Sommet Canada-UE - Québec compte sur l'appui de Bruxelles

Québec — C'est grâce à l'Union européenne si le Québec a pu avoir une place dans la délégation canadienne qui négociera le partenariat économique avec le Vieux Continent. Si cela n'avait été que d'Ottawa, Québec en aurait été exclu, comme il l'a été dans les négociations pour conclure des accords apparentés avec le Pérou et la Colombie.

En sommet à Prague, l'UE et le Canada ont officiellement lancé les négociations hier. Jean Charest a tenu à marquer le coup devant la Chambre de commerce de Québec. Il a souligné que Bruxelles a insisté pour que le Québec et les autres provinces y participent. Le premier ministre est allé jusqu'à dire que la capitale européenne comprend «très bien le fonctionnement du fédéralisme canadien». «Mieux que certains représentants que nous avons à tous les niveaux dans le gouvernement fédéral», a déclaré le premier ministre.

En fait, M. Charest soutient que, pour entreprendre une négociation globale avec l'Europe, le Canada devait absolument mettre les provinces dans le coup. Cette négociation a pour objectif la conclusion d'une entente de «nouvelle génération», laquelle dépasse les caractéristiques des ententes de libre-échange classiques. Par le fait même, elle touche davantage aux compétences des provinces. «La mobilité de la main-d'oeuvre, ça relève des provinces, pas du gouvernement fédéral. La question des marchés publics, par exemple, ça relève surtout des provinces parce que c'est nous qui sommes les gouvernements qui opérons [sic] les systèmes de santé, de transport», a soutenu le premier ministre.

M. Charest s'est fait fort de rappeler que c'est son gouvernement qui a «poussé» depuis 2006 pour que de telles négociations se tiennent. Il a multiplié les formules pour faire comprendre que l'intérêt du Québec passait par un tel accord. «On est les plus europhiles des Nord-Américains», a-t-il dit en insistant aussi sur le fait que le Québec est la «grande porte d'entrée de l'Europe dans les Amériques».

Pierre Marc Johnson

L'ancien premier ministre péquiste Pierre Marc Johnson représentera le Québec au sein de la délégation canadienne en tant que négociateur en chef. Il a expliqué la présence du Québec dans la délégation canadienne en dressant un parallèle avec les États-Unis: «Les provinces sont à l'égard des traités internationaux ce que le Sénat américain est à l'égard des ententes internationales. Il n'y a pas d'entente internationale qui peut être conclue par le gouvernement américain sans qu'elle soit ratifiée par les deux tiers du Sénat.» Pour l'instant, on ignore si d'autres provinces vont suivre l'exemple du Québec.

Les conditions d'embauche de M. Johnson, qui n'a accepté qu'en début de semaine l'offre du gouvernement, n'avaient pas encore été fixées hier. Chose certaine, ce dossier occupera le plus clair de son temps dans «les deux prochaines années». Formellement, les négociations ne commenceront qu'à l'automne. Auparavant, M. Johnson se consacrera à des processus préparatoires fédéraux-provinciaux. L'ancien premier ministre a été représentant du Québec pendant cinq ans dans le cadre des négociations entre le Canada et les États-Unis sur le bois d'oeuvre.

Selon une étude préparatoire rendue publique l'automne dernier, l'UE et le Canada pourraient voir leur PIB croître de 1 % si une telle entente était signée. L'élimination de certaines barrières tarifaires européennes, comme celles sur l'aluminium (6 %) et les produits de l'aéronautique (2 %), pourrait profiter à l'économie québécoise, a fait valoir M. Charest. Mais d'autres objectifs, comme l'harmonisation de certaines normes, font partie des espoirs du Québec et du Canada. M. Charest a soutenu que tout était sur la table, mais que le Québec défendrait la gestion de l'offre en agriculture.

Phoque

Le premier jour de négociation officielle entre le Canada et l'UE a été assombri par l'embargo sur les produits de la chasse aux phoques, voté mardi par le Parlement européen et qui prendra effet en 2010. M. Charest a promis de voir ce qui peut être fait à l'OMC conjointement avec le gouvernement de Stephen Harper pour le contrecarrer. Aux yeux du premier ministre québécois, c'est là «un vieux dossier» et une décision non «rationnelle».

Sur le mandat de M. Johnson, la chef Pauline Marois a eu ces mots: «Je souhaite tout simplement qu'il réussisse. C'est ça, mon plus grand souhait.» La critique péquiste en matière internationale, Louise Beaudoin, a pour sa part dit trouver «incroyable» que l'Union européenne ait été obligée de forcer la main d'Ottawa pour que le Québec ait une place à la table de négociation.

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