Mission commerciale en Chine et au Japon - Le Canada veut profiter de la vigueur chinoise

Souvent accusé d'avoir négligé les relations entre le Canada et la Chine, le gouvernement Harper dit aujourd'hui vouloir faire profiter l'économie canadienne de l'extraordinaire vigueur de l'économie chinoise en cette période de crise mondiale.

«Nous sommes très conscients que la Chine est une économie en forte émergence, a expliqué hier en conférence de presse téléphonique Stockwell Day, ministre canadien du Commerce international, quelques minutes seulement avant de partir en mission commerciale de 10 jours au Japon et en Chine. Même en cette période de grave crise mondiale, on y prévoit cette année une croissance d'environ 6 % à 7 % et on s'attend à ce que leur plan de relance économique fonctionne.»

Le ministre reprenait ainsi presque mot à mot les conclusions d'un rapport de la Banque mondiale dévoilé hier et faisant état du «rayon d'espoir» provenant actuellement de la Chine. Le rapport y prédit notamment une croissance de 6,5 % cette année, comparativement à 9 % en 2008, et on s'attend à ce que les «mesures économiques décisives» adoptées par Pékin permettent au pays de rebondir dès cet été.

La Banque mondiale estime que, contrairement aux dernières années, cette reprise chinoise ne sera pas principalement alimentée par des facteurs extérieurs, comme les exportations et les investissements, mais par des facteurs intérieurs tels que l'augmentation de la consommation nationale et la croissance des services. Cette nouvelle forme de croissance, plus équilibrée, devrait se traduire par une augmentation marquée des matières premières, des services et d'autres biens de consommation plus sophistiqués achetés par la Chine à l'étranger.

Voilà une excellente nouvelle pour un pays comme le Canada, qui a justement beaucoup de

matières premières à vendre, s'est réjoui Stockwell Day. L'occasion s'annonce belle aussi pour un constructeur d'avions comme Bombardier et pour une firme de génie-conseil comme SNC-Lavalin, qui feront partie de la délégation canadienne en Chine cette semaine. Le «ministre du Commerce international et ministre de la porte d'entrée de l'Asie-Pacifique» entend aussi vanter auprès de ses hôtes asiatiques les mérites des ports de la côte ouest canadienne pour accéder au marché nord-américain. Il espère aussi faire débloquer en Chine le processus de reconnaissance du Canada comme destination autorisée pour les voyages de masse.

Il est tout à fait possible qu'on évoque les questions des droits humains, de l'environnement et du Tibet lors de ses rencontres avec des ministres, des maires et des présidents de comités importants, a expliqué Stockwell Day. «Ce seront des discussions ouvertes. Aucun sujet n'est exclu d'emblée. Mais cette mission est clairement de nature commerciale.»

Amitiés distantes

Durant leurs dernières années passées dans l'opposition, les conservateurs, et notamment Stockwell Day, s'étaient faits particulièrement mordants dans leurs critiques du régime chinois. Depuis leur arrivée au pouvoir, de nombreuses voix leur reprochent d'avoir négligé les relations entre le Canada et la Chine, au détriment de l'économie canadienne. Le refus de Stephen Harper d'assister à la cérémonie d'ouverture des Jeux olympiques de Pékin l'été dernier n'en serait que l'une des dernières preuves en date. On s'explique notamment de plus en plus mal que le premier ministre n'a toujours pas trouvé le temps d'effectuer une visite officielle dans l'empire du Milieu.

«Le premier ministre Harper a déjà eu l'occasion de rencontrer son homologue chinois à quelques reprises» lors de sommets internationaux, a rappelé son ministre du Commerce international hier. «Il a aussi annoncé qu'il entendait se rendre en Chine aussitôt qu'il en aura l'occasion. Mais il faut comprendre que son agenda est très chargé et qu'il reçoit de nombreuses invitations de partout à travers le monde. Et puis, il y a la crise. Et nous sommes en situation de gouvernement minoritaire. Le premier ministre ira en Chine dès qu'il le pourra.»

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