En manque de liquidités? Mettez le Van Gogh en gage...

Le New York Times révélait récemment que la photographe Annie Leibovitz, qu’on voit ici lors du vernissage d’une exposition de ses oeuvres, aurait emprunté à Art Capital Group 15 millions $US en gageant ses photos passées, présentes et à veni
Photo: Agence France-Presse (photo) Le New York Times révélait récemment que la photographe Annie Leibovitz, qu’on voit ici lors du vernissage d’une exposition de ses oeuvres, aurait emprunté à Art Capital Group 15 millions $US en gageant ses photos passées, présentes et à veni

Art Capital, Art Finance Partners, Fine Art Finance: quelques «banques» se partagent à New York le marché du prêt sur gage d'oeuvres d'art. Et en temps de crise, leur clientèle — constituée en grande partie de gens célèbres — est en nette hausse.

New York — Lorsque le banquier ne prête plus et que rien ne se vend, il existe un moyen de se procurer de l'argent: mettre son Van Gogh au clou, un métier pratiqué avec discrétion par quelques institutions financières new-yorkaises.

La formule n'est pas nouvelle. «Les Médicis pratiquaient le prêt sur tableaux gagés à la Renaissance», souligne Meghan Carleton, banquière chez Art Finance Partners (AFP), dont les bureaux sont situés dans une petite galerie d'art, au septième étage d'un gratte-ciel art déco de Manhattan, non loin de la 5e Avenue et de Central Park.

Le système est simple: le client gage une ou des oeuvres d'art, et la banque lui prête environ 40 % de la valeur à laquelle ses experts les estiment. Le prêt est consenti en général pour un an, parfois moins, mais parfois beaucoup plus, comme l'indique sur son site Fine Art Finance, une branche de la banque privée Emigrant Bank chargée de ces prêts.

Jusqu'à l'échéance, l'emprunteur paye des intérêts, qui se situent entre 12 % et 19 % de la somme, parfois plus. Et souvent, ni vu ni connu, le Monet reste accroché au-dessus de la cheminée.

L'affaire se corse si à l'échéance, l'emprunteur ne peut pas rembourser le principal. Il perd alors la propriété de l'oeuvre d'art, ou plus si la banque peut le contraindre à vendre d'autres biens, sa maison par exemple.

Clientèle en hausse

«Nous sommes dans une période de crise de liquidités, et en 6-8 mois notre clientèle est en hausse d'au moins 40 %», précise Meghan Carleton. Elle estime à environ 15 % le nombre de transactions qui se terminent par le défaut de l'emprunteur.

Ces institutions traitent souvent avec des gens connus, et ne donnent pas de noms. «On peut gager une oeuvre parce qu'on a besoin d'argent, pas nécessairement pour régler des dettes, il peut s'agir d'un prêt-relais pour lancer une affaire, voire pour acheter une autre oeuvre», souligne Mme Carleton. «Mais tout le monde tient à la discrétion, il y a des histoires de divorce, des changements d'activité», dit-elle.

La révélation il y a quelques semaines dans le New York Times de l'identité d'un débiteur, la photographe Annie Leibovitz, qui aurait emprunté à Art Capital Group 15 millions $US en gageant ses photos passées, présentes et à venir, a provoqué des remous dans ce petit monde où tous se connaissent.

Art Capital, Art Finance Partners, Fine Art Finance: quelques «banques» se partagent le marché à New York, plaque tournante des affaires même si les clients viennent du monde entier.

Les structures sont de petite taille, quatre à cinq associés en général.

«Des grandes banques comme Deutsche Bank, Citi ou Bank of America ont pratiqué le prêt sur gage dans les années 70-80, mais cela reste une niche, très risquée parce que le marché de l'art est opaque et peu régulé, soumis à des manipulations. Certaines ont perdu des fortunes, et toutes ont cessé. Dernière en date, UBS vient d'annoncer qu'elle arrêtait», souligne une autre banquière sous le couvert de l'anonymat.

La banque dont elle est partenaire ne prête qu'à partir d'un million de dollars, et ne gage que des collections — tableaux, meubles ou instruments de musique à cordes — estimées cinq millions $US au moins. Ce qui n'a pas empêché les demandes de prêt de doubler entre 2007 et 2008.

«Nous évaluons attentivement l'emprunteur, nous nous entourons de garanties. Et en cinq ans d'existence, nous n'avons pas à déplorer de pertes», conclut la banquière anonyme, sans cacher une certaine inquiétude face aux remous que connaît depuis quelques mois le marché de l'art.

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