Timothy Geithner sort fragilisé du scandale AIG

La classe politique exige de savoir dans quelle mesure Timothy Geithner, censé superviser AIG depuis que l’État détient 79,9 % du capital, était au courant des 165 millions de dollars de primes remis à l’encadrement et pourquoi il n’a rien fai
Photo: Agence France-Presse (photo) La classe politique exige de savoir dans quelle mesure Timothy Geithner, censé superviser AIG depuis que l’État détient 79,9 % du capital, était au courant des 165 millions de dollars de primes remis à l’encadrement et pourquoi il n’a rien fai

La grogne est encore palpable au sujet d'AIG, qui a versé de généreuses primes à des cadres. Celui qui devait superviser l'assureur nationalisé, Timothy Geithner, est dans l'eau chaude.

Washington — Le secrétaire américain au Trésor, Timothy Geithner, confronté au scandale des primes versées à des cadres de l'assureur nationalisé AIG, fait face à des appels à la démission de la part des républicains, qui mettent en cause sa gestion de la crise financière.

Moins de deux mois après son entrée en fonctions, le grand argentier de 47 ans a reçu mercredi les encouragements du président Barack Obama, qui lui a renouvelé publiquement sa «confiance totale», tout en soulignant que peu de secrétaires au Trésor avaient fait face à une situation économique aussi difficile que M. Geithner.

Mais la classe politique exige de savoir dans quelle mesure le ministre, censé superviser AIG depuis que l'État détient 79,9 % du capital, était au courant des 165 millions de dollars de primes remis à l'encadrement et pourquoi il n'a rien fait pour l'empêcher. «Je pense que le secrétaire au Trésor marche sur des oeufs. Plus vite nous aurons des réponses à nos questions, mieux il se portera», a déclaré jeudi à la presse le chef de la minorité républicaine de la Chambre des représentants, John Boehner.

Neil Barofsky, l'inspecteur général chargé du contrôle des 700 milliards débloqués dans le cadre du plan de sauvetage du secteur financier, a compliqué la vie de M. Geithner en annonçant l'ouverture d'une enquête sur les primes d'AIG, qui constituent le premier scandale de l'administration Obama.

M. Barofsky a assuré que son enquête déterminerait «qui savait quoi, comment, quand et pourquoi». Pour tout arranger, le président de la Commission bancaire du Sénat, Christopher Dodd, a reconnu qu'il avait atténué une clause interdisant les primes dans les sociétés sauvées par des fonds publics à la demande d'un responsable du Trésor qu'il n'a pas identifié.

Pour l'influent sénateur républicain Jon Kyl, l'affaire AIG révèle un grave problème de supervision au sein de l'administration au moment où des centaines de milliards de dollars sont injectés dans des groupes en difficulté. «L'administration n'a pas l'air de savoir ce qu'elle doit faire avec l'argent du contribuable pour éviter qu'il ne soit dépensé n'importe comment», a-t-il dit.

D'autres républicains réclament la tête du ministre, rappelant qu'il a lui-même organisé le sauvetage d'AIG en septembre dernier, alors qu'il était à la tête de la Réserve fédérale de New York. «Depuis qu'il est en poste, c'est erreur après erreur, à un moment où nous avons besoin de certitude sur le plan économique», a déclaré la représentante Connie Mack à la télévision. Un de ses collègues, Darrell Issa, juge que M. Geithner n'a pas été assez curieux à l'endroit d'AIG lorsqu'il a accepté d'injecter 30 milliards supplémentaires dans l'assureur début mars. AIG a reçu 170 milliards depuis septembre. «S'il n'a pas posé de question, alors il n'est pas dans son tort, il est incompétent», a estimé le représentant.

Jeudi soir, sur CNN, M. Geithner a assuré qu'il avait agi «très vite» pour tenter d'empêcher le versement de ces primes dès qu'il en avait eu connaissance le 10 mars, mais qu'il «n'y avait aucun moyen légal de bloquer» certains de ces versements. «Je me suis trouvé dans la position de ne pas être au courant de cela plus tôt, j'en assume l'entière responsabilité», a-t-il ajouté.

M. Geithner n'a pas eu la vie facile depuis sa désignation par M. Obama. Sa confirmation par le Sénat a été compliquée par des tracas avec le fisc. Quant à son plan de stabilisation des banques, il a été mal accueilli début février, Wall Street le jugeant vague et inabouti.

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