Sommet Canada-UE - Vers un vaste pacte commercial, malgré les phoques

Le premier ministre tchèque, Mirek Topolanek, a accueilli Stephen Harper à Prague.
Photo: Agence Reuters Le premier ministre tchèque, Mirek Topolanek, a accueilli Stephen Harper à Prague.

Prague — Malgré un «désaccord fondamental» sur le commerce des produits issus des phoques, l'Union européenne et le Canada ont lancé hier des négociations sur un ambitieux pacte commercial, décidés à barrer la route au protectionnisme en pleine crise économique.

Le lancement de ces négociations a été avalisé lors d'un sommet entre l'UE et le Canada à Prague, au lendemain du vote par le Parlement européen qui a décidé d'interdire l'importation et la vente dans l'UE des produits dérivés des phoques chassés commercialement.

Vote immédiatement dénoncé par le Canada, qui a promis de le contester devant l'OMC si l'UE n'acceptait pas d'exempter la chasse canadienne «sans cruauté et durable».

«Même si nous ne serons peut-être jamais d'accord» sur la question des phoques, le premier ministre Stephen Harper a souligné hier sa volonté de ne «pas permettre à un seul point de divergence de contaminer toutes les questions» et de «nous empêcher d'atteindre nos plus grands objectifs».

Or «le Canada tentait depuis les années 70» de négocier un vaste pacte commercial avec l'UE, a-t-il expliqué.

«Cette négociation est un rayon de soleil en pleine tempête économique mondiale et un important message contre la menace du protectionnisme dans cette récession», a-t-il fait insisté.

Le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso, a estimé aussi «très important qu'en pleine crise économique, l'UE et le Canada, deux grands acteurs économiques mondiaux, résistent au protectionnisme et s'engagent en faveur d'économies ouvertes et de marchés ouverts».

Le premier ministre démissionnaire tchèque, Mirek Topolanek, dont le pays préside l'UE jusque fin juin, au credo très libéral, a également espéré que ce pacte «montrerait que la libéralisation du commerce est une des façons de lutter contre les problèmes économiques».

Ce pacte doit aller bien au-delà d'un accord de libre-échange, en harmonisant le contexte régulatoire et normatif entre l'UE et le Canada.

Les phoques

M. Harper a néanmoins souligné que le Canada allait «poursuivre ses efforts pour défendre les communautés traditionnelles très pauvres qui pratiquent la chasse aux phoques», «devant les instances internationales», comme l'Organisation mondiale du commerce (OMC).

Tout en se disant sensible aux «préoccupations canadiennes», M. Barroso a assuré que la législation adoptée par le Parlement européen était «absolument compatible avec la réglementation de l'OMC».

Il a souligné que ce n'était «pas du tout une mesure protectionniste» mais le reflet des «préoccupations de notre opinion sur le bien-être des animaux».

Citant une étude européenne, il a estimé à 20 milliards d'euros les bénéfices globaux que l'accord bilatéral était censé apporter chaque année aux deux parties, sur une période de sept ans.

Avec des échanges de biens et de services d'un montant global de 70 milliards d'euros en 2008, l'UE est le deuxième partenaire commercial du Canada, loin derrière les États-Unis.

Les relations commerciales UE-Canada sont actuellement régies par un accord-cadre de 1976 et plusieurs accords sectoriels.

UE et Canada ont aussi profité de ce sommet pour entériner un accord «ciel ouvert» sur le transport aérien permettant aux compagnies aériennes canadiennes et européennes d'effectuer des vols transatlantiques entre les villes de leur choix, et une entente plus spécifique sur la sécurité aérienne.

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