La Caisse de dépôt à l'heure des explications

Environ 200 personnes ont répondu hier à l’appel du Réseau de résistance du Québécois en manifestant devant les bureaux montréalais de la Caisse de dépôt et placement du Québec, réclamant notamment que l’institution fasse de l’investisse
Photo: Jacques Nadeau Environ 200 personnes ont répondu hier à l’appel du Réseau de résistance du Québécois en manifestant devant les bureaux montréalais de la Caisse de dépôt et placement du Québec, réclamant notamment que l’institution fasse de l’investisse

Le nouveau président de la Caisse de dépôt, Michael Sabia, a surtout parlé d'avenir devant les élus la semaine dernière. À la faveur de la commission parlementaire spéciale qui s'ouvre aujourd'hui, l'opposition cherchera cette fois-ci à approfondir le passé avec les anciens dirigeants de la Caisse, un passé trouble où plus de 10 milliards furent engloutis.

Québec — Après que le nouveau président Michael Sabia eut admis devant les parlementaires que le niveau de risque était trop élevé et l'effet de levier trop important à la Caisse de dépôt et placement du Québec (CDPQ), l'opposition tentera de savoir des anciens dirigeants comment ils en sont arrivés là.

La Commission des finances publiques amorce aujourd'hui un mandat spécial d'étude de la gestion de la Caisse à la suite de la perte record de 40 milliards essuyée par le «bas de laine des Québécois» en 2008, soit 10,5 milliards de plus que les indices de référence.

«On m'a dit à l'interne que ça n'avait pas de bon sens le niveau de risque à la Caisse à l'époque et que les attentes de la direction quant au rendement étaient beaucoup trop grandes», a indiqué, hier, au Devoir le député de Rousseau et porte-parole de l'opposition en matière de finances, François Legault.

Pour sa part, le député de Shefford et critique adéquiste en matière de finances, François Bonnardel, souhaite connaître le contenu du rapport que la Caisse a commandé en janvier 2008 à la firme PricewaterhouseCoopers. Ce rapport, que l'institution refuse de rendre public, analyse la gestion de risque de la CDPQ; il a été remis à la direction de la Caisse au printemps 2008, tout juste avant que l'ancien président, Henri-Paul Rousseau, n'annonce qu'il quittait le navire.

Fernand Perreault, qui a assumé la présidence par intérim de la Caisse à compter de janvier dernier jusqu'à la nomination de Michael Sabia, en mars, sera le premier à comparaître devant la commission parlementaire aujourd'hui. Il sera suivi par Claude Bergeron, vice-président principal, affaires juridiques et secrétaire adjoint de la Caisse. En fin de journée, ce sera le tour du témoignage très attendu de Richard Guay, l'ex-président de la Caisse et protégé d'Henri-Paul Rousseau, qui a démissionné de son poste à la suite d'un épuisement professionnel.

Soulignons que l'ancien président du conseil d'administration, Pierre Brunet, ne sera pas présent en raison de sérieux ennuis de santé. Du conseil de la Caisse, viendra témoigner jeudi Alban D'Amours, le président du comité de gestion des risques, comité qui n'a pas rempli son rôle. Représentant un important déposant, suivra André Trudeau, le président de la Régie des rentes du Québec.

Henri-Paul Rousseau

C'est mardi de la semaine prochaine que sera entendu Henri-Paul Rousseau pendant six heures. Les représentants d'autres déposants — la Commission de la santé et de la sécurité au travail, le Régime de retraite des employés du gouvernement et des organismes publics, la Société d'assurance automobile du Québec et la Commission de la construction du Québec — comparaîtront mercredi et jeudi de la semaine prochaine. Enfin, mardi dans deux semaines, le ministre des Finances, Raymond Bachand, répondra aux questions des élus.

Lors de la comparution de Michael Sabia, François Legault avait tenté de savoir pourquoi le portefeuille immobilier de la Caisse avait si mal réussi en 2008: une chute de 22 % alors que l'indice n'a perdu que 4,5 %. En outre, le député se demande aujourd'hui si le conseil de la Caisse a eu toute l'information pertinente sur l'ampleur des risques assumés. «Est-ce que c'est parce que le sous-ministre des Finances n'est pas au conseil?», s'interroge le député. Seul le ministère des Finances a l'équipe et les outils nécessaires pour assurer un suivi adéquat de la gestion de la Caisse, estime M. Legault.

Raymond Bachand n'a pas écarté l'idée de nommer le sous-ministre des Finances au conseil de la CDPQ. Avant les changements apportés à la loi en 2004 par le gouvernement Charest, la présence de ce haut fonctionnaire au conseil était statutaire. Il n'est pas indispensable de modifier la loi pour le nommer à ce poste; le gouvernement peut simplement le faire par décret, a signalé le ministre au Devoir.

Des questions sur l'énorme portefeuille des papiers commerciaux adossés à des actifs non bancaires que détient la Caisse — soit 40 % du marché canadien — et sur la qualité de certains de ces titres se poseront également.

François Legault croit qu'un retour à une gestion «de bon père de famille» permettrait à la Caisse de hausser substantiellement la proportion des investissements qu'elle réalise au Québec et d'assumer un mandat de protection des sièges sociaux des grandes entreprises au Québec.
1 commentaire
  • ghislaine fortin - Inscrite 13 mai 2009 10 h 07

    La roulette russe

    Il est inadmissible que la Caisse refuse de dévoiler le rapport Pricewaterhouse (2008) cela conforte nos soupçons de sa gestion "cowboy". On apprend, en plus, que depuis avril 2007, il y avait des signaux d'alerte. Malgré tout, la caisse a continué à acheter de plus belle. On a réellement joué à la roulette russe: pourquoi?...de trop juteuses commissions?

    Je trouve que M. Sabia prend bien à la légère ce qui s'est passé. Oui, il faut tourner la page mais pas avant de savoir ce qui a cloché pour ne pas répéter le même scénario. Le nier est potentiellement suicidaire.