Rolls Royce Canada n'abaisse pas ses attentes

Le président et chef de l’exploitation de Rolls Royce Canada prononçait hier une allocution devant la Chambre de commerce du Montréal métropolitain.
Photo: Jacques Nadeau Le président et chef de l’exploitation de Rolls Royce Canada prononçait hier une allocution devant la Chambre de commerce du Montréal métropolitain.

Si prestigieux soit-il, le nom de Rolls Royce ne met pas une entreprise à l'abri des effets d'une récession, à moins de prendre des moyens inusités dans les grandes sociétés industrielles traditionnelles. «On ne peut plus se permettre de travailler l'un contre l'autre», dit son président, à propos des rapports entre le patron et le syndicat.

Michel Toutant, président et chef de l'exploitation de Rolls Royce Canada, affirme être persuadé de pouvoir traverser l'année 2009 avec les mêmes revenus et le même nombre d'employés qu'en 2008, malgré les coupes de 2000 emplois annoncées par la société mère en novembre dernier. La filiale canadienne a 1400 employés, dont 1300 à Montréal. Quelques dizaines d'entre eux ont été licenciés, mais la plupart ont été rappelés par la suite.

Avant même le déclenchement de la récession, qu'on a commencé à sentir à l'automne 2008 chez Rolls Royce Canada, M. Toutant avait mis en place une stratégie pour faire face à la concurrence mondiale et à la hausse de la valeur du dollar canadien puisque cette société exporte 100 % de ses produits et services en dollars américains. À cela se sont ajoutés depuis le début de 2009 les effets de la récession mondiale, qui dans l'industrie de l'aviation ont provoqué une diminution de 30 % des heures de vol dans l'aviation commerciale depuis le début de 2009. Moins d'heures de vol signifient des moteurs qui tournent moins, et qui par conséquent requièrent des services d'entretien et de remise en état moins fréquents, un important créneau d'activités pour Rolls Royce Canada.

Cela entraîne forcément une surcapacité des services disponibles, des guerres de prix et même une concurrence féroce entre les filiales de Rolls Royce un peu partout dans le monde, a expliqué hier le président au déjeuner de la Chambre de commerce du Montréal métropolitain. Les taux horaires pour les employés sont plus élevés au Canada qu'aux États-Unis, soutient-il, sont à peu près les mêmes qu'Europe et sont deux fois plus élevés qu'en Asie. En revanche, Montréal représente des avantages: un bassin important de main-d'oeuvre qualifiée, une belle concentration d'entreprises dans le secteur de l'aérospatial, d'excellents programmes gouvernementaux et des investissements de 40 millions par année en recherche et développement par la filiale canadienne. L'objectif est donc de miser sur les produits de haute valeur ajoutée et de développer des compétences pour distancier la concurrence.

Augmenter

la productivité

Depuis un an et demi,

M. Toutant a aussi cherché à augmenter la productivité par une plus grande motivation des employés. Avec l'appui de la société mère, il a mis en place une structure organisationnelle sur le modèle de la pyramide inversée, c'est-à-dire le travail par équipe en donnant les outils aux employés pour que ceux-ci décident eux-mêmes des améliorations à apporter. Le pouvoir décisionnel d'une équipe porte sur la planification de la production, la bonne marche de l'équipe, la santé et la sécurité au travail, la surveillance des standards de qualité, la coordination de la formation et le maintien de bonnes relations de travail. Cette approche a été adoptée en accord avec les instances syndicales.

Le projet a commencé sur une base expérimentale avec trois équipes pilotes, et après 18 mois, on compte cinq équipes qui regroupent la moitié des 1300 employés de l'usine de Lachine et on veut en arriver à avoir de 10 à 12 équipes. Selon M. Toutant, la productivité s'améliore, le nombre des accidents a diminué de 10 % et le nombre des griefs a été réduit de moitié. Le modèle est adapté au fur et à mesure, selon les besoins. Les équipes s'autoévaluent selon des critères préétablis. Cette démarche a conduit les employés à faire preuve d'une plus grande ouverture, de transparence, de respect et de confiance mutuelle. Pour en témoigner, il y avait hier à ce déjeuner-causerie une dizaine d'employés de Rolls Royce, ce qui est plutôt rare aux événements de la Chambre de commerce.

Le ralentissement perceptible dans le secteur les moteurs d'avion d'affaires ne s'est pas fait sentir dans la division des turbines industrielles parce qu'on a un carnet de commandes bien garni. La mobilité des employés entre les divisions, selon les besoins, est un autre facteur qui contribue à éviter des licenciements.

M. Toutant n'a pas voulu divulguer le chiffre d'affaires de Rolls Royce Canada, mais en 1998 l'usine de Lachine, qui avait alors 1200 employés, a déclaré des revenus de 500 millions.

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