Cure minceur à la Caisse

La pire année financière de son histoire a contraint la Caisse de dépôt à troquer ses activités de nature spéculative pour une gestion des risques renforcée. La réorganisation au sein de la haute direction de l'institution québécoise provoque le départ de 55 personnes et l'arrivée prochaine de 24 nouveaux experts, pour l'essentiel des spécialistes en gestion de risque. Ces départs, surtout concentrés dans le segment des fonds de couverture, entraîneront le versement d'indemnités ou de primes, «selon les pratiques de la Caisse et la jurisprudence».

Avec le nouvel organigramme présenté hier, on veut «simplifier l'organisation, améliorer son efficacité en général et renforcer la gestion de risque», a résumé le président et chef de la direction de la Caisse, Michael Sabia, lors d'une conférence téléphonique.

On peut y observer l'absence d'un nom connu, soit celui de Richard Guay. Le successeur d'Henri-Paul Rousseau à la tête de la Caisse avait déclaré forfait pour cause d'épuisement au moment où la tempête faisait rage sur les marchés financiers. M. Guay «n'est pas membre de la direction. Il fait de la recherche. Il préfère une transition vers une nouvelle étape de sa carrière», a commenté M. Sabia hier. Quant à l'indemnité de départ qui sera versée à M. Guay, «la question sera déterminée par le conseil d'administration».

Fernand Perreault, qui assurait l'interim avant l'arrivée de M. Sabia, demeure à la Caisse à titre de «conseiller stratégique au président». À l'opposé, Normand Provost monte en grade. Le premier vice-président, Placements privés se voit confier également la responsabilité de chef des opérations.

La Caisse, qui vient d'afficher une perte de 39,8 milliards produisant un rendement négatif de 25 %, abolit 55 postes. Le secteur spéculatif écope du gros des compressions. Dans ses résultats de 2008, la Caisse avait fait part de défaillances en matière de gestion de risques spécifiques ayant entraîné la comptabilisation d'une charge de 16,5 milliards, soit 41 % de la perte affichée.

«Au lendemain de la crise financière mondiale, plusieurs activités d'investissement sont affectées par une baisse du niveau d'activité; c'est le cas notamment pour les fonds de couverture. La Caisse a donc pris la décision de regrouper toutes les activités d'investissement dans les marchés liquides sous deux vice-présidences, à savoir Marchés boursiers et Revenu fixe et devises», peut-on lire dans le communiqué. «Conséquemment à ce regroupement, le poste de premier vice-président, Fonds de couverture est aboli et les effectifs sont réduits; l'équipe de gestion de fonds de fonds de couverture, dirigée par Mario Therrien, est intégrée au secteur Placements privés. Le poste de premier vice-président et stratégiste en chef est également aboli.»

Michael Sabia a confirmé que ces compressions vont entraîner le versement d'allocations de départ «selon les pratiques de la Caisse et la jurisprudence». Elles devraient générer des économies de coûts récurrentes de 4 ou 5 millions, «mais ce n'était pas l'objectif recherché» dans l'exercice, a-t-il ajouté.

En contrepartie, l'équipe de gestion de risque sera renforcée, les effectifs de ce secteur devant doubler pour accueillir une vingtaine des 24 nouveaux postes dont la création a été annoncée hier. «La Caisse met la gestion du risque au premier rang de ses priorités et accélère la mise en oeuvre du plan triennal de développement adopté par le conseil d'administration en 2008. L'horizon de déploiement de ce plan est ramené à dix-huit mois, et la plupart des projets prioritaires seront complétés avant la fin de 2009», poursuit le communiqué. Le recrutement de ces experts est en cours. «Nous sommes à la recherche des meilleurs», a martelé Michael Sabia, qui rappelle que la concurrence est forte. «C'est un métier important pour toutes les institutions financières.»

«Pour faciliter la mise en oeuvre accélérée de ce plan, la première vice-présidence, Déposants et risques est scindée. Susan Kudzman devient Chef de la direction des risques. De nouveaux postes d'experts-métiers seniors sont créés; ces professionnels de haut niveau de la gestion du risque seront intégrés aux équipes de placement dans chacun des grands secteurs d'investissement.»

Et la Caisse d'ajouter: «Le plan s'appuie sur les progrès accomplis en matière de gestion du risque au cours des dernières années, intègre les leçons apprises de la crise du PCAA et de la crise financière et est tourné vers le futur. Outre l'augmentation des effectifs, il repose sur quatre éléments clés, à savoir le développement de nouvelles pratiques de gestion de risque face à l'imprévisible, l'optimisation du processus d'approbation des nouvelles activités, le raffinement des mesures et méthodologies de risque et le renforcement de la culture de la gestion du risque.»

Dans les résultats de 2008 de la Caisse, il fallait retenir que la défaillance en matière de gestion des risques avait notamment forcé la constitution d'une provision cumulative de 5,6 milliards relative aux PCAA.

Dans la liste des priorités accompagnant la réorganisation annoncée hier, la Caisse accorde également une place importante à la gestion des comptes des déposants. «La conjoncture actuelle exige des communications plus poussées avec nos clients», a-t-elle souligné.
4 commentaires
  • jean claude pomerleau - Inscrit 1 mai 2009 07 h 04

    La responsables du désastre des PCAA.. promue .

    "Dans les résultats de 2008 de la Caisse, il fallait retenir que la défaillance en matière de gestion des risques avait notamment forcé la constitution d'une provision cumulative de 5,6 milliards relative aux PCAA." A cet perte il faut ajouter la vente de feu d'action pour refaire les liquidites qui aurait entraîné des pertes réaliser de quelques milliards (The Globe and Mail). A cela s'ajoute le fait qu'un le fiasco des PCAA sert de prétexte dans rapport commandé par Ottawa pour justifier la création d'une commission des valeurs unique au Canada. Un malheur ne vient jamais seul.

    M Sabia nous dis que la Caisse a appris de ses erreurs. La preuve
    Mme Susan Kudzman, qui a une formation d'actuaire et qui était spécifiquement responsable du dossier des PCAA, devient... "Chef de la direction des risques" !

    Comment expliquer que cette personne directement responsable du désastre (elle a cuisiné les PCAA) soit promue a ce poste ?

    Quel est le réseau d'intérêt qui contrôle maintenant la Caisse, notre bas de laine collectif ? Et dans les intérêts de qui ?

    Si cela peut vous rassurer la nomination de Sabia a été manigancé par John James Charest et sa clique d'affairistes qui squattent systematiquement notre État, a leurs profits et au détriment du bien public.

  • jacques noel - Inscrit 1 mai 2009 07 h 28

    Et les bonis

    Aux USA on a eu en moins de 24 heures la liste des employés de AIG qui ont eu des bonis. Ici, deux mois après le scandale, on ne sait absolument rien du nombre d'employés qui ont eu des bonis et des montants obtenus.

  • Richard Godin - Inscrit 1 mai 2009 10 h 00

    Coudées franches

    Ça y est, Sabia a mis en place sa "strictire" organisationnelle, avec les "tinamis"...

  • Claude Stordeur - Inscrit 1 mai 2009 11 h 08

    On remplace par des gens à sa mains

    Quand je vois que la principale responsable du désastre est gardée en poste et promue, il me semble que cela ressemble aux décisions d'affaire de Charest.
    Mettre en place des amis ou des amis des amis et pouvoir changer la vocation de la caisse en caisse des anglophones libéraux du Québec.
    Feras t on le saut comme la bourse de Montréal de se joindre en se fondant au fond des enseignants de l'Ontario?
    Avec ce nouveau directeur a la solde des libéraux anglophone tout est possible malheureusement....