Allocution de Réjean Robitaille - Malgré la crise, la Laurentienne atteint des sommets

Réjean Robitaille: «Dans une crise, il y a toujours des gagnants et des perdants. Les gagnants sont ceux qui ont su prévoir et s’adapter.»
Photo: Jacques Nadeau Réjean Robitaille: «Dans une crise, il y a toujours des gagnants et des perdants. Les gagnants sont ceux qui ont su prévoir et s’adapter.»

La Banque Laurentienne n'a pas de complexe à être la plus petite des grandes banques canadiennes. Elle a connu un bénéfice record en 2008 et atteindra un nouveau sommet cette année pour ses activités de dépôts et de prêts. Son président, Réjean Robitaille, explique comment elle fait pour surmonter les crises et la présente récession.

Après une année record au chapitre des profits en 2009, Réjean Robitaille, président et chef de la direction de la Banque Laurentienne, prévoit d'ores et déjà à la fin du premier semestre un record sur le plan de la croissance pour l'ensemble de l'exercice financier de 2009. Cette affirmation vient en quelque sorte appuyer le message de sa conférence devant le Cercle canadien de Montréal et ayant pour titre Saisir les opportunités en temps de crise.

Ce n'est pas un hasard si 2008 a été une très bonne année pour la Banque Laurentienne, a expliqué M. Robitaille. En fait, elle n'a pas cessé de fracasser des records depuis 2004, alors qu'au cours de ces quatre années, sa croissance annuelle composée de son bénéfice net par action a été de 30 %. La croissance de ses portefeuilles a dépassé quatre milliards, et la croissance de ses volumes hors Québec a été de 35 %. Pour la première fois en 2008, son bénéfice net franchissait le cap des 100 millions.

Toutefois, antérieurement à cette belle séquence de résultats financiers, il y avait eu au début des années 1990, une période moins heureuse, par suite de l'éclatement de la bulle technologique et des attentats terroristes du 11-Septembre. Il y avait une «crise sévère» dans l'aviation et les technologies des communications, souligne le président en précisant que la Banque Laurentienne était «trop diversifiée et dans des activités où elle n'aurait pas dû être».

Qu'a-t-on fait alors? Il a fallu se repositionner, c'est-à-dire prendre conscience de la situation avec du recul et analyser, puis sans délai recentrer les activités sur les forces de l'entreprise et surtout mettre en place une bonne équipe pour exécuter le virage. La Banque Laurentienne existe depuis 163 ans et elle a donc traversé de nombreuses crises, y compris celle de 1929. «Dans une crise, il a toujours des gagnants et des perdants. Les gagnants sont ceux qui ont su prévoir et s'adapter», constate M. Robitaille. Mais cela n'est pas toujours facile, ajoute-t-il, en présentant un tableau montrant l'extraordinaire évolution du consensus mondial des économistes qui en janvier 2008 prévoyaient que la croissance du PIB aux États-Unis serait de 2,7 %, mais en apportant par la suite des réajustements de mois en mois qui avaient ramené la prévision de croissance à 1,4 % en août de la même année. La chute de la croissance n'a pas cessé depuis de se poursuivre pour se retrouver en avril dernier à une prévision de décroissance de 3 % du même PIB américain en 2009.

«Ça bouge tellement vite qu'il faut être flexible», ajoute le président qui n'ose pas affirmer que le pire est passé. «Il y a de légères lueurs de reprise, mais ça va rester difficile pendant toute l'année», ajoute-t-il, en s'appuyant sur les récentes prévisions moins roses de la Banque du Canada. Tout a commencé par une crise de liquidités, qui s'est transformée en crise de crédit et en crise économique, et voilà que l'on se prépare à faire face à une crise pandémique, dont la possibilité ne peut être écartée pour l'instant et qui aurait forcément des conséquences dans l'économie mondiale.

Le climat d'incertitude qui prévaut depuis 2007 et qui a même pris de l'ampleur offre l'avantage de créer des occasions pour qui sait les saisir, a fait valoir M. Robitaille. On a vu des institutions financières disparaître aux États-Unis et le crédit se raréfier au Canada. La Banque Laurentienne a opté, pour la campagne REER de la fin de 2008 et du début de 2009, pour des produits d'investissements garantis et sécuritaires à un taux d'environ 3 % pour des épargnants devenus très craintifs, ce qui lui a permis d'aller chercher «quelques milliards de nouveaux capitaux», c'est-à-dire au moins deux milliards qu'elle peut maintenant prêter à des entreprises et autres clients. Et c'est ce qui fait dire à M. Robitaille que 2009 sera une année record pour la croissance des dépôts et des prêts, malgré la récession. Pour ce qui est du bénéfice net, il faudra attendre pour le savoir.

À voir en vidéo