Le déficit de la Grande-Bretagne enfle, un appel au FMI est évoqué

Le premier ministre Gordon Brown
Photo: Agence Reuters Le premier ministre Gordon Brown

Londres — À quelques jours de la présentation du budget du Royaume-Uni, le creusement du déficit public alarme tellement les économistes que certains évoquent un recours au Fonds monétaire international (FMI), même si le premier ministre Gordon Brown l'écarte pour l'instant.

Le ministre des Finances Alistair Darling, qui présentera ce budget le 22 avril, a prévenu que la récession dans le pays était «pire que ce à quoi on s'attendait».

Selon le Sunday Times, il pourrait annoncer une contraction de 3 % de l'économie britannique en 2009, ce qui serait la pire baisse depuis 1945, alors que le ministre disait en novembre anticiper une contraction de 1 % seulement cette année.

Beaucoup d'économistes pensent même que la contraction sera plus élevée.

Handicapé par des recettes fiscales en berne, ayant injecté des dizaines de milliards de livres dans les banques du pays, dont quatre sont maintenant nationalisées à des degrés divers, le gouvernement voit le déficit et la dette publics se creuser à toute vitesse.

Même Mervyn King, le gouverneur de la Banque d'Angleterre, a mis en garde le gouvernement contre un nouveau plan de relance massif dans son prochain budget.

Et dans des conditions économiques aussi détériorées, l'hypothèse d'un recours au FMI commence à circuler.

Le financier américain George Soros a estimé fin mars dans le Times qu'il était inquiétant que «le trou des banques soit comblé en augmentant la dette» au Royaume-Uni. Il a estimé alors qu'un appel au FMI était «possible», mais non «probable».

Simon Johnson, ancien économiste du FMI, est allé plus loin en notant que le gouvernement britannique «avait besoin d'aide» parce que l'économie était «en grande difficulté». Il a estimé que la Grèce, l'Espagne, l'Irlande voire l'Italie devaient aussi songer à une aide.

La dernière fois que le Royaume-Uni a eu recours au FMI remonte à 1976, un traumatisme national qui a mis à mal la réputation des travaillistes — le parti de M. Brown — pendant vingt ans.

Les conditions sont toutefois différentes aujourd'hui: le FMI vient en effet de réformer ses instruments de prêt, lançant «la ligne de crédit modulable», destinée «aux pays performants qui risquent de ressentir les effets de la crise», et il a invité de tels pays à ne pas hésiter à y avoir recours avant qu'il ne soit trop tard. Le Mexique, qui n'est pas aux abois, a été le premier à se lancer la semaine dernière.

Cela a alors suscité des commentaires enthousiastes de la part de deux ministres britanniques, le secrétaire au Trésor Stephen Timms et le ministre du Commerce Peter Mandelson, qui ont souligné tous deux qu'on n'était dorénavant plus «montré du doigt» quand on se tournait vers le FMI.

Un ministre de haut rang a expliqué sous couvert de l'anonymat au Daily Telegraph que dans les années 1970, avoir recours au FMI était «comme aller aux urgences», mais qu'avec cette nouvelle méthode, c'était «comme aller au spa pour récupérer».

M. Mandelson, pressé sur la chaîne Channel 4 de répondre à M. Johnson, a répondu par deux fois: «Je ne pense pas que nous serons en tête de la file d'attente», avant d'éluder: «enfin, je ne pense pas que nous serons dans la file du tout».

M. Brown pour sa part n'a pas voulu ouvrir une telle porte. «Certains pays ont indiqué qu'ils auraient recours [à la ligne de crédit du FMI], mais ce n'est pas notre cas», a-t-il déclaré le 2 avril, au sommet du G20.

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