Leroux refuserait un siège au conseil de la Caisse

Monique Leroux
Photo: Agence Reuters Monique Leroux

Si le gouvernement du Québec offrait à Monique Leroux de siéger au conseil d'administration de la Caisse de dépôt et placement, qui est en reconstruction, la présidente du Mouvement Desjardins serait embêtée car elle se donne entièrement à son nouveau travail, a dit hier un porte-parole de la coopérative dont les propos laissent croire qu'elle refuserait.

Depuis 1978, tous les présidents du Mouvement Desjardins, soit Alfred Rouleau, Raymond Blais, Claude Béland et Alban D'Amours, ont été invités au conseil par Québec. M. D'Amours a quitté son poste la semaine dernière après que la ministre des Finances l'eut avisé que son mandat, qui était échu, ne serait pas renouvelé.

Le conseil de la Caisse compte présentement 12 membres, mais, selon sa loi constitutive, ce nombre peut grimper jusqu'à 15. Rien n'oblige le gouvernement à réserver un siège du conseil à une personne du Mouvement Desjardins.

«Mme Leroux serait flattée de siéger au conseil de la Caisse, mais elle s'est déjà retirée de plusieurs autres conseils afin de se consacrer pleinement aux dossiers du Mouvement Desjardins, qui sont assez nombreux et accaparants, a dit le porte-parole, André Chapleau. Alors, dans ce contexte-là, il serait difficile pour elle de jouer un rôle au conseil de la Caisse.»

Prié de dire clairement si elle refuserait un siège, M. Chapleau a répondu: «Je crois qu'elle préférerait se concentrer sur le Mouvement Desjardins.»

M. Béland, qui a été président du Mouvement Desjardins de 1987 à 2000, a indiqué lors d'un entretien cette semaine qu'il s'est déjà senti mal à l'aise au conseil de la Caisse de dépôt en raison de l'apparence de conflit d'intérêts qui peut en découler.

«C'est certain qu'on voit des dossiers qui pourraient nous intéresser, a-t-il dit en début de semaine. À un certain moment, j'étais embêté par l'apparence de conflit d'intérêts», a dit M. Béland, qui s'est exprimé en son «nom personnel». Par cela, il faisait référence au fait que le conseil de la Caisse doit parfois discuter d'investissements potentiels qui pourraient aussi, en théorie du moins, intéresser le Mouvement Desjardins.

M. Béland a aussi fait état de l'horaire chargé de la personne qui préside le Mouvement Desjardins, et ajouté que cela pouvait parfois poser problème lorsque vient le temps de se consacrer aux tâches exigées par le conseil de la Caisse.

Le porte-parole du Mouvement Desjardins a assuré que, si Mme Leroux refusait un siège, ce ne serait pas pour éviter un présumé conflit d'intérêts. «C'est vraiment une question de bien répartir sa charge de travail et de mettre les énergies là où elles doivent être mises, c'est-à-dire pour le bien du Mouvement Desjardins et sa gestion globale», a-t-il affirmé.

La CSN au conseil

Par ailleurs, la CSN comprend mal ce qui pousse M. Béland à remettre en question la présence des présidents de la CSN et de la FTQ au conseil de la Caisse. M. Béland y voit un risque de conflit d'intérêts en raison du fait que le président de la FTQ est aussi président du conseil du Fonds de solidarité de la FTQ et que la présidente de la CSN dirige le conseil de Fondaction.

«Au fond, ce que ça attaque, c'est la légitimité d'une organisation comme la CSN de siéger au conseil de la Caisse», a dit la présidente de la CSN, Claudette Carbonneau, en marge d'une manifestation des professeurs en grève à l'UQAM. «M. Béland voudrait que ce soit les déposants qui siègent au conseil. Puis-je vous dire que le plus gros représentant des déposants, c'est la CSN? C'est vrai pour le Fonds de la construction, pour le secteur public, pour les ambulanciers, les garderies, etc.»

De plus, a-t-elle affirmé, le conseil d'administration de la Caisse a des règles d'éthique qui font en sorte qu'un membre doit se retirer de la salle si les discussions portent sur un dossier dans lequel il a un intérêt. Sans compter que Fondaction et la Caisse ne visent pas les mêmes investissements, a-t-elle ajouté.

Invoquant son devoir de réserve, Mme Carbonneau n'a voulu répondre à aucune question concernant sa présence à la réunion lors de laquelle la candidature de M. Sabia a été approuvée.

Il a été impossible d'obtenir les commentaires de Michel Arseneault, l'actuel président de la FTQ. Trois anciens présidents de la FTQ, Henri Massé, Clément Godbout et Louis Laberge, ont déjà siégé au conseil.

De plus, il a été impossible de parler à l'attachée de presse de la ministre des Finances.

Le conseil d'administration de la Caisse de dépôt est présentement composé de Robert Tessier (nouveau président du conseil), Michael Sabia, (nouveau président de la Caisse), Christiane Bergevin (présidente de SNC-Lavalin Capital), Mme Carbonneau, Louise Charette, Steven M. Cummings (président de Placements Maxwell Cummings & fils), Jocelyne Dagenais (p.-d.g. de la Commission administrative des régimes de retraite et d'assurances), Michel Lavigne, Jean-Pierre Ouellet (qui a travaillé comme vice-président du CN à l'époque de M. Sabia), Réal Raymond (ancien président de la Banque Nationale), Ouma Sananikone et André Trudeau (p.-d.g. de la Régie des rentes du Québec).

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