Le pire de la crise serait passé

Geneviève-Annick Beauchamp, sa fille Émilie-Rose et Lison Beaudoin croquées au centre-ville de Montréal hier. La proportion des Canadiens qui croient que des jours plus sombres sont à prévoir est passée de 61 % à 52 %.
Photo: Jacques Nadeau Geneviève-Annick Beauchamp, sa fille Émilie-Rose et Lison Beaudoin croquées au centre-ville de Montréal hier. La proportion des Canadiens qui croient que des jours plus sombres sont à prévoir est passée de 61 % à 52 %.

Nul doute que la crise économique a frappé très fort un peu partout sur la planète au cours des derniers mois. Or, si la majorité des citoyens des 25 pays sondés par le Worldwide Independent Network of Market Research jugent toujours que la situation ne s'améliorera pas à court terme, ils n'en sont pas moins plus nombreux à voir poindre les signes d'une stabilisation ou même d'une reprise prochaine. Bref, que le pire est passé.

C'est ce qui se dégage de ce deuxième coup de sonde international mené simultanément dans plusieurs régions du monde pour prendre le pouls de la population au sujet de la crise. Selon l'analyse qu'en fait le sondeur Jean-Marc Léger, on y voit en effet «les premiers signes de reprise dans une dizaine de pays, même si la perception générale demeure négative. On sent qu'on a atteint le plancher et que l'économie recommence à remonter.»

Globalement, les quelque 20 000 personnes sondées — qui proviennent surtout des pays du
G8, du BRIC (Brésil, Inde et Chine) et de certains États arabes — demeurent pessimistes quant aux perspectives économiques «au cours des trois prochains mois». Ainsi, à peine 16 % jugent que la situation va s'améliorer, contre 43 % qui croient que la crise s'aggravera. Ils étaient cependant 48 % à être de cet avis il y a trois mois, lors du premier sondage mené par le Worldwide Independent Network of Market Research, peut-on lire dans ce document que Le Devoir a obtenu en exclusivité au Québec.

Le mouvement le plus marqué se situe au Royaume-Uni, en Corée, au Japon et au Canada. Essentiellement, les citoyens de ces pays ne sont pas plus «optimistes», mais ils se disent convaincus que le pire est passé et que les choses demeureront sensiblement au même point pendant les mois à venir. La proportion des Canadiens qui croient que des jours plus sombres sont à prévoir est ainsi passée de 61 % à 52 %, alors que 34 % affirment que la situation demeurera la même. Une maigre proportion de 6 % des répondants anticipent des jours meilleurs d'ici les trois prochains mois. Ici, résume M. Léger, «le niveau d'optimisme n'est pas élevé, mais, par rapport à d'autres pays, on s'améliore».

Une tendance qui pourrait s'étendre sous peu à d'autres pays, sous l'impulsion du BRIC. «Ces pays vont entraîner les autres à la hausse parce que leurs économies sont solides, affirme M. Léger. C'est un début de reprise. Dans le sondage, on voit le signe d'une reprise. Ça demeure pessimiste, ça demeure difficile, la crise est là, elle est réelle et elle est partout dans le monde. Mais il y a des signes de reprise.»

Une reprise qui dépendra bien sûr des dépenses des ménages. Or ceux-ci ont, dans l'ensemble des 25 pays sondés, réduit les sommes consacrées tant aux loisirs qu'à l'alimentation, aux voyages, au transport, etc. C'est le cas aux États-Unis. «De façon générale, les Américains sont d'éternels optimistes, mais ils se sont prémunis contre les effets de la crise. Ils ont coupé beaucoup leurs dépenses, ils prendront donc plus de temps pour se relever», analyse Jean-Marc Léger. Australiens, Britanniques, Espagnols, Français, Italiens et Japonais sont dans la même situation.

«Quand 61 % des Américains diminuent leurs dépenses en épicerie, 70 % dans les vêtements et 60 % dans les achats importants, disons que l'économie recule. Mais c'est une question de temps avant que ça reprenne, parce que les Américains, tels qu'ils sont, ne peuvent pas s'empêcher de consommer», précise M. Léger.

Revenus stables

Au Canada, le tiers des répondants ont revu à la baisse leur budget, contre 54 % qui n'ont pas changé leur style de vie. Il faut dire que 73 % des Canadiens ne prévoient pas une diminution de leurs revenus au cours de la prochaine année. En moyenne, 70 % des 20 000 répondants du sondage considèrent eux aussi que leurs finances se maintiendront ou alors s'amélioreront dans les mois à venir. «La crise économique, c'est la crise des autres, dit M. Léger pour expliquer cet optimisme. C'est une crise qui est là, on sait que ça existe, mais elle ne m'atteint pas encore personnellement.»

Il importe d'ailleurs, poursuit-il, de «faire la différence entre l'économie et notre vie personnelle. Quand on demande aux répondants ce qu'ils pensent de l'économie, au Canada, 52 % croient que ça va aller moins bien dans les prochains mois. Mais quand on leur demande [comment devraient évoluer] leurs finances personnelles, on se retrouve avec des taux beaucoup plus faibles. Seulement 20 % croient que leurs revenus personnels vont diminuer.»

En contrepartie, les sondés ont moins confiance en la stabilité et la solidité des banques et des marchés, d'où la crise est venue. La confiance dans leur gouvernement respectif a elle aussi dégringolé au cours des derniers mois. Ce serait le cas aux États-Unis, où on avait placé d'énormes espoirs en Barack Obama.

Un autre sondage publié hier par The New York Times aboutit toutefois à une conclusion contraire, puisque 63 % des personnes estiment que le président prend les bonnes décisions pour gérer la crise. Ce coup de sonde précise que la proportion des Américains redoutant que la situation économique ne s'aggrave est tombée à 34 %, contre 54 % avant l'arrivée de M. Obama, tandis que 20 % (contre 7 %) pensent que la situation s'améliore.

Le Worldwide Independent Network of Market Research — qui regroupe plusieurs maisons de sondage, dont Léger Marketing — a créé le «WIN Crisis Index» afin de mesurer la perception qu'ont les citoyens de la crise financière dans leur pays respectif. Un premier sondage a été publié à la mi-janvier. Un autre devrait être rendu public au début de septembre.

À voir en vidéo