Bombardier supprime 3000 nouveaux emplois

L'instabilité des marchés entraîne de nombreuses annulations de commandes chez Bombardier Aéronautique, ce qui force le constructeur à mettre à pied 3000 employés, dont 1030 à Montréal, malgré un bénéfice record au cours de son dernier exercice.

Bombardier a terminé son exercice 2008-09 le 31 janvier en touchant pour la première fois le cap d'un milliard pour son bénéfice net, mais l'impact de la récession mondiale qui affecte sérieusement sa division aérospatiale l'incite à ralentir encore la cadence de production de ses appareils. Après l'annonce d'une coupure de 1360 emplois au début de février, en voilà maintenant une autre qui entraînera le départ de 3000 employés. Depuis le début de 2009, Bombardier a donc réduit ses effectifs de 14 % et rien ne garantit qu'il n'y aura pas d'autres départs avant la fin de l'année.

Guy Hachey, président et chef de l'exploitation de Bombardier Aéronautique, a expliqué hier qu'en raison de l'instabilité très grande dans le marché, il y avait un nombre plus élevé que d'habitude d'annulations et de reports depuis le quatrième trimestre et qu'il était très difficile de trouver un équilibre entre la cadence de production et la demande pour les appareils. «Il n'y a pas de visibilité très claire pour les mois à venir. On espère que le marché va reprendre et qu'on a fait les coupures nécessaires», a mentionné M. Hachey. La nouvelle réduction de personnel touchera 1030 employés à Montréal, 975 à Belfast, 475 à Toronto, 470 aux États-Unis et 50 au Mexique. Il en coûtera à Bombardier 30 millions en indemnités de départ de tous ces employés.

Pierre Beaudoin, président et chef de la direction, a expliqué que la décision de réduire la cadence de production était prise en fonction des commandes fermes qui sont reportées ou annulées. Les indicateurs principaux généralement considérés pour évaluer un marché sont la croissance de l'économie et la profitabilité des compagnies. Pour le moment, certaines d'entre elles refusent même de prendre possession d'appareils qu'ils avaient commandés, renonçant plutôt au dépôt déjà versé. Cette situation met de «la pression sur les prix», reconnaît la direction. La réduction de la production vise tous les modèles d'avions d'affaires (une baisse de 25 % des livraisons cette année) et des appareils CRJ au deuxième semestre de l'année en cours. Seuls les avions Q400, très en demande, font l'objet d'une augmentation de production (environ 10 % plus de livraisons d'avions commerciaux). En revanche, le développement de nouveaux programmes d'avions se poursuit comme prévu, particulièrement celui de la CSeries, pour lequel «plusieurs clients manifestent un intérêt profond et significatif», affirme M. Hachey.

Bombardier Transport

Par ailleurs, Bombardier Transport, dont les revenus ont bondi de 25 % pour atteindre 9,8 milliards au cours du dernier exercice, envisage les prochaines années avec un marché beaucoup plus stable. Il a obtenu des nouvelles commandes pour 9,8 milliards au cours de la dernière année et son carnet de commandes atteint 24,7 milliards, soit l'équivalent de deux années de revenus. «La récession actuelle devrait avoir une incidence limitée sur Bombardier Transport, qui réaffirme son objectif d'atteindre une marge du bénéfice avant impôts et intérêts de 6 % en 2010», a déclaré André Navarri, président et chef de l'exploitation.

Présentement les divisions de l'aérospatiale (chiffre d'affaires de 10 milliards) et du transport génèrent des revenus presque identiques, mais Pierre Beaudoin a reconnu hier que la division transport aura surpassé celle de l'aérospatiale à la fin du présent exercice. Globalement, Bombardier a déclaré des revenus de 19,7 milliards, en hausse de 2,2 milliards sur l'exercice précédent. Le bénéfice par action a été de 56 cents, comparativement à 16 cents l'année d'avant. Son carnet de commandes atteint 48,2 milliards en comparaison de 53,6 milliards. Le flux de trésorerie disponible n'est plus que de 342 millions, alors qu'il était de deux milliards en 2007. La situation de trésorerie nette se retrouve à 295 millions, en comparaison de 504 millions l'année précédente. Bombardier considère avoir une solide situation de trésorerie et n'a aucune échéance de dette avant mai 2012. Toutefois, le déficit des régimes de retraite, qui a augmenté de 300 millions, atteint 1,5 milliard, et on prévoit une augmentation additionnelle de 400 millions cette année. Le titre de Bombardier a clôturé hier à Toronto à 3,35 $, en hausse de 31 ¢ ou de 10,2 %.

À voir en vidéo