La Banque du Canada a été trop optimiste

La Banque du Canada a finalement été forcée d'admettre que la récession sera plus dure et plus longue qu'elle le croyait. Elle a réduit son taux directeur pour une dernière fois hier, à seulement 0,25 %, et s'est avancée un peu plus sur le terrain des moyens d'action alternatifs.

On se doutait bien que la banque centrale devrait tôt ou tard redescendre de son nuage. Ce retour sur Terre s'est produit hier alors qu'elle a révisé à la baisse ses projections de croissance pour cette année et l'année prochaine.

Au lieu d'un recul du produit intérieur brut (PIB) canadien de seulement 1,2 % qu'elle prédisait encore à la fin du mois de janvier pour l'année 2009, elle a dit s'attendre maintenant à une décroissance beaucoup plus prononcée, soit de 3 %. Elle a aussi admis ne plus croire, comme avant, en un rebond rapide de l'économie de 3,8 % en 2010, mais plutôt en une reprise beaucoup plus molle de 2,7 %. Le retour d'une économie canadienne fonctionnant à plein régime ne se produirait pas véritablement avant la seconde moitié de l'année suivante, avec un taux de croissance de 4,7 % en 2011.

Dans son communiqué, l'institution dirigée par le gouverneur Mark Carney a reconnu avoir sans cesse été déjouée, depuis trois mois, par l'ampleur que prenait la crise. «Dans un contexte de forte incertitude prolongée, la récession qui a frappé l'économie mondiale s'est intensifiée et est devenue plus synchronisée, [...] et l'activité a diminué plus qu'escompté dans tous les grands pays industrialisés.» En dépit du fait que les banques centrales et les gouvernements du G20 ont aussi mené des actions «plus énergiques» pendant ce temps, elle constate que leur mise en oeuvre prend aussi «plus de temps que ce qu'on prévoyait». «En conséquence, la récession au Canada sera plus profonde qu'anticipée.»

Dernière baisse des taux

Cette révision à la baisse des prévisions de la Banque du Canada lui permet de rejoindre l'opinion de la plupart des autres observateurs de la scène économique canadienne, dont l'Organisation de coopération et de développement économique (OCDE).

Elle a aussi amené la banque centrale à réduire une nouvelle fois son taux directeur d'un petit quart de point de pourcentage, de 0,5 % à 0,25 %. Ce taux était déjà au niveau le plus bas de son histoire. Il est arrivé aujourd'hui à «sa valeur plancher» et ne pourra plus être réduit sans risquer de nuire aux institutions financières qui prêtent ou qui empruntent à très court terme auprès de la Banque du Canada, a-t-elle prévenu hier. La banque centrale a commencé à assouplir son «taux de financement à un jour» en décembre 2007, année où son taux directeur était à 4,5 %.

À défaut de pouvoir réduire encore plus le loyer de l'argent au pays, la Banque du Canada s'est exceptionnellement «engagée à le maintenir à ce niveau jusqu'à la fin du deuxième trimestre de 2010».

Cette promesse est inédite. Jusque là, la Banque du Canada, comme les autres banques centrales, ne s'était engagée qu'à maintenir ce faible taux «durant une période prolongée». Le but recherché par de telles annonces est de donner à la campagne d'assouplissement monétaire un effet à plus long terme.

L'inflation au plancher

La promesse de la Banque du Canada s'accompagne d'une seule réserve: les taux pourraient remonter si l'on assistait à un retour inattendu du péril inflationniste.

Mais ce risque est bien mince, a-t-elle observé hier. Selon ses projections, l'indice des prix à la consommation (IPC) global, tout comme son indice de référence, qui exclut les éléments les plus volatils de l'énergie et de l'alimentation, ne seront pas revenus autour de la cible de 2 % avant le troisième trimestre de 2011. Avant cela, la Banque du Canada s'attend à ce que l'IPC global tombe aussi bas que -0,8 % au troisième trimestre de cette année. Le mois dernier, l'IPC global était à 1,2 % et l'indice de référence, à 2 %.

Territoires inconnus

Cherchant par tous les moyens à infléchir les taux d'intérêt à long terme, la Banque du Canada a également annoncé hier qu'elle allongeait le temps durant lequel elle accepterait d'avancer des liquidités aux acteurs financiers en échange d'actifs. Plutôt que d'être accompagnées d'échéances d'un à trois mois, certaines de ces «prises en pension» pourront ainsi désormais passer à de six à douze mois.

Des changements apportés à la définition de la fourchette opérationnelle de la politique monétaire devraient aussi permettre de disposer de 3 milliards de liquidités additionnelles. Les détails de toutes ces nouvelles mesures devraient se préciser demain, lors de la présentation du Rapport sur la politique monétaire.

Plusieurs observateurs s'attendaient à ce que la Banque du Canada imite ses homologues américaine et britannique et qu'elle s'engage sur la voie des mesures dites «quantitatives», telles que l'achat de bons du Trésor à long terme. Mais ce recours à la planche à billets a peut-être été remis à plus tard.

«La Banque du Canada semble chercher à se donner du temps, a commenté hier Martin Lefebvre, économiste principal au Mouvement Desjardins. Mais les risques que l'inflation évolue considérablement sous la cible de 2 % au cours des prochains mois indiquent que le travail de la Banque n'est pas terminé.»

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