Michael Sabia en potentiel conflit d'intérêts

Québec — Le président et chef de la direction de la Caisse de dépôt et placement du Québec (CDPQ), Michael Sabia, a vu une situation de conflit d'intérêts potentiel là où la ministre des Finances, Monique Jérôme-Forget, n'en voyait pas l'ombre; il a décidé de renoncer à ses 863 000 options d'achat d'actions de BCE, l'entreprise qu'il dirigeait et qui a fait sa fortune.

«M. Sabia est en train de finaliser les détails de sa fiducie avec les avocats de la Caisse, mais il était d'ores et déjà acquis qu'il ne conserverait pas ses options de BCE», a indiqué, hier, le directeur des communications de la CDPQ, Maxime Chagnon.

Dans un communiqué diffusé en soirée, Michael Sabia a précisé qu'«il a convenu, comme son prédécesseur Henri-Paul Rousseau, qu'il ne conserverait pas ses options d'achat d'actions» à la suite de la publication de la circulaire de BCE et des questions à l'Assemblée nationale.

Car des allégations de conflit d'intérêts lié aux options de BCE que détient M. Sabia ont fait surface, hier, à l'Assemblée nationale. Lors de la période des questions, le porte-parole de l'opposition officielle en matière de finances, François Legault, a asticoté Monique Jérôme-Forget en lui demandant si elle ne trouvait pas qu'il y avait un risque de conflit d'intérêts dans le fait qu'un président de la Caisse détienne autant d'options de BCE.

Rappelant que le président de la CDPQ est tenu de placer ses titres dans une fiducie sans droit de regard, Mme Jérôme-Forget s'est dit satisfaite que ces options soient confiées à un fiduciaire. «M. Sabia a procédé de façon normale parce que quiconque détient ou des options ou des actions pourrait devenir président de la Caisse de dépôt et placement. C'est très fréquent, ça va arriver dans l'avenir, c'est arrivé cette fois-ci», a fait valoir la ministre.

Mais François Legault n'est pas d'accord. Des options ne peuvent pas être gérées par un fiduciaire comme un portefeuille d'actions. Un fiduciaire peut vendre ou acheter les actions d'un portefeuille en fonction de sa propre appréciation. Pour les options d'achat, c'est différent: il ne peut qu'attendre de pouvoir exercer ces options. Les options d'achat peuvent être exercées d'ici trois ans à des prix variant de 30,75 $ à 40,65 $. Dans le marché déprimé actuel, les actions de BCE ne valent que 26 $. Or la Caisse a investi dans des concurrents de BCE, notamment Vidéotron; il existe donc une possibilité que M. Sabia puisse chercher à nuire à Vidéotron pour favoriser BCE, a souligné M. Legault. La Caisse pourrait aussi acheter massivement des actions de BCE pour en faire grimper la valeur. À l'heure actuelle, ces options sont sans valeur ou presque.

Michael Sabia a déjà renoncé à sa future rente de retraite de la Caisse d'une valeur de 235 000 $ ainsi qu'à une indemnité de départ équivalente à son salaire annuel de 500 000 $ et aux primes pour les deux prochaines années. Il touche toutefois depuis septembre une rente de retraite de 968 000 $ par an de BCE. Au total, M. Sabia a encaissé 21 millions à son départ de cette entreprise.

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