L'Europe s'enfonce dans la récession

Bruxelles — La Commission européenne a encore revu en baisse ses prévisions économiques hier avec une récession attendue de 4 % désormais cette année en zone euro et une envolée record du chômage, qui fait craindre à certains une crise sociale explosive. Il s'agit de la pire récession pour le continent depuis la Seconde Guerre mondiale, plus accentuée encore qu'aux États-unis d'où est partie la crise financière.

Et elle sera également plus longue que prévu puisque selon les estimations de l'exécutif européen la zone euro connaîtra encore une contraction de l'activité en 2010, de 0,1 %.

Dans ses précédentes prévisions, publiées à la mi-janvier, Bruxelles tablait encore sur un repli plus modéré du PIB, de 1,9 % en 2009, et surtout sur une légère croissance en 2010, de 0,4 %.

«L'économie européenne est au beau milieu de sa crise la plus profonde et la plus étendue de l'après-guerre», a commenté le commissaire européen aux Affaires économiques, Joaquin Almunia. Cependant, a-t-il dit, les statistiques montrent «des signes de stabilisation» de la conjoncture dans la zone euro, indiquant qu'elle n'est «plus en chute libre» après une phase aiguë de récession.

La situation devrait à un certain stade «commencer à se stabiliser en Europe, dans le sillage des États-Unis, mais elle ne l'a pas encore fait d'une manière telle que l'on pourrait dire que le creux de la vague a été atteint», a relativisé de son côté le président du forum des ministres des Finances de la zone euro, Jean-Claude Juncker.

Dans l'ensemble de l'Union européenne, Bruxelles prévoit également une récession plus importante qu'auparavant, de 4 % cette année et de 0,1 % l'an prochain, contre une contraction de 1,8 % cette année et une croissance de 0,5 % l'an prochain prévues jusqu'ici.

L'Europe est tirée vers le bas par l'Allemagne, son économie la plus importante. La Commission prévoit un recul du PIB de 5,4 % dans ce pays en 2009. Bruxelles table par ailleurs sur une contraction de l'activité de 3 % en France cette année.

Crise sociale

Cette crise, la pire pour l'Europe depuis 1945, va avoir des conséquences sociales sévères. La Commission s'attend à 8,5 millions de pertes d'emploi dans l'Union européenne en 2009-10, une saignée qui devrait se traduire par un taux de chômage de 10,9 % l'an prochain, ramenant l'Europe aux pires heures du chômage de masse.

Dans la zone euro, elle prévoit qu'il atteigne 9,9 % cette année puis 11,5 % en 2010, un niveau sans précédent depuis l'après-guerre selon Bruxelles, avec des pointes à 20,5 % en Espagne l'an prochain, et 16 % en Irlande.

M. Juncker s'est dit «très inquiet». Il a pronostiqué hier soir «une crise sociale» en Europe, potentiellement «explosive», appelant les chefs d'entreprise européens à éviter «les licenciements massifs et prématurés», en ayant recours en priorité au chômage partiel, et à faire preuve «de responsabilité sociale».

Signe de la grogne sociale montante en Europe, les syndicats français ont décidé hier d'organiser deux nouvelles journées de mobilisation, les 26 mai et 13 juin pour demander une réaction plus forte du gouvernement face à la crise.

M. Juncker s'exprimait à trois jours d'un sommet européen sur l'emploi à Prague.

Le ministre allemand des Finances, Peer Steinbrück, s'est dit également «préoccupé» par cette flambée attendue du chômage, qui va pénaliser les populations les plus fragiles et risque d'attiser les tensions.

Bruxelles prévoit aussi un très fort creusement des déficits publics dans la zone euro, à 5,3 % en 2009 en moyenne et 6,5 % en 2010.

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