Claude Béland au Devoir - Plaidoyer contre le crédit et la spéculation

«Qu’est-ce qu’on a fait pour contrer la crise? On a sauvé les banques. On ne s’est pas préoccupé des milliers de citoyens qui ont vu leur régime de retraite diminuer de 20 à 30 %.»
Photo: Pascal Ratthé «Qu’est-ce qu’on a fait pour contrer la crise? On a sauvé les banques. On ne s’est pas préoccupé des milliers de citoyens qui ont vu leur régime de retraite diminuer de 20 à 30 %.»

Le constat que dresse l'ex-président du Mouvement Desjardins Claude Béland est on ne peut plus clair: si on veut espérer pouvoir se sortir du cercle vicieux qui nous ramène inexorablement en crise économique, il faut plus que jamais freiner les ardeurs d'un système carburant au crédit, mais aussi encadrer sévèrement la spéculation qui le caractérise. Celui qui publiait récemment son Plaidoyer pour une économie solidaire en appelle d'ailleurs aux citoyens pour faire bouger les choses, jugeant les dirigeants politiques plus prompts à perpétuer une logique vouée à l'échec.

Si plusieurs ont prôné au cours des derniers mois la réforme du capitalisme, les pouvoirs politiques — les États-Unis en tête — n'en sont en effet pas moins empressés de concentrer leurs efforts sur ce que Claude Béland considère comme une tare majeure de notre système économique: l'offre de crédit. «Qu'est-ce qu'on a fait pour contrer la crise? On a sauvé les banques, déplore-t-il en entrevue au Devoir. On ne s'est pas préoccupé des milliers de citoyens qui ont vu leur régime de retraite diminuer de 20 à 30 %.»

«Ça veut dire qu'une des principales industries, c'est le crédit, poursuit-il. Il y a quelque chose qui ne va pas dans ça. Est-ce que c'est le genre de société dans laquelle on veut vivre? Je pense que la question va se poser de plus en plus.» Pourquoi, par exemple, ne pas éduquer davantage les citoyens aux vertus de l'épargne, qui se situe toujours à des taux anémiques en Amérique du Nord?

Un tel questionnement est selon lui urgent puisque les plans de sauvetage mis en place à coups de milliards par les gouvernements ne serviront en fait qu'à relancer une machine condamnée à s'enrayer de nouveau. «On va aboutir au même résultat, prévient M. Béland. C'est le système qu'on s'est donné et on l'encourage, on proclame le triomphe du néolibéralisme.» D'après ce cycle, en vertu duquel on se retrouve en période de crise environ tous les sept ans, «on pourrait déjà dire qu'il va y avoir une autre crise autour de 2015».

Une prédiction qu'il estime d'autant plus crédible qu'«on vit dans une société basée sur la spéculation plutôt que sur l'économie réelle de biens et de services». Or, «un tel système ne peut pas faire autrement qu'aboutir, au bout d'un certain cycle, à une crise. On ne peut pas toujours spéculer et chercher à augmenter une richesse virtuelle. J'achète une maison, je la revends avec profits. L'autre fait la même chose, etc. Quand on a fait ça six ou sept fois, on arrive à un montant trop élevé qui ne correspond plus à une valeur acceptable. La bulle éclate, et on recommence».

Cette façon de faire est à ce point ancrée dans les moeurs économiques qu'elle est devenue aujourd'hui «la principale source de revenus», selon M. Béland. «Il se fait 30 fois plus de revenus dans le monde en spéculation que pour la production de biens et de services. Autrement dit, on a déconnecté la principale source de revenus de l'économie réelle.»

Aux citoyens d'agir

Celui qui a dirigé le Mouvement Desjardins pendant 13 ans se dit par ailleurs convaincu que la remise en cause d'une telle logique ne peut pas venir des dirigeants politiques. «Probablement que ceux qui influencent le gouvernement lui disent que c'est le meilleur système que de renflouer les banques pour faire repartir l'économie et stimuler la consommation, laisse-t-il tomber. Et ceux qui profitent du pouvoir économique ne veulent rien changer. Ils ont assez de force pour passer à travers les crises.»

Aux citoyens, donc, de forcer le débat. Après tout, la démocratie découle d'une volonté que la minorité cesse de dominer la majorité. M. Béland, qui a présidé les états généraux sur la réforme des institutions démocratiques, craint d'ailleurs que le système économique actuel ne favorise une recrudescence des injustices. «Quand on regarde l'évolution des choses, je me dis qu'on est peut-être revenus dans un système où les minorités dominent, un système qui favorise la domination, la recherche du pouvoir et l'exploitation des autres.»

Le genre de système qui favorise la multiplication des énormes rémunérations chez les hauts dirigeants d'entreprises, selon celui qui dirige désormais le Mouvement d'éducation et de défense des actionnaires.

Mais au-delà de cet enjeu de la rémunération — porté par son groupe dans plusieurs assemblées d'actionnaires — il plaide surtout pour un développement accru de l'économie locale et régionale, à l'instar de ce qu'il faisait lorsqu'il oeuvrait au sein du Mouvement Desjardins. M. Béland insiste en outre sur le fait qu'il est important que cette économie se situe dans une optique de durabilité. Et sans prôner quelque forme de protectionnisme que ce soit, ce dernier n'en appelle pas moins à permettre aux États de se donner les moyens de définir leur projet de société. Bref, de prendre part à la mondialisation, «mais sans la subir».
1 commentaire
  • Pierre - Abonné 21 mai 2009 08 h 09

    Crédit et consommation

    M. Béland a raison. D'autant plus que le crédit favorise la consommation, dont l'excès est en train de ruiner notre planète. Il tombe pourtant sous le sens que les ressources à notre disposition ne sont pas illimitées. Ce n'est pas en relançant la consommation sur les mêmes bases qu'avant la crise que nous préparons adéquatement l'avenir.