Le jeu vidéo ne connaît pas la crise

L’industrie canadienne du jeu vidéo a récolté des ventes records de 2,1 milliards de dollars en 2008, soit 500 millions de plus qu’en 2007.
Photo: Agence Reuters L’industrie canadienne du jeu vidéo a récolté des ventes records de 2,1 milliards de dollars en 2008, soit 500 millions de plus qu’en 2007.

La récession a forcé plusieurs secteurs de l'économie à brandir le couperet comme jamais auparavant. Mais selon toute vraisemblance, l'industrie québécoise du jeu vidéo constitue une exception.

La récession fait des ravages dans plusieurs secteurs de l'économie, mais celui du jeu vidéo ne souffre pas outre mesure du ralentissement économique, affirment ses artisans. À Montréal, en fait, plusieurs producteurs poursuivent leur plan d'embauche. Mais le vrai test viendra plus tard cette année.

NPD Group, qui publie des rapports de recherche sur plusieurs secteurs du commerce de détail, a indiqué récemment que 2008 a été une année record dans le jeu vidéo au Canada. L'industrie a récolté des ventes de 2,1 milliards, soit 500 millions de plus qu'en 2007. À elle seule, la sous-catégorie des jeux pour consoles a explosé de 51 % pour atteindre 1,1 milliard.

«La période des Fêtes s'est bien déroulée», dit le porte-parole d'Ubisoft Canada, Cédric Orvoine. Le producteur, qui garde le cap sur son objectif de 3000 employés d'ici 2013, a publié certains gros titres en 2008, comme Far Cry 2 et Prince of Persia, ce qui a permis d'augmenter les ventes. «Mais 2009 va être une année importante. On réalise un gros pourcentage de notre chiffre d'affaires à Noël, alors il faudra voir comment les consommateurs vont se comporter à ce moment-là.»

Ubisoft n'a pas été obligé d'effectuer des licenciements, a dit M. Orvoine. En ce moment, Ubisoft compte 1800 travailleurs au Québec, dont 225 à Québec et 80 à Piedmont, dans les Laurentides, où la compagnie a acheté Hybride, un créateur d'effets visuels hollywoodiens.

Bien positionné

Selon un récent rapport de Secor Taktik pour l'Alliance numérique, le Texas, la Colombie-Britannique et le Québec figurent parmi les régions du monde qui se sont le mieux positionnées pour l'avenir. Ce sont désormais des centres de production «arrivés à maturité», qui ont atteint une masse critique tout en affichant des taux de croissance importants.

Dans l'ensemble, l'industrie du jeu au Québec compte maintenant 6200 travailleurs, dont 4000 qui travaillent dans le développement, ce qui en fait le sixième pôle mondial. Il y a neuf ans, il n'y avait que 500 développeurs.

Un des gros studios à avoir choisi Montréal est Electronic Arts (EA). Le producteur américain a mis le pied à Montréal il y a cinq ans. La rumeur veut que l'annonce récente de 1100 licenciements (11 % de sa main-d'oeuvre mondiale) n'ait eu qu'un impact très négligeable sur le personnel.

Mais à terme, le studio d'EA demeure en mode embauche, assure-t-on. Bioware, un studio d'Edmonton acquis par EA l'an dernier, va transférer une quinzaine d'employés à Montréal et embaucher 15 nouveaux artisans. Bioware est un producteur bien coté qui a signé plusieurs gros succès, tels que Mass Effect et Neverwinter Nights.

«On a beaucoup de signes selon lesquels l'industrie du jeu vidéo devrait s'en tirer plutôt bien par rapport à la récession», dit le vice-président d'EA, Jeff Brown. «Nintendo va bien, avec sa console Wii et son appareil portable DS; Microsoft et Sony vont bien... Et lorsque les consoles se vendent bien, les logiciels aussi», dit-il. Le prix des jeux, autour de 60 $ ou 70 $, et le nombre d'heures d'amusement qu'ils procurent font en sorte que les gens y voient un divertissement peu coûteux, selon lui.

Grâce à une politique fiscale extrêmement avantageuse pour l'industrie, le Québec a réussi, au fil du temps, à s'imposer comme une des plaques tournantes du jeu vidéo. Parmi ses concurrents figurent la Colombie-Britannique, le Texas, Singapour, la France, la Corée du Sud et la Grande-Bretagne. La liste de studios qui se sont récemment installés à Montréal est longue, un des plus gros étant Eidos en 2007.

Des défis

«Bien que l'industrie semble imperméable à la récession, avec des ventes qui grimpent d'année en année, les défis abondent», a toutefois écrit l'Entertainment Software Association of Canada (ESAC), basée à Toronto, dans un premier rapport sur l'état des lieux le mois dernier. «Les chefs de file de l'industrie canadienne mentionnent l'accès au financement et la gestion du risque. De plus, l'accès aux jeunes talents est essentiel au succès.»

Parmi les éléments prometteurs, le rapport évoquait les «investissements à long terme» de certaines multinationales. «Ubisoft Canada a récemment acquis le développeur Action Pants en Colombie-Britannique, EA procède à l'expansion de BioWare à Montréal et Babel Media s'agrandit à Montréal», ajoutait l'ESAC.

Aux prises avec une très forte croissance des ventes, les patrons des producteurs de jeux vidéo, qui ont accéléré la production, ont souvent évoqué la difficulté à trouver de la main-d'oeuvre. Ce problème persiste, mais avec la création de cours, il semble moins criant. De plus, les récentes mises à pied chez certains producteurs de Vancouver pourraient représenter un filon additionnel.

Dorénavant, dit-on, le défi est de recruter du personnel d'encadrement. «Il y a eu des efforts pour régler le problème des jeunes», dit M. Orvoine. «Mais on ne peut pas faire évoluer une structure comme la nôtre seulement avec une infusion de jeunes diplômés. Ça prend un équilibre.»

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