L'avenir d'Abitibi-Bowater s'embrouille de nouveau

AbitibiBowater a commencé hier à revoir ses options après avoir été incapable de s'entendre avec les détenteurs d'obligations au sujet d'une dette de 1,8 milliard $US que traîne sa division américaine. À la Bourse de Toronto, l'action a plongé de 20 %.

La papetière, dont l'avenir comporte un certain niveau d'incertitude, est engagée dans un bras de fer avec des banques qui sont convaincues qu'elle devrait notamment augmenter les paiements d'intérêt qu'elle leur verse. Certains médias ont indiqué qu'il s'agit entre autres de Bank of America, Wachovia et Citicorp.

«La société évalue de nouvelles solutions de restructuration», a indiqué la direction de la compagnie en précisant que ces solutions visent à «conserver un niveau adéquat de liquidités». Depuis un certain temps, certains analystes croient que la compagnie devra probablement avoir recours à la protection des tribunaux pour se restructurer à l'abri de ses créanciers.

Abibiti-Consolidated et Bowater, son grand rival, ont fusionné leurs activités en 2007. Mais les perspectives de l'industrie se sont rapidement détériorées en raison des problèmes de la presse écrite, ce qui a accéléré la chute de consommation du papier journal. Au troisième trimestre 2008, la compagnie, qui a fermé plusieurs usines et même vendu des terrains forestiers, a affiché une perte de 300 millions sur des revenus de 1,7 milliard.

Pas de nouveau report

AbitibiBowater s'était donné pour objectif de s'entendre avec les détenteurs avant le 31 mars à 23h59, mais en vain. Contrairement aux dernières semaines, elle a décidé cette fois de ne pas repousser la date butoir une fois de plus, et est en train d'évaluer ses options.

«Nous gardons espoir que nous pourrons collaborer efficacement avec l'ensemble de nos prêteurs, porteurs de titres de créance et autres parties prenantes pour restructurer différemment la totalité de nos dettes», a dit dans un communiqué le président et chef de la direction, David J. Paterson.

Le recul de 20 % en Bourse fait en sorte que l'action ne se transige plus qu'à 66 ¢. En un an, la dégringolade se chiffre à 95 %. À la Bourse de New York, l'action de la compagnie a subi un recul de 4 % à 53 ¢.

Cette dette de 1,8 milliard $US est composée de six obligations. Les deux premières, qui sont remboursables en août 2009 et en mars 2010, totalisent 482 millions et ont besoin d'un appui de 97 % des détenteurs pour être refinancées. Les quatre autres totalisent 1,3 milliard $US, viennent à échéance en 2011, 2012, 2013 et 2021 et nécessitent un appui de 50 %.

Pour l'ensemble de ces obligations, AbitibiBowater verse des intérêts de 7,66 % par année, selon une récente note de recherche de la firme Dundee Capital Markets.

Décote

La division canadienne a appris mardi que l'agence de notation Standard & Poor's, inquiète d'un récent défaut de paiement de sa part, avait annoncé une décote sur plusieurs de ses titres de créance. La cote est maintenant au niveau le plus bas, soit «D». Une décote a un impact sur la capacité d'emprunt d'une société, car elle entraîne une hausse des frais d'intérêt qu'elle doit verser aux investisseurs qui achètent ses nouvelles obligations.

La réussite du renouvellement de la dette — que la compagnie appelle les «offres d'échange» — constituait une condition de la restructuration du capital de 2,4 milliards chez la division canadienne, Abitibi-Consolidated. La compagnie a quand même l'intention de poursuivre cet exercice, mais va le «modifier au besoin» pour tenir compte de l'évolution du refinancement de Bowater. Des rendez-vous avec les créanciers devraient donc être reportés, a-t-elle ajouté.

Une offre d'échange effectuée à pareille date l'an dernier avait été complétée avec succès.

Par ailleurs, AbitibiBowater a indiqué mardi qu'elle serait incapable de déposer ses résultats annuels dans les délais prévus. La compagnie a invoqué le temps requis pour comptabiliser et analyser certaines opérations, dont une dépréciation de ses actifs à long terme. Elle a aussi mentionné le refinancement de la dette de Bowater.

En date du 31 septembre 2008, la dette totale d'Abitibi et de Bowater était de 6,4 milliards.

Dans une note de recherche portant sur AbitibiBowater, la firme Dundee a indiqué cette semaine que «nous éviterions le secteur des pâtes et papiers pour au moins 12 mois encore. La demande nord-américaine pour le papier journal est en déclin et continue de se détériorer, particulièrement dans un contexte de récession».

L'analyste de Dundee, Richard Kelertas, recommande de vendre le titre et estime qu'il est à «risque élevé».

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