Malgré tout, la reprise se dessine

Malgré la pluie incessante de mauvaises nouvelles économiques, les prévisionnistes voient se dessiner les contours d'une reprise vers la fin de l'année. On en trouve même pour s'inquiéter du fait que ce retour de la croissance s'emballe et qu'il échappe à tout contrôle.

L'avenir s'annonce sombre dans le marché de l'emploi au Canada, a prévenu hier le Conference Board du Canada. La poursuite du ralentissement économique au cours des prochains mois devrait continuer de pousser le taux de chômage vers le haut jusqu'à ce qu'il atteigne 9,5 % au milieu de l'année prochaine.

Cette proportion atteignait déjà 7,7 % en février. On n'attend rien de bon des chiffres pour le mois de mars qui seront dévoilés jeudi.

On n'attend rien de bon non plus des statistiques sur les mises en chantier pour le même mois qui seront publiées mercredi.

De 3,67 milliards, la valeur totale des permis de bâtir au Canada au mois de février a diminué de 15,9 % par rapport au mois précédent, a révélé hier Statistique Canada. Ce montant total correspond à un recul de 38 % par rapport à la même période l'an dernier. La baisse en février s'est particulièrement observée en Saskatchewan (-43,5 %), en Ontario (-38,2 %) et au Québec

(-18 %) et est principalement venue du secteur non résidentiel (-30,5 %), alors que le secteur résidentiel n'a pratiquement pas bougé (-0,3 %).

«Ce déclin [dans le secteur non résidentiel] se renversera sans aucun doute au cours des prochains mois lorsque les plans de relance économique des gouvernements entreront en action», a néanmoins observé Benjamin Reitzes, économiste à la Banque de Montréal. Les chiffres dans le secteur résidentiel pourraient indiquer, quant à eux, que le marché touchera bientôt le fond et qu'il ne pourra ensuite que rebondir, a-t-il ajouté.

Les nouvelles économiques continueront d'être mauvaises au Canada durant les prochains mois, a prédit hier son collègue à la Banque de Montréal, Sal Guatieri, dans une analyse sur les perspectives économiques nord-américaines. La crise mondiale, la faiblesse des prix des matières premières, le ralentissement du secteur immobilier, la chute de l'emploi et le pessimisme des consommateurs sont autant de facteurs qui continueront de tirer l'économie canadienne vers le bas pendant encore deux trimestres.

Le rythme de cette chute devrait toutefois bientôt commencer à ralentir, a poursuivi Sal Guatieri. Une reprise devrait même se matérialiser avant la fin de l'année sous l'effet notamment des faibles taux d'intérêt, des plans de relance des gouvernements et d'un retour de la demande américaine. Après avoir connu une croissance presque nulle en 2008 de 0,5 %, l'économie canadienne devrait boucler 2009 par un recul de 2,5 % avant de rebondir de 1,8 % en 2010.

La même chose pourrait être dite de la situation aux États-Unis, a constaté l'économiste de la Banque de Montréal. «Alors que la plupart des indicateurs continuent de se dégrader rapidement, notamment dans l'emploi, la chute semble vouloir ralentir.» Le niveau de l'aide sans précédent apportée par les pouvoirs publics «nous permet d'avoir meilleure confiance en une reprise en fin d'année», a dit Sal Guatieri.

Danger, reprise en vue

Il se pourrait même qu'à force de faire chauffer la chaudière de la locomotive économique, les gouvernements et les banques centrales finissent par trop en faire et perdre le contrôle, a prévenu dans une autre étude, hier, Avery Shenfeld, économiste en chef à la Banque CIBC. Disant s'attendre à ce que la Banque du Canada imite bientôt ses homologues américaine et britannique en recourant carrément à la planche à billets pour acheter les obligations d'État servant au financement des programmes de dépenses, l'économiste l'a mise en garde contre le danger «de se fourvoyer» et de ne pas savoir s'arrêter avant que l'économie ne s'emballe.

«On peut supposer que l'adoption d'une stratégie monétaire plus musclée aujourd'hui aura pour effet de stimuler une reprise économique et de diminuer les risques d'une période déflationniste prolongée», a d'abord admis Avery Shenfeld. Mais «il se pourrait aussi que les décideurs gèrent mal l'échéancier de dénouement de montants sans précédent aux fins de relance budgétaire et de stimulation monétaire, ce qui entraînerait une inflation incontrôlable», a-t-il ajouté.

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