Immobilier - La déprime est toujours présente

Le rythme de la construction résidentielle a augmenté en mars pour la première fois en sept mois au Canada et au Québec. Cette hausse inattendue ne doit toutefois tromper personne, préviennent les experts. La tendance lourde reste à la déprime, dans le nombre de mises en chantier comme dans les prix.

Le nombre annualisé et désaisonnalisé de mises en chantier d'habitations au Canada est monté de 136 100 en février à 154 700 en mars, a rapporté hier la Société canadienne d'hypothèques et de logement (SCHL). Cette hausse de près de 14 % s'est fait particulièrement sentir en Ontario (33 %), mais aussi au Québec (18 %) où le total annualisé de mises en chantier dans les centres urbains est passé entre les deux mêmes mois de 37 800 à 44 500.

Cette première hausse mensuelle depuis la fin de l'été a pris par surprise plus d'un analyste. Les experts s'attendaient, au contraire, à un nouveau repli qui aurait porté le total annualisé canadien aux alentours de 130 000 mises en chantier.

«Le segment des logements collectifs est celui qui a affiché la plus forte augmentation, mais il n'est pas le seul à avoir connu une embellie et à avoir soutenu l'activité globale: celui des maisons individuelles aussi a enregistré une hausse», a expliqué Bob Dugan, économiste en chef au Centre d'analyse de marché de la SCHL. Le segment des logements collectifs, qui comprend les maisons jumelées, les maisons en rangées, mais plus important encore, les logements en copropriété (condominiums) et les résidences pour personnes âgées, a connu, de loin, la plus forte hausse en un mois dans les centres urbains au pays avec + 28,3 %, alors que celui des maisons individuelles n'a augmenté que de 1,3%.

Une hirondelle ne fait pas le printemps

Cette hausse inattendue ne doit pas créer de faux espoir, a prévenu hier un autre économiste de la SCHL, Kevin Hughes. «Rien ne permet de penser que ces chiffres du mois de mars marquent un renversement de tendance, a-t-il dit en entretien au Devoir. Nous sommes toujours aux prises avec un contexte de ralentissement économique, d'incertitude des consommateurs, de resserrement du crédit et de difficultés dans le marché de l'emploi qui amènent un recul de la construction et de la revente de logements.»

Lorsqu'on se contente de regarder le nombre brut de mises en chantier au mois de mars, on voit bien qu'il continue d'y avoir un recul par rapport à l'année dernière. Le total pour le Canada était de 15 616 en mars 2008 comparativement à 9728 en mars 2009. On assiste à la même chose au Québec, avec 2561 nouvelles constructions résidentielles le mois dernier, contre 2968 le même mois, mais un an auparavant.

La SCHL n'a pas eu à insister beaucoup pour convaincre les analystes de son point de vue. «Bien qu'il soit une agréable surprise, nous n'accordons pas trop d'importance à ce rebond au mois de mars», a commenté Douglas Porter de la Banque de Montréal. Cette agréable surprise est peut-être attribuable aux caprices de l'hiver, qui ont rendu les deux premiers mois de l'année moins propices à la construction et le mois de mars, plus agréable pour les travailleurs, a risqué Pascal Gauthier, de la Banque TD.

«La nature volatile des indicateurs économiques fait que des regains temporaires sont souvent observés au sein de tendances baissières», a noté Benoît P. Durocher du Mouvement Desjardins. En fait, «le nombre de logements neufs inoccupés vient de se hisser à des niveaux exceptionnels», a observé pour sa part Marc Pinsonneault de la Banque Nationale. «Il faudra bien que ce parc vacant diminue avant d'assister à une hausse soutenue des mises en chantier de logements.»

Des prix à la baisse

Ce contexte ne va pas sans peser sur le prix des maisons, ont rapporté hier les Services immobiliers

Royal LePage. Le prix moyen des maisons plain-pied au Canada a ainsi reculé de 6,1 % entre le premier trimestre de 2008 (337 023 $) et celui de 2009 (319 865 $). Le prix des condos est passé durant la même période de 241 152 $ à 232 877, en retrait de 4 %.

Le marché québécois a été relativement moins affecté que les autres, le prix moyen des condos à Montréal (206 667 $) n'ayant pas bougé, et celui des maisons plain-pied dans la même région montréalaise (330 056 $) ayant même très légèrement augmenté (+ 2 %).

Là encore, les auteurs du rapport ont avoué qu'ils s'attendaient «à un fléchissement plus marqué du prix des maisons à l'échelle des marchés canadiens». Mais ils ont eux aussi ajouté que «dans la plupart des régions, les Canadiens ne pourront pas s'attendre à ce que les prix de leur propriété recommencent à grimper tant que la conjoncture générale n'aura pas commencé à se stabiliser, ce qui se produira probablement dans la première moitié de 2010».

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