Le chômage est à son plus haut depuis sept ans

L'emploi a de nouveau reculé au mois de mars au Canada, contribuant à faire de la baisse observée depuis cet automne la chute la plus brutale en plus d'un quart de siècle. En dépit des apparences, le Québec n'est pas tellement mieux loti que le reste du pays en la matière.

Le Canada a essuyé une nouvelle perte de 61 000 emplois le mois dernier, faisant grimper le taux de 7,7 % à 8 %, a révélé hier Statistique Canada. Le taux de chômage n'a pas été aussi élevé au pays depuis janvier 2002.

Ces nouvelles pertes d'emploi viennent s'ajouter à toutes celles qui sont survenues depuis que la crise économique a frappé de plein fouet le marché du travail cet automne. Depuis son sommet du mois d'octobre, le Canada a vu s'envoler un total de 357 000 emplois. Cela équivaut à la disparition de 2,1 % de l'ensemble des emplois au pays, soit «la plus forte baisse au cours d'une période de cinq mois depuis la récession de 1982», ont noté les statisticiens de l'agence canadienne.

Le pire est que ces emplois étaient ceux de travailleurs à temps plein, ont-ils noté, le nombre de ces derniers ayant reculé de 387 000 depuis octobre, contre un modeste ajout de 30 000 emplois à temps partiel.

Les secteurs les plus affectés en mars, comme depuis cinq mois, ont été ceux de la fabrication (-34 000 emplois ou -6,8 % depuis octobre), notamment dans le monde de la transformation des métaux, de l'automobile et des produits du bois. Le secteur de la construction a aussi sérieusement écopé (-99 000 emplois ou -7,9 %), tout comme celui des services de la finance, de l'assurance et de l'immobilier (-20 000 emplois au mois de mars seulement), et celui de l'hébergement et de la restauration (-15 000 emplois en mars).

«Face à des perspectives de ventes moroses et de revenus à la baisse, les entreprises font tout pour couper dans leurs dépenses», a observé hier Sébastien Lavoie, de Valeurs mobilières Banque Laurentiennne. «Les heures de travail diminuent aussi plus rapidement que l'emploi total, ce qui suggère que les employés toujours sur la liste de paie travaillent moins d'heures.»

«Tous les emplois créés entre juillet 2007 et octobre 2008 ont maintenant été effacés, a noté pour sa part Benoit P. Durocher, du Mouvement Desjardins. Dans ces conditions, le rythme des pertes d'emploi pourrait quelque peu s'atténuer au cours des prochains mois.» Après tout, le total des emplois perdus est bien passé de 129 000 en janvier à 82 660 en février, puis à 61 300 le mois dernier.

La saignée est loin d'être terminée, ont toutefois prévenu les analystes. Même si une reprise économique s'amorçait en 2009, les pertes d'emploi devraient se poursuivre toute l'année et ne commencer à se corriger que quelque part en 2010. Certains prédisent que l'on atteindra un taux de chômage de 9 %, alors que d'autres parient que l'on passera la barre des 10 %, peut-être même avant la fin de cette année.

Le Québec en meilleure posture?

Bien qu'elles se retrouvent un peu partout au Canada, le gros des pertes d'emploi depuis octobre a surtout été observé en Ontario (-171 000 emplois ou -2,5 %), en Colombie-Britannique (-69 000 emplois ou -3 %) et en Alberta (-48 000 emplois ou -2,4 %), a noté hier Statistique Canada.

Le Québec semble un peu moins affecté que les autres, avec un total de 55 000 emplois perdus depuis octobre (-1,4 %), dont 4600 au mois de mars seulement. Les secteurs les plus affectés le mois dernier y ont été celui de l'hébergement et de la restauration (-18 400) et celui de l'administration publique (-7200).

Le taux de chômage a néanmoins grimpé au mois de mars de 7,9 % à 8,3 %, à cause d'une augmentation du nombre de personnes arrivant sur le marché du travail. Cela rapproche le Québec de la moyenne ontarienne de 8,7 %, qui n'a pas bougé le mois dernier en raison d'une diminution du nombre de travailleurs en quête d'un emploi.

Ce qui est trompeur, a expliqué hier Joëlle Noreau, du Mouvement Desjardins, c'est que l'Ontario avait connu une création d'emplois beaucoup plus forte que celle du Québec durant les mois qui ont précédé l'éclatement de la crise mais que la débandade depuis octobre y a aussi été beaucoup plus grande. «Après 15 mois, les deux provinces se retrouvent à des niveaux très semblables», a dit l'économiste.

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