États-Unis - Le chômage bondit à 8,3 %

Des chômeurs remplissent des demandes d’emploi lors d’un salon tenu dans la banlieue de Washington. Depuis le début de la récession en décembre 2007, les pertes d’emplois ont atteint 5,1 millions aux États-Unis.
Photo: Agence Reuters Des chômeurs remplissent des demandes d’emploi lors d’un salon tenu dans la banlieue de Washington. Depuis le début de la récession en décembre 2007, les pertes d’emplois ont atteint 5,1 millions aux États-Unis.

Washington — Les mois se suivent et se ressemblent pour l'emploi aux États-Unis, où l'économie continue de détruire des postes en masse, sans perspective d'amélioration à moyen terme, alors que le chômage est déjà au plus haut depuis 25 ans.

Après quatre mois catastrophiques, la première économie mondiale a détruit encore 663 000 emplois en mars, selon les chiffres publiés hier par le département du Travail, ce qui a fait bondir le chômage de 0,4 point par rapport à février, à 8,5 %, son plus haut niveau depuis 1983.

Le ministère relève que «depuis le début de la récession en décembre 2007, les pertes d'emplois ont atteint 5,1 millions, dont 3,3 millions ont eu lieu simplement au cours des cinq derniers mois».

Par comparaison, le plan de relance promulgué en février par le président américain Barack Obama prévoit de sauver ou créer plus de 3,5 millions d'emplois sur deux ans.

Le chiffre des destructions d'emplois de mars est un peu supérieur aux prévisions des analystes, qui attendaient 658 000 suppressions d'emplois, après 651 000 en février et 741 000 en janvier, du jamais vu depuis 1948.

Sinistrée depuis plus de deux ans, l'industrie a encore perdu 305 000 emplois en mars, tandis que 358 000 postes étaient détruits dans le secteur des services, où travaille environ 85 % de la main-d'oeuvre non agricole américaine.

Le seul secteur ayant créé des emplois est celui de l'éducation et des services de santé (8000 postes).

En visite en Allemagne, M. Obama a estimé que ces chiffres démontraient le besoin d'une action économique des gouvernements à l'échelle mondiale. «Si nous n'agissons pas de manière concertée, nous ferons faillite collectivement», a-t-il dit.

Le chômage étant généralement un indicateur «retardé», c'est-à-dire qu'il suit la conjoncture plus qu'il ne l'annonce, les chiffres d'hier ne remettent pas totalement en cause les quelques lueurs d'espoir suscitées depuis trois semaines par quelques statistiques, comme celle ayant témoigné d'une résistance de la consommation des ménages.

«Néanmoins, fait remarquer Paul Ferley, de RBC Economics, il faudra que la faiblesse de l'emploi s'estompe afin de soutenir une croissance des dépenses de consommation jusqu'à la fin de l'année.»

Dans ses dernières prévisions publiées en février, la Réserve fédérale (Fed) tablait sur un chômage compris entre 8,5 % et 8,8 % en 2009, mais au rythme où vont les choses, plusieurs analystes estiment qu'on ne pourra éviter un chômage à deux chiffres en 2010, et certainement au-dessus de 9 % cette année.

Le nombre des chômeurs aux États-Unis atteint désormais 13,2 millions, selon le décompte officiel du ministère. À cela s'ajoutent plus de 5,5 millions de personnes disant vouloir trouver un emploi mais non comptabilisées. Et 9,3 millions de personnes sont contraintes de travailler à temps partiel contre leur gré du fait de la conjoncture économique, selon le ministère.

Pour Aaron Smith et Ryan Sweet, économistes de Moody's Economy.com, la réponse des autorités de Washington à la crise «devrait mettre fin à la récession d'ici à la fin de l'année, mais la suite dépendra de la capacité de l'économie à cesser l'hémorragie de l'emploi».

Sur ce point, l'économiste indépendant Joel Naroff est plutôt optimiste. D'après lui, les entreprises ont déjà fortement réduit leurs dépenses de personnel en prenant en compte la perspective d'une récession longue. Il compte toujours que les «suppressions d'emploi vont ralentir fortement» au printemps ou à l'été.

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