Frosst, ainsi que les gouvernements québécois et fédéral.