AbitibiBowater est à court d'argent

Le géant forestier insolvable AbitibiBowater est pratiquement à court d'argent et a désespérément besoin d'une infusion de liquidités de la part de ses prêteurs, après avoir perdu 2,2 milliards $US l'an dernier, a appris hier la Cour supérieure du Québec.

Le numéro un mondial du papier journal aurait besoin d'un financement de 100 millions pour avoir une certaine marge de manoeuvre dans son exploitation et pour s'assurer de verser les salaires de ses employés, a indiqué au tribunal de faillite un avocat d'AbitibiBowater.

«La compagnie est, dans une certaine mesure, à court d'essence», a fait valoir Me Sean Dunphy devant le juge Clément Gascon.

Le gouvernement du Québec propose de garantir à la société montréalaise un financement de débiteur-exploitant, sous la forme d'un prêt d'urgence de la Banque de Montréal.

AbitibiBowater a perdu 2,23 milliards $US l'an dernier malgré des ventes de 6,77 milliards $US, d'après un document présenté aux autorités américaines. La compagnie a inscrit une charge d'amortissement de 810 millions $US et essuyé des coûts de fermeture d'usines totalisant 481 millions $US.

Indépendamment de ces résultats, des créanciers craignent que certains actifs offerts en contrepartie pour leurs propres titres de dette d'AbitibiBowater soient plutôt engagés pour le prêt d'urgence.

L'audience a été ajournée jusqu'à mardi pour permettre aux différentes parties de tenter de s'entendre. Me Dunphy a refusé de préciser quels différents persistaient, mais s'est dit optimiste d'arriver à réduire les heurts.

Me Fred Myers, qui représente les détenteurs de trois milliards en titres de dette non garantis, croit pour sa part que les certains créanciers jouissent de trop de garanties.

Le contrôleur nommé par la cour, Bob Thornton, de la firme Ernst & Young, affirme qu'AbitibiBowater a de quoi subsister pendant le week-end, mais a estimé que sa situation de trésorerie n'était «pas idéale» pour une compagnie de cette taille.

La situation de trésorerie d'AbitibiBowater totalisait 28,1 millions au 26 avril, et elle devrait augmenter à 70,7 millions d'ici le 19 juillet.

Avec près de 16 000 employés dans le monde, AbitibiBowater dépense environ 200 millions par mois, a appris la cour.

Dans son document destiné aux autorités réglementaires, AbitibiBowater indique que les millions de dollars dus à l'ex-chef de la direction John Weaver pourraient ne pas être payés à moins d'une approbation de la cour à cet effet. M. Weaver, qui a pris sa retraite le 30 juin, devait recevoir des sommes totalisant 17,5 millions $US, mais il n'a reçu que 4,5 millions en janvier.

Le producteur de papier journal s'est protégé de ses créanciers le mois dernier au Canada et aux États-Unis, jetant un voile d'incertitude sur l'avenir de milliers d'employés, pendant que la société tentera, ces prochains mois, d'amoindrir et de gérer une dette de six milliards $US.

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