Le sort de Chrysler est entre les mains d'un juge

Washington — Le sort du constructeur automobile américain Chrysler est désormais entre les mains de la Justice, qui devra décider si son dépôt de bilan ne durera que quelques semaines comme le souhaite l'État, ou s'enlisera dans des procédures comme certains créanciers en font la menace.

L'échec des négociations entre le groupe, le gouvernement et certains créanciers minoritaires a amené Chrysler à déposer le bilan jeudi, pour entamer une restructuration sous la supervision d'un juge.

La première audience, devant le tribunal des faillites du district sud de New York, s'est tenue dès hier. Les avocats de Chrysler ont obtenu que la priorité soit donnée au versement des salaires et au paiement des fournisseurs.

Le juge chargé du dossier, Arthur Gonzalez, est un spécialiste des grandes faillites puisqu'il a déjà supervisé les troisième et quatrième plus gros sinistres de l'histoire américaine: WorldCom en 2002 et Enron en 2001. Chrysler est la sixième faillite en importance, avec 39 milliards de dollars d'actifs.

L'administration de Barack Obama s'est fixé pour objectif de sortir le groupe du dépôt de bilan dans les deux mois et de lancer un «nouveau Chrysler», débarrassé de l'essentiel de sa dette et allié avec l'italien Fiat.

Un responsable gouvernemental a dit que la Maison-Blanche souhaitait une procédure «chirurgicale». Il s'agit en effet d'opérer vite, pour stopper l'hémorragie des ventes et de la trésorerie.

Les chiffres des ventes d'avril aux États-Unis, en chute de 48 % sur un an, l'ont rappelé, même si Chrysler a vu «une raison d'être optimiste» dans la stabilisation d'un marché sinistré.

Un exploit

Mais si beaucoup d'obstacles ont été franchis depuis que Chrysler a fait appel à l'État en novembre, tenir un délai aussi court serait un exploit.

Après les larges sacrifices consentis par le syndicat des ouvriers UAW, l'abandon par Daimler-Benz de ses parts, l'accord avec les principaux créanciers, et l'arrivée de Fiat, la restructuration bute toujours sur l'opposition de créanciers détenant une part minoritaire de la dette.

Des parlementaires et élus locaux se sont déchaînés contre ces financiers comparés à des «vautours» et accusés de pousser les 38 000 salariés américains de Chrysler vers le précipice.

Le rôle du juge consistera à organiser, éventuellement via des cessions, le règlement ordonné des échéances de Chrysler, entre banques, détenteurs d'obligations, salariés, fournisseurs, État et administrations.

Selon des spécialistes de la procédure, les créanciers partent en position de force, du moins ceux dont la dette est garantie par des actifs.

«Le code des faillites dispose que tout créancier qui reste en désaccord ne doit pas être remboursé moins que ce qu'il obtiendrait en cas de liquidation», souligne un avocat de Washington, qui a refusé d'être cité, ayant des clients impliqués dans l'affaire. Selon ce spécialiste, certains créanciers ont calculé qu'ils obtiendraient 65 % de leur dû si le groupe était démantelé, alors que l'État leur propose 33 %.

Mais pour Lynn LoPucki, professeur de droit spécialisé dans les faillites, les tribunaux ont commencé depuis quelques années à autoriser des ventes d'actifs rapides, comme on l'a vu lors de la faillite de la banque d'affaires Lehman Brothers.

Le plan du gouvernement prévoit précisément la vente des principaux actifs de Chrysler à une nouvelle société contrôlée par un fonds à direction syndicale, avec Fiat en position minoritaire. «Tout ce que la cour a à faire, c'est d'approuver la vente», a souligné Mme LoPucki. «Les objections peuvent être traitées après la vente».

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