Le nouveau p.-d.g. d'Air Canada sème l'inquiétude

Air Canada a enregistré une perte d’un milliard en 2008 et son régime de retraite affiche des déficits de plus en plus importants.
Photo: Jacques Nadeau Air Canada a enregistré une perte d’un milliard en 2008 et son régime de retraite affiche des déficits de plus en plus importants.

La nomination de l'ancien chef de la restructuration d'Air Canada comme président du transporteur a donné lieu hier à toutes sortes d'hypothèses concernant la possibilité d'un nouveau processus de réorganisation sous protection judiciaire et semé l'émoi sur les marchés, où l'action a plongé de 23 %.

Le retour de Calin Rovinescu, qui prendra la place de Montie Brewer ce matin à la tête d'Air Canada, survient dans un contexte difficile pour la compagnie, qui a enregistré une perte d'un milliard en 2008 et dont le régime de retraite affiche des déficits de plus en plus importants.

En février, lors de la publication des résultats annuels, Air Canada a dit qu'elle va chercher à économiser 100 millions de plus cette année tout en arrachant des concessions supplémentaires de 20 à 40 millions auprès de ses fournisseurs. Pour ajouter au casse-tête, cet exercice s'inscrit dans une année où la direction va devoir négocier avec ses syndicats puisque leurs conventions collectives prennent fin en juin 2009.

Ben Cherniavsky, de la firme Raymond James à Vancouver, estime depuis quelques jours que les risques d'une nouvelle restructuration sous protection judiciaire sont de 50 %. «Nous continuons de recommander aux investisseurs d'éviter l'action d'Air Canada», a-t-il écrit dans une note de recherche hier.

À la Bourse de Toronto, l'action d'Air Canada a d'abord ouvert en baisse de 2 %, mais les actionnaires ont été de plus en plus pessimistes au fil des heures. Au fil d'arrivée, le titre ne se trouvait plus qu'à 89 ¢, en baisse de 23 %. Il se négociait à près de 10 $ il y a un an.

«Bien que nous devrons affronter de grandes difficultés, nous continuerons de miser sur les succès qu'a obtenus la société à ce jour et de proposer un produit de qualité à nos clients,

employés et actionnaires», a déclaré M. Rovinescu dans un communiqué.

Air Canada a déjà indiqué que la baisse des prix du carburant — qui ont explosé de 34 % en 2008 — va compenser les baisses de revenus causées par le ralentissement économique.

M. Rovinescu n'est pas coulé dans le moule des dirigeants de l'industrie de l'aviation, a ajouté M. Cherniavsky, et cela «peut être un avantage pour Air Canada compte tenu de ses défis». «Tout de même, ce changement à la direction ne suffit pas à augmenter de manière significative les chances de survie de la compagnie, que nous estimons au mieux à 50-50.»

Avocat de formation, M. Rovinescu a fait ses études à Montréal. De 1979 à 2000, il a travaillé au cabinet Stikeman Elliott, où il a pratiqué le droit commercial et conseillé de nombreuses compagnies, dont Air Canada. En 2000, il s'est joint au transporteur et a assumé la présidence de plusieurs filiales, dont Aéroplan, Air Canada Jazz et les services d'entretien ACTS. Il était jusqu'à maintenant directeur principal chez Genuity Capital Markets, une banque d'investissement.

«M. Rovinescu connaît bien Air Canada puisqu'il a été membre de la haute direction de 2000 à 2004», a dit le président du conseil, David Richardson, dans un communiqué publié lundi soir. «Son leadership réputé et sa vaste expérience en stratégie d'entreprise seront d'une grande utilité à Air Canada en cette période particulièrement difficile pour le secteur mondial du transport aérien.»

Les pilotes surpris

En 2004, au moment où Air Canada était en restructuration, il a quitté la compagnie en invoquant des raisons personnelles. Le syndicat des pilotes avait applaudi à son départ.

«On est surpris de sa nomination puisqu'il était chef de la restructuration», a dit lors d'un entretien Serge Beaulieu, porte-parole de l'Association des pilotes d'Air Canada, qui sont environ 3300. «En même temps, il a des connaissances approfondies du milieu de l'aviation. On va attendre de lui parler avant de se faire une idée, pour voir son plan.» M. Rovinescu est un homme «allumé, charmeur et décisif, pour ne pas dire incisif», a-t-il ajouté.

Selon M. Beaulieu, qui représente les pilotes de Montréal, les employés veulent un «leadership solide». «Mais le problème, c'est qu'on a fait de grosses concessions en 2003 et en 2004 pour remettre la compagnie sur les rails. Y a-t-il une possibilité de restructuration? On présume que oui. Est-ce que c'est parce que M. Rovinescu est là? On ne le sait pas. On est prêts à toutes les éventualités.»

Le principal actionnaire d'Air Canada est ACE Aviation, une société de portefeuille créée après la restructuration qui détient 75 % des parts.

En 2008, le chiffre d'affaires d'Air Canada s'est élevé à 11,1 milliards, comparativement à 10,6 milliards en 2007, lorsqu'elle avait généré un bénéfice de 429 millions.

«M. Rovinescu est la personne toute désignée pour diriger l'entreprise dans le contexte actuel», a déclaré dans un communiqué M. Brewer, qui va aussi céder à M. Rovinescu le siège qu'il occupe au conseil d'administration.

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