Sixième mois consécutif de recul du PIB

L'économie canadienne a connu un sixième mois de recul en janvier, a rapporté hier Statistique Canada, marquant ainsi l'entrée officielle du pays en récession. Ce «marasme devrait s'accentuer» cette année, a prévenu l'OCDE, avant d'ajouter que les gouvernements et la Banque du Canada pourraient faire plus pour essayer de limiter les dégâts.

Le produit intérieur brut (PIB) réel du Canada a diminué de 0,7 % au mois de janvier 2009. Ce recul de l'économie est principalement attribuable au secteur de la fabrication (-3,1 %), particulièrement dans les domaines tournés vers l'exportation (-7 %), comme l'auto, le papier journal et les produits informatiques et électroniques. Les secteurs du commerce en gros (-3,4 %) et de la construction (-3 %) font aussi partie des plus frappés, même si, en fait, parmi les neuf principaux secteurs industriels étudiés par Statistique Canada, seuls le secteur de l'agriculture et de la forêt et le secteur public n'ont pas décliné durant ce mois.

Entrée officielle en récession

Ces dernières données portent le recul de l'économie en 12 mois à -2,4 % de janvier 2008 à janvier 2009. Il faut dire que la baisse de 0,7 % du PIB en janvier avait été précédée par les résultats guère plus brillants de -1 % en décembre, de -0,7 % en novembre, de -0,1 % en octobre, de -0,0 % [sic] en septembre et de -0,5 % en août.

«Les résultats de janvier marquent ainsi le sixième mois de recul du PIB réel par industrie depuis son sommet de juillet 2008. La définition technique d'une récession correspondant à six mois de baisse du PIB réel est donc respectée», a fait remarquer hier Benoit P. Durocher, économiste senior au Mouvement Desjardins. Étant donné ce que l'on sait sur l'état de l'économie canadienne par la suite, a-t-il poursuivi, «il serait étonnant que les mois de février et mars ne se soldent pas à leur tour par une réduction du PIB».

L'économiste s'attend même à une retentissante chute de l'économie de -7,5 % en rythme annualisé au premier trimestre de 2009. Le Canada battrait ainsi son triste record de -5,9 % établi au premier trimestre de 1991.

Marc Pinsonneault est à peine moins pessimiste. L'économiste à la Banque Nationale Groupe financier s'attend à ce que l'on annonce un recul en rythme annualisé d'environ 5 % pour ce premier trimestre de 2009.

Le quatrième et dernier trimestre de 2008 s'était soldé par une diminution de 3,4 % au Canada. Le Québec s'en était alors relativement mieux tiré que les autres, avec un fléchissement de seulement 1,4 %.

Une situation qui s'aggravera avant de s'améliorer

«Le marasme devrait s'accentuer», met en garde l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) dans un «rapport intermédiaire» sur ses «perspectives économiques» dévoilé hier. En dépit de conditions du crédit qui «restent plus saines que dans les autres grands pays», le Canada sera notamment affecté par l'impact sur ses exportations du ralentissement économique mondial et «l'atonie des secteurs de l'automobile et du logement aux États-Unis», ainsi que par la baisse de la consommation des ménages et de l'investissement des entreprises.

Un certain redressement pourrait commencer à se faire sentir au second trimestre de cette année, mais cette tendance ne sera durable qu'après le début d'une normalisation de la situation des marchés financiers et l'amorce d'une reprise dans les autres grands pays de l'OCDE au cours de 2010. La situation va toutefois d'abord «s'aggraver avant qu'une amélioration se fasse sentir», prévient l'organisme basé à Paris. Après avoir modestement augmenté de 0,5 % l'an dernier, le PIB canadien devrait ainsi essuyer un recul de 3 % cette année, puis rebondir bien timidement de 0,3 % en 2010. Le marché de l'emploi devrait être à l'image de tout le reste, passant d'un taux de chômage moyen de seulement 6,1 % en 2008 à un taux de 8,8 % en 2009, et même à 10,5 % l'année d'après.

Faire mieux

L'OCDE salue, dans son rapport, les mesures de relance économique adoptées par les gouvernements au Canada ainsi que l'assouplissement accéléré des conditions monétaires par la Banque du Canada. «Les autorités monétaires et budgétaires sont en mesure de faire davantage», dit-elle cependant.

La remarquable santé des finances publiques au Canada ouvre la porte à de nouvelles actions, selon elle. «Cela ne vaut pas seulement pour le budget fédéral; les provinces devraient profiter de l'impulsion donnée par l'administration fédérale pour appliquer leur propre stimulation.» Les nouvelles mesures en question devraient être rapidement applicables et privilégier le soutien au revenu des travailleurs licenciés et leur reconversion ainsi que l'investissement dans des projets d'infrastructure. «Il faut résister à la tentation de cibler des secteurs particuliers», avertit l'OCDE au moment même où Ottawa et Toronto multiplient les efforts pour aider le secteur ontarien de l'automobile.

Quant à la Banque du Canada, comme son taux directeur est maintenant à seulement 0,5 %, elle ne peut plus guère le réduire encore. Il serait temps pour elle «d'envisager des mesures d'assouplissement quantitatif» consistant à injecter dans le marché de nouvelles liquidités, à l'exemple de la Réserve fédérale américaine.

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