La Malibu sauvera-t-elle GM?

L’élégance de cette berline, qui semble plaire à la majorité, lui confère une prestance qui pourrait très bien être celle d’une voiture de luxe.
Photo: L’élégance de cette berline, qui semble plaire à la majorité, lui confère une prestance qui pourrait très bien être celle d’une voiture de luxe.

La Chevrolet Malibu a deux énormes défis à relever: montrer qu'elle est l'égale des Camry, Accord et autres japonaises, qui dominent le segment des berlines intermédiaires, et attirer les acheteurs alors que le spectre de la faillite plane au-dessus de General Motors. Pas une mince affaire, convenons-en.

Depuis plus de 25 ans, la Toyota Camry et la Honda Accord sont les deux références, les mesures étalons de cette catégorie. La comparaison est donc inévitable, voire nécessaire. L'année dernière, j'ai pu conduire les versions V6 et hybride de la Malibu; il ne manquait que la version 4-cylindres, que j'ai finalement pu conduire il y a deux semaines. Cela tombait bien: j'avais aussi une Camry 4-cylindres à ma disposition, ce qui m'a permis de comparer des pommes avec des pommes.



Prestance

Première constatation: la Malibu est une réussite esthétique. Je sais, je sais, c'est subjectif, mais le look, ça fait vendre des voitures, n'importe qui dans l'industrie automobile vous le confirmera. Or, l'élégance de cette berline, qui semble plaire à la majorité, lui confère une prestance qui pourrait très bien être celle d'une voiture de luxe. Un dessin très classique, mais aussi très pur, qui lui donne une allure raffinée. Les artifices de plastique et autres excroissances qui boursouflaient les carrosseries des modèles GM ont enfin disparu: Alléluia! Bref, la Malibu cuvée 2009 est beaucoup plus désirable que ses devancières (ce n'était pas très difficile) et elle possède une élégance qui fait cruellement défaut à ses rivales asiatiques.

Comme la plupart des modèles des modèles de cette catégorie, elle ne se décline qu'en une seule configuration; pas de coupé ni de familiale, donc. La version cinq portes de la génération précédente n'a pas été reconduite lors de la refonte, l'année dernière. Cette berline dispose toutefois d'un très grand coffre.



Construction impeccable

La piètre réputation de GM (et des marques américaines) repose en bonne partie sur leur assemblage bâclé, la piètre qualité des matériaux à l'intérieur et une décoration d'un goût discutable. Oubliez tout ça: l'habitacle de la Malibu n'a rien à envier à celui de n'importe quelle berline japonaise. Quelques traces de l'affreux plastique dur si cher à GM persistent, mais il y en a beaucoup moins qu'auparavant et, même, moins que dans une Camry!

Par ailleurs, la qualité d'assemblage était irréprochable dans les trois exemplaires de Malibu que j'ai pu conduire au cours de la dernière année. Disons-le: pour sa finition et sa construction, cette voiture se place dans le peloton de tête, aux côtés de la Honda Accord et de la Mazda6. Et devant la Camry.

Bon, c'est beau et c'est solide, mais est-ce pratique? Fonctionnel? Ergonomique? Encore une fois, la Malibu est une élève modèle. Regroupées dans une console centrale bien aérée, les commandes sont simples, bien disposées et faciles à manipuler. Et en plus, l'ensemble a de la gueule, avec la planche de bord en forme de double cockpit, qui donne une touche rétro (pensez aux anciennes Corvette, par exemple). Trois grands cadrans bien lisibles logent dans le tableau de bord, en forme de nacelle.



Confortable et spacieuse

Une randonnée de 1200 kilomètres dans la version hybride nous a permis d'apprécier le confort, l'insonorisation et la douceur de roulement de cette berline. Encore une fois, elle se compare avantageusement aux Accord, Camry et consorts.

Dans la version de base, les sièges sont moelleux et maintiennent bien le corps. Les versions plus cossues proposent des baquets un peu plus fermes, mais tout aussi confortables. La banquette arrière est cependant plus rigide et le soutien latéral est déficient. Par contre, ceux qui y prennent place apprécieront l'espace dont ils disposent, pour la tête et les jambes. Côté habitabilité, la Malibu est encore une fois une première de classe.



À Boston en hybride

Comme c'est la norme dans ce créneau, des motorisations à quatre et à six cylindres sont offertes. Les hybrides gagnent aussi du terrain: on en retrouve maintenant quatre dans le segment des berlines intermédiaires, et la Malibu est l'une d'elles. Il s'agit toutefois d'un système hybride de première génération, ou hybride léger (mild hybrid). Traduction: un système beaucoup moins sophistiqué que la Ford Fusion, la Toyota Prius ou la future Honda Insight.

En gros, il s'agit d'un alterno-démarreur qui éteint le moteur lorsque le véhicule est à l'arrêt et qui réduit légèrement la consommation lors des accélérations. J'insiste sur «légèrement», car la consommation de la version hybride est à peine inférieure à celle du 4-cylindres traditionnel. Lors d'un périple Montréal-Boston-Montréal, nous avons obtenu une moyenne de 8 litres aux 100 kilomètres, avec quelques portions urbaines il est vrai, mais surtout de l'autoroute. Par contre, nous avions mis le régulateur de vitesse à 120 km/h. (Désolé, mais à 100, je m'endors, surtout sur une longue distance...)



Solide duo de moteurs

Il est vrai, par ailleurs, que la consommation du 4-cylindres est impressionnante. Lors d'un trajet Montréal-Trois-Rivières, nous avons obtenu, en roulant cette fois à 110 km/h sur l'autoroute, 6,8 litres aux 100 kilomètres. Et ça, mes amis, c'est mieux que la Camry! Les qualités de ce moteur ne s'arrêtent pas là: il est souple, silencieux, et ses performances sont tout à fait correctes. Il est vrai que notre véhicule d'essai disposait d'une boîte automatique à six rapports (en option), et non de celle à quatre rapports offerte en série. Cela fait une différence, et ce, à tous les niveaux, consommation incluse.

Il n'en demeure pas moins que ce moteur constitue la plus belle surprise de la Malibu, car le déclin des constructeurs américains s'explique en partie par leur incapacité à fabriquer des moteurs à quatre cylindres convenables. À Detroit, on privilégiait plutôt les grosses cylindrées, c'est bien connu. On s'étonnera donc moins des excellentes prestations du V6 de 3,6 litres (252 chevaux), mais il faut quand même souligner que c'est un des meilleurs moteurs jamais construits par GM.

Quant à la fiabilité des organes mécaniques de la Malibu, on ne rapporte pas d'ennuis majeurs depuis le lancement du modèle actuel, il y a 18 mois. Tant Consumer Reports que le Guide autos de Protégez-vous la recommandent.



Plus de caractère

L'acheteur type d'une berline intermédiaire privilégie le confort et l'habitabilité. Aussi trouve-t-on peu de voitures amusantes à conduire dans ce segment (la Mazda6 étant l'exception qui confirme la règle).

La Malibu montre cependant plus d'aplomb, de fermeté, que ses rivales japonaises ou coréennes. Le dosage de la direction assistée est moins excessif que celui de l'Accord et, surtout, de la Camry. La base de cette voiture est par ailleurs très saine, comme le confirme une tenue de route sûre et une bonne tenue de cap.



Conclusion

Hier encore, la Malibu faisait partie de ces voitures génériques, qui grossissent les rangs des flottes de taxi, des compagnies de location ou des flottes d'entreprise. Un honnête moyen de transport; inodore, incolore et sans saveur. Les acheteurs se tournaient plutôt vers les berlines japonaises, plus raffinées, mieux construites et souvent plus fiables. Qu'on se le dise: cette époque est révolue. La Malibu cuvée 2009 est une des voitures les plus intéressantes de ce créneau, un exploit d'autant plus remarquable que les bons joueurs y sont nombreux (Honda, Toyota, mais aussi Nissan, Mazda, Subaru, Hyundai et même Ford, avec sa Fusion). Autre avantage en sa faveur: le prix, grâce aux rabais sans précédent que proposent les constructeurs américains ces jours-ci.

C'est aussi la preuve que GM est enfin capable de rivaliser avec les meilleures marques japonaises. Le mot-clé, ici, est «enfin», car il était plus que temps! Après tout, cela fait plus d'un quart de siècle que GM nous promet cette «mangeuse de japonaises», en nous décevant chaque fois. Mais pas cette fois. Espérons seulement qu'il n'est pas trop tard... Chose certaine, si on avait construit d'aussi bonnes voitures il y a dix ans, ou même cinq ans, à Detroit, l'industrie automobile américaine ne serait pas en train de s'écrouler. Toutefois, si la Malibu annonce ce qui s'en vient chez GM, ce constructeur mérite de survivre.

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FICHE TECHNIQUE

CHEVROLET MALIBU LT

- Moteur: 4-cyl. 2,4 litres

- Puissance: 169 ch

- 0-100 km/h: 9,4 s

- Vitesse maximale: 180 km/h

- Consommation moyenne: 8,5 n litres/100 km

- Échelle de prix: 23 995 $ à

31 795 $

- Prix du véhicule d'essai: 30 890 $ (avant rabais)

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