Les dépanneurs, acteurs économiques de premier plan

Un Canadien sur trois visite chaque jour un des 23 500 dépanneurs répartis dans tout le pays.
Photo: Jacques Nadeau Un Canadien sur trois visite chaque jour un des 23 500 dépanneurs répartis dans tout le pays.

Il n'est jamais bien loin de la maison, fait partie intégrante du quotidien de l'ensemble de la population et constitue un acteur économique de premier plan au Canada: le dépanneur du coin. Une industrie qui n'en connaît pas moins certaines difficultés.

Qu'ils prennent des airs de petite entreprise familiale ou encore de grande chaîne au style uniformisé, les dépanneurs jouent un rôle qui dépasse le simple fait de pouvoir s'y procurer tout et n'importe quoi tard le soir, voire toute la nuit.

Ils génèrent en effet des revenus importants pour l'État, selon ce qui ressort d'une première étude dressant un portrait de cette industrie, un document commandé par l'Association canadienne des dépanneurs en alimentation.

Selon les données qui y sont présentées, les taxes sur le tabac et les boissons alcoolisées — sans surprise, les deux plus importantes sources de revenus — rapportent aux gouvernements environ 4,7 milliards de dollars par année. «C'est près des deux tiers des taxes sur la vente légale de tabac que les dépanneurs génèrent pour les gouvernements», soulignent d'ailleurs les auteurs de ce rapport. Ceux-ci les qualifient ainsi de «percepteurs de taxes essentiels pour les gouvernements». Qui plus est, «on estime qu'environ deux milliards de ventes d'autres marchandises se font par l'entremise des fumeurs», peut-on lire dans l'étude.

Les taxes sur l'essence vendue par le réseau des dépanneurs avec station-service rapportent pour leur part 6,6 milliards annuellement, «soit un dollar sur deux que la distribution totale de carburant rapporte». Sans oublier qu'ils écoulent trois billets de loterie sur quatre au Canada, pour un total de 4,1 milliards.

Cette industrie génère en outre 165 000 emplois directs — pour des retombées en salaires et avantages sociaux de deux milliards de dollars, soit l'équivalent de 1 % de tous les emplois au pays ou 9,2 % des emplois dans le commerce de détail. Pas étonnant, puisqu'un Canadien sur trois visite chaque jour un des 23 500 dépanneurs répartis dans tout le pays. «Cela correspond à environ 11 % de l'ensemble des points de vente au détail au Canada, mais surtout à plus des trois quarts des points de vente dans la distribution alimentaire», selon des données de Statistique Canada citées dans le rapport.

Ceux qui optent pour la vente de carburant tirent mieux leur épingle du jeu, indique le document. Par exemple, chaque année, un établissement qui ne compte pas de station-service écoule en moyenne pour 700 000 $ de marchandises. Pour ceux qui vendent également de l'essence, ce chiffre grimpe à 820 000 $. Le total des ventes, à l'échelle canadienne, s'élève à 32,1 milliards, en hausse de 37,5 % au cours des quatre dernières années. Les dépanneurs seuls comptent pour 35 % du total des ventes.

Difficultés

Cette industrie connaît par ailleurs son lot de difficultés, notamment en raison de la stagnation, voire de la baisse des dépenses des ménages pour plusieurs produits desquels les dépanneurs dépendent pour leur croissance et leur rentabilité. La contrebande du tabac, par exemple, semble leur faire mal. «Seules les boissons alcoolisées sauvent la mise, même si leur croissance est essentiellement liée à la hausse des prix», souligne le rapport. Dans le cas de l'essence, l'augmentation importante des prix a influé sur les ventes en 2008.

Le secteur tend aussi à se consolider, et les dépanneurs offrant de l'essence sont les seuls à voir leur nombre de points de vente augmenter. «En effet, entre 2004 et 2008, on note une baisse du nombre de dépanneurs, en moyenne de 2 % par année, ce qui correspond à la fermeture d'un dépanneur par jour en moyenne.»

Enfin, «l'hyperréglementation» dont ferait l'objet cette industrie aurait pour effet d'«augmenter les frais d'exploitation de façon importante». Le document, produit par Desjardins, PriceWaterHouseCoopers et HEC Montréal sera rendu public ce matin.

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