Portrait - Un chalet en bois sur le principe du Lego

Michel Mathon est un jeune entrepreneur de 36 ans fort occupé. Depuis une dizaine d'années, il dirige l'entreprise de construction de maisons fondée par son père en 1977, Habitations Germat. Au tournant des années 2000, il y a ajouté une entreprise de maisons usinées qui s'appelle Confort Design, qui a été suivie un peu plus tard d'une troisième, Timber Block, sur laquelle il mise beaucoup pour la croissance future.

Pour des raisons de synergie, ces trois entreprises, qui sont regroupées dans une même usine, tout en conservant leur identité propre, construisent environ 300 maisons ou chalets par année. Habitations Germat, qui s'est développée principalement dans la couronne nord de la région montréalaise, a construit l'an passé 90 maisons à des prix variant de 200 000 $ à plus d'un million. Confort Design a livré 50 maisons usinées d'une valeur de 60 000 $ à 150 000 $; l'acheteur doit toutefois assumer des coûts et frais additionnels de 35 000 à 70 000 $ pour le terrain, les fondations, les raccordements électriques, la plomberie, le revêtement de plancher, l'installation de la maison, la maçonnerie, etc.

Timber Block a livré pour sa part 160 chalets ou maisons de campagne en bois rond, isolés selon une technologie nouvelle et brevetée. Les murs, qui sont assemblés en usine, peuvent être installés en une journée avec une grue et un technicien, aidé de trois personnes qui peuvent être l'acheteur et deux autres membres de sa famille. Ces chalets se vendent en général entre 60 000 $ et 300 000 $, sans les planchers, les installations électriques, le terrain et une foule d'autres travaux. Le toit est compris dans le prix de vente, mais il appartient à l'acheteur de s'occuper de son installation. M. Mathon ne cache pas que le nom de Timber Block lui a été inspiré par les blocs Lego avec lesquels tous les enfants de sa génération ont joué. En somme, c'est un peu comme acheter un meuble chez IKEA. Il faut en finir le montage soi-même.

Les revenus générés par ces trois entreprises ont atteint 30 millions l'an passé. Est-ce que le ralentissement économique actuel a un impact sur la demande cette année? Aucunement, répond M. Mathon, qui voit même un potentiel de croissance important pour Timber Block sur les marchés d'exportation. Jusqu'à maintenant, le marché québécois a généré 85 % du chiffre d'affaires, le reste provenant de la province voisine du Nouveau-Brunswick. Avant bien longtemps, croit-il, le Québec pourrait ne représenter que 50 % du chiffre d'affaires.

Beaucoup d'intérêt

à l'étranger

Depuis quelques années, il dit recevoir à peu près deux appels par semaine de partout dans le monde, de la Russie, de la Pologne, etc., de personnes qui veulent devenir distributeurs pour Timber Block. Il faut d'abord enquêter sur le sérieux de ces offres, explique M. Mathon. Pour la première fois, l'an passé, il a décidé de miser sur un marché lointain, celui de l'Alberta, où il est convaincu d'avoir trouvé un bon distributeur et bien sûr un marché en pleine expansion, avec de nombreux terrains ruraux disponibles et par surcroît une importante pénurie de main-d'oeuvre, ce qui ouvre toutes grandes les portes à des maisons construites ailleurs. Il a donc vendu 20 chalets ou maisons de campagne en moins d'un an. Il semble que le marché résiste malgré la chute importante des activités pétrolières, laquelle n'est, à son avis, que temporaire. En fait, l'industrie de la construction de maisons dans cette province fonctionne encore à plein régime. Les frais de transport de 8000 $ pour chaque chalet depuis Mascouche jusqu'en Alberta ne sont pas davantage un inconvénient à la pénétration de ce marché.

Timber Block s'est par ailleurs attaqué au marché de la Suisse en 2008, après avoir participé à un salon à Genève et à cause «du sérieux du candidat» qui a offert ses services. Deux chalets ont été vendus en Suisse, mais de gros chalets dont la valeur se situait à environ un million. Il faut dire que Timber Block, comme les deux autres entreprises soeurs, offre des services personnalisés. Chaque client peut élaborer son plan et le constructeur offre une équipe de cinq dessinateurs à temps complet avec une pleine liberté de design.

Une économie

de 30 arbres par maison

Pour Timber Block en particulier, l'innovation est en somme le nerf de la guerre. M. Mathon mentionne que trois millions de dollars ont été investis depuis 2001 pour mettre au point une technologie d'isolation pour les chalets de bois rond. «Nous avons inventé un produit», dit-il. Timber Block utilise des billots de pin blanc venant du Québec. La technologie qui a été brevetée consiste à retirer 60 % du bois qui se trouve à l'intérieur du billot et d'y injecter une mousse isolante sous haute pression de polyuréthane, provenant de plastiques recyclés. De la même façon, le bois qui a été retiré des billots est utilisé ailleurs, pour les planchers par exemple. Chaque chalet représente une économie de 30 arbres, fait-il valoir, ce qui, à ses yeux, ne peut pas ne pas plaire aux gens soucieux de la protection des forêts. En outre, les billots, qui normalement ont un taux d'humidité élevé, deviennent ainsi beaucoup plus secs et, par conséquent, sont moins sujets au rétrécissement avec le temps, ce qui finit par laisser passer l'air extérieur, avec les pertes d'énergie qu'on peut deviner. Bref, M. Mathon soutient que cette technologie permet une isolation une fois et demie supérieure à celle d'une maison ordinaire.

Quels sont les prochains marchés que visera Timber Block? Il y a eu participation à un salon en Colombie-Britannique récemment et une autre présence au plus important salon en Amérique du Nord, à Las Vegas. M. Mathon en est à compléter un deuxième agrandissement à l'usine de Mascouche et prévoit qu'il faudra en faire d'autres dans quelques années. Il entend maintenir au Québec toute la production afin d'assurer un meilleur contrôle sur la qualité du produit, tout en profitant de la synergie. Les trois entreprises emploient présentement 200 personnes et le nombre augmente à 250 en été.

Michel Mathon détient 90 % des actions des trois entités, le reste étant aux mains d'associés différents dans les entreprises. Il dit avoir commencé à travailler pour la compagnie de son père lorsqu'il avait 11 ans, faisant le ménage d'abord, puis occupant avec le temps tous les emplois possibles, y compris sur les chantiers de construction. Il était devenu gérant de chantier lorsqu'il a étudié pour obtenir un baccalauréat en administration des affaires. «J'ai été très longtemps au bas de l'échelle», ajoute cet entrepreneur de toute évidence pressé. Son père, Roger Mathon, qui lui a quand même confié la direction à un fort jeune âge, demeure «un conseiller spécial» qui, après l'hiver en Floride, revient chaque été, ce qui ne passe pas inaperçu puisqu'il reste actif sept jours sur sept un peu partout dans l'organisation.
1 commentaire
  • Martine Tiramani - Inscrite 23 mars 2009 11 h 05

    felicitation a m. mathon

    c est excitant d entendre parler d innovation. ses produits semble vraiment different de ce qu on voit habituellement.bon succes a lui.