Regain-surprise de l'immobilier américain

La hausse inattendue de deux indicateurs immobiliers publiés hier aux États-Unis, après plusieurs autres meilleurs ou alors moins mauvais que prévu, est venue renforcer l'idée d'une renaissance prochaine de l'économie américaine. Des chiffres qui ont suscité une bouffée d'optimisme à la Bourse de New York, mais n'ont absolument pas enthousiasmé les analystes.

Alors que les investissements des ménages américains dans le logement sont en baisse continue depuis plus de trois ans, le département du Commerce a indiqué que les dépenses de construction avaient augmenté de 0,3 % en mars par rapport à février. Cette hausse, qui met fin à cinq mois consécutifs de baisse, a surpris les analystes, qui attendaient ces dépenses en recul de 1,7 %.

La hausse vient toutefois essentiellement du secteur hors logement, où l'offre de bâti — bureaux ou locaux commerciaux — est déjà trop abondante, a précisé hier Francis Généreux, économiste au Mouvement Desjardins. «On pensait effectivement constater un recul au mois de mars, a-t-il expliqué. Mais ce n'est pas ça qui s'est produit. Tant mieux, mais je n'ai pas l'impression que la dégradation de la conjoncture soit terminée dans ces secteurs-là. Ça pourrait revenir au cours des prochains mois.»

«Il y a tellement d'autres indicateurs qui nous disent que ça va mal, a poursuivi M. Généreux. Alors, que celui-là nous dise que ça va bien, en sachant que c'est une donnée très volatile, c'est une information à prendre avec des pincettes.»

Quoi qu'il en soit, les promesses de vente de logements se sont elles aussi révélées plus intéressantes que ce qui était prévu. Elles ont en fait affiché en mars une hausse pour le deuxième mois d'affilée, de 3,2 % par rapport à février, selon l'Association nationale des agents immobiliers. Les analystes prévoyaient qu'elles seraient stables.

Cette hausse des promesses de vente pendant deux mois de suite est positive dans la mesure où elle montre que des logements plus abordables, du fait de taux d'emprunts plus bas et de prix fortement réduits, et un soutien de l'État — un crédit d'impôt de 8000 $ pour ceux qui achètent pour la première fois — commencent à avoir un effet sur les ventes, a souligné l'économiste de Natixis, Elsa Dargent, en entrevue à l'Agence France-Presse. Le niveau des promesses de vente et des dépenses de construction reste malgré tout très bas.

Pas de quoi festoyer

Examinées plus en détail, ces statistiques ne sont effectivement pas entièrement rassurantes. Les chiffres du ministère du Commerce montrent que les dépenses de constructions privées, qui représentent plus des deux tiers de l'ensemble des dépenses de construction, ont continué de reculer. Certes, leur baisse a fortement ralenti en mars, à -0,1 %, mais les dépenses privées consacrées à la construction de logement restent très déprimées, avec un nouveau recul de 4,2 %.

Celles-ci ne représentaient plus en mars que 26 % du total des dépenses de construction américaines, contre encore 36 % un an plus tôt et 45 % en juillet 2007, juste avant l'explosion de la crise des crédits immobiliers à risque à l'origine de la récession actuelle. Patrick Newport, économiste de IHS Global Insight, a d'ailleurs précisé que les dépenses pour la construction de maisons individuelles ont reculé pour le 37e mois d'affilée en mars, et qu'elles ont cédé encore 8,6 %, après leur baisse record de 11 % en février.

«Le problème principal reste celui de la construction privée de logements», estime justement

Andres Carbacho-Burgos, économiste de Moody's Economy.com, pour qui cette composante pourrait toucher le fond cette année, mais ne devrait «pas se reprendre véritablement avant 2010».

Plusieurs enquêtes montrent que les ménages profitent de la forte baisse des taux d'emprunt immobilier pour refinancer leurs emprunts existants à des conditions plus avantageuses, plutôt que pour financer de nouveaux achats ou de nouveaux chantiers.

La Bourse de New York a néanmoins terminé en forte hausse hier, dopée par les indicateurs immobiliers qui ont alimenté l'idée d'un prochain redémarrage de l'économie: le Dow Jones a gagné 2,61 % et le Nasdaq 2,58 %. Toutes les valeurs du Dow Jones, à l'exception d'une seule, ont terminé sur un gain. L'indice élargi S&P 500 a gagné 29,72 points, à 907,24.

Avec l'AFP et Reuters

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