Portrait - Gentec, le génie de l'énergie

«Plus c’est complexe, plus on aime ça», lance le président de Gentec, François Giroux.
Photo: Jacques Grenier «Plus c’est complexe, plus on aime ça», lance le président de Gentec, François Giroux.

François Giroux, président de Gentec, raconte que cette entreprise de Québec a vu le jour en 1959 parce que Théodore Wildi, professeur en génie électrique à l'Université Laval, a voulu régler un problème dans les fermes québécoises, celui des séchoirs à foin qui faisaient sauter le système électrique quand on les mettait en marche.

L'ingénieur Wildi fut aussi un inventeur qui a accumulé 14 brevets dans le domaine de l'électricité. Sa première invention fut celle d'un stabilisateur de charge pour régler le cas des séchoirs à foin. Pour la commercialisation de ce produit, il a fondé Gentec. En 1969, il s'est retiré du monde des affaires, vendant aux employés l'entreprise, laquelle a été scindée, ce qui laisse encore aujourd'hui bien vivantes deux sociétés, Gentec et Lab-Volt. Pour sa part, M. Wildi a poursuivi une brillante carrière de chercheur et de professeur à l'université, tout en continuant de s'intéresser à des projets concrets, notamment celui de former des techniciens à l'École d'électricité industrielle, qu'il avait également fondée. Il a en outre publié plusieurs livres, dont certaines éditions sont actuellement en préparation pour la Chine et l'Inde. Âgé de 87 ans, M. Wildi est encore bien vivant.

En 1975, le père de François Giroux est devenu président et actionnaire minoritaire de Gentec «avec un peu d'argent et de la volonté», au moment où un début de collaboration prenait forme avec Hydro-Québec, qui était insatisfait d'un produit provenant d'une société américaine. «Gentec a développé un produit plus fiable», résume François Giroux, qui est arrivé chez Gentec en 1986 comme contrôleur, à l'invitation de son père. Le fils était comptable agréé et avait eu comme premier patron Sheila Fraser, une femme «exigeante et sympathique», fort bien connue désormais pour le rôle qu'elle joue à titre de vérificatrice générale du Canada.

Après le décès de son père en 1992, François Giroux est nommé président, et deux de ses frères le rejoignent dans l'entreprise au cours des années suivantes. En 2000, l'un d'eux, qui dirige la division électro-optique, en fait une nouvelle société, si bien qu'aujourd'hui les frères sont actionnaires dans deux entreprises distinctes, Gentec et Gentec électro-optique, mais les directions maintiennent de fréquentes consultations et s'échangent des services et des monnaies pour éviter les frais de commission, puisque l'une exporte davantage alors que l'autre est surtout importatrice. Le Fonds de solidarité FTQ a déjà été un partenaire de Gentec, mais sa participation a été rachetée en 2007.

En 2008, Gentec a généré des revenus approchant 20 millions. Hydro-Québec continue toujours d'occuper une place majeure dans les activités de la société en contribuant pour 10 millions au chiffre d'affaires. Gentec est un fournisseur de biens stratégiques pour assurer la fiabilité du réseau d'Hydro-Québec, notamment des systèmes (chargeurs de batteries et onduleurs) pour prendre le relais en cas de panne dans les

500 postes d'énergie, le long des lignes à haute tension. Il y a aussi les systèmes d'alimentation sans coupure dans les barrages. Des systèmes d'urgence de même nature sont d'ailleurs vendus à la Société de transport de Montréal pour éviter les collisions dans le métro, en cas de panne. Il y a 72 chargeurs de batteries dans les postes de signalement. Parmi les clients, il y a aussi Victhom, le constructeur de la «jambe bionique», et Liyrtech, un fournisseur de composantes microscopiques à des clients comme Texas Instruments. Sur ses 132 employés, 41 sont des femmes, dont plusieurs ex-couturières faisant preuve d'une grande dextérité pour l'assemblage manuel.

«Plus c'est complexe, plus on aime ça», lance M. Giroux. Gentec a mis au point plusieurs appareils, sur mesure pour Hydro-Québec, mais qui peuvent être adaptés pour d'autres clients, comme Alstom, ABB ou Siemens. «Nous répondons à des problèmes pointus. Nous avons une équipe flexible d'une vingtaine d'ingénieurs. Nous travaillons plus en complémentarité qu'en compétition avec les grands fournisseurs», précise le président. La clientèle visée est l'industrie lourde, telles les alumineries, les papetières et les raffineries.

Une gestion numérique de l'éclairage et du chauffage

Par ailleurs, dans la foulée d'une montée des coûts de l'énergie et d'un souci accru d'économiser l'énergie, Gentec a développé des produits pour assurer un meilleur contrôle de l'éclairage et du chauffage non seulement dans les usines, mais aussi dans les grands immeubles à bureaux et les complexes hôteliers. Cela peut rapporter des économies pouvant atteindre 40 % dans le cas du chauffage et de 10 à 20 % dans le cas de l'éclairage. L'édifice situé au 1000, De La Gauchetière, à Montréal, est l'un de ces immeubles dotés d'un système analogique et numérique d'éclairage. Le contrôle permet une adaptation de l'éclairage selon les heures, avec une intensité de lumière qui se fait progressivement et en fonction de l'occupation ou non des lieux.

Pour ce qui est du chauffage, Gentec a mis au point un système qui est déjà adopté par 60 hôtels. Il s'agit d'un système centralisé avec des thermostats «intelligents» installés dans chacune des pièces et reliés en réseau à un logiciel, qui est lui-même branché sur le système de réservations et des appareils énergivores. Ce système est adaptable, selon le taux d'occupation de l'hôtel, les priorités de gestion et le niveau de confort désiré. Il contrôle tout, la température de chaque chambre, les plages de températures accessibles aux clients, les horaires de fonctionnement des équipements, tels que chauffe-eau, chauffe-piscines, dégivrage des climatiseurs, etc.

Bien évidemment, un produit de cette nature offre un potentiel de croissance qui devient de plus en plus intéressant au fur et à mesure que le coût de l'énergie augmente. M. Giroux entend centrer ses efforts sur la croissance interne plutôt que sur des acquisitions. Tout en consolidant sa relation avec Hydro-Québec, il veut s'ouvrir davantage à d'autres partenariats. «C'est un plus pour Hydro-Québec quand on arrive avec de nouvelles idées venues d'ailleurs», fait-il valoir.

Parmi les marchés d'avenir qui le font rêver, il y a celui de l'automobile. Il aimerait beaucoup que Gentec mette au point un chargeur de batteries pour autos. «Ajouter nos connaissances à celles de l'industrie de l'auto électrique pourrait donner des résultats. Je crois au transport électrique», affirme le président.

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