Des «tests de résistance» sans indulgence pour les banques américaines

Washington — Les autorités américaines ne semblent pas avoir montré d'indulgence envers les plus grandes banques du pays, en diagnostiquant que nombre d'entre elles ne sont pas bien armées face à la crise et en les obligeant à trouver des sommes considérables d'argent frais.

Les résultats des «tests de résistance» menés depuis mars sur les 19 premières banques du pays doivent être publiés aujourd'hui, mais les conclusions de l'audit commencent à apparaître dans la presse américaine.

Les pouvoirs publics ont déjà fait savoir qu'aucune des banques auditées n'était au bord de la faillite, mais les tests devraient montrer qu'il leur manque des dizaines de milliards $US de fonds propres pour résister sans encombre à une nouvelle dégradation de la conjoncture économique.

Nettoyer leurs comptes

Fin avril, le Fonds monétaire international avait affirmé que les banques américaines auraient besoin de lever 275 milliards $US supplémentaires d'ici 2010 pour nettoyer leurs comptes de leurs errements passés. «Ce sont des chiffres énormes. Ce sera un défi, pour les institutions qui vont devoir lever des fonds, de réussir à le faire. [...] Avec la publication de ces résultats, il y aura peut-être plus de questions posées sur l'avenir de ces banques que de réponses apportées», explique l'avocat Kevin Petrasic, un ancien responsable du régulateur bancaire OTS.

Selon le New York Times et le Wall Street Journal, la première banque du pays par ses actifs, Bank of America (BofA), va devoir trouver jusqu'à 35 milliards pour répondre aux exigences du régulateur.

Faute de pouvoir lever la totalité de cette somme sur le marché, la banque, qui a reçu depuis l'automne 45 milliards de fonds publics, pourrait devoir convertir une partie des titres hybrides détenus par l'État en actions ordinaires, ce qui entraînerait sa nationalisation partielle.

Vendredi, le Wall Street Journal avait avancé que Citigroup pourrait avoir quant à elle à lever 10 milliards.

Le Prix Nobel d'économie Paul Krugman relevait dans sa chronique quotidienne lundi que s'ils avaient dépeint un secteur bancaire uniformément solide, les résultats des tests n'auraient pas été crédibles. «Les fuites pourraient être aussi dictées par ce que [...] les gens bien informés sont en mesure d'avaler. "Le croiriez-vous si on disait que Citi se porte bien? OK, et si on disait qu'il leur faut cinq milliards de dollars? Pas assez? 10 alors?"», ironisait-il.

Le président de la Fed, Ben Bernanke, a assuré que le privé allait renflouer ces banques: «Un grand nombre d'entre elles seront capables de combler leurs besoins [...] sans capitaux supplémentaires de l'État», a-t-il déclaré au Congrès. Il a lui aussi évoqué l'hypothèse que les banques dans l'incapacité de faire appel au marché se résignent à une montée de l'État à leur capital.

L'administration de Barack Obama ne souhaite pas demander au Congrès plus que les 700 milliards débloqués en octobre pour le système financier, sur lesquels il ne reste plus qu'une centaine de milliards.

«On ne peut pas subventionner les banques pour toujours», lançaient dans le Wall Street Journal les économistes Matthew Richardson et Nouriel Roubini. Selon eux, dans la mesure où «il est hautement probable que certaines de ces grandes banques vont finir par être insolvables [...] l'État doit se doter d'un plan pour régler les problèmes de ces institutions qui ne consiste pas à jeter de l'argent public dans un puits sans fond».

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