La Fed ajoute 1000 milliards sur la table

Les marchés ont semblé apprécier les annonces et précisions de la Fed. L’indice Dow Jones a gagné 90,88 points en finissant la journée à 7486,58 points. À Toronto, l’indice S&P/TSX a terminé sur un gain de 69,5 points, à 8629,10.
Photo: Agence France-Presse (photo) Les marchés ont semblé apprécier les annonces et précisions de la Fed. L’indice Dow Jones a gagné 90,88 points en finissant la journée à 7486,58 points. À Toronto, l’indice S&P/TSX a terminé sur un gain de 69,5 points, à 8629,10.

La Fed a agréablement surpris les marchés hier en annonçant l'injection de 1000 milliards $US de plus dans l'économie américaine pour l'aider à redémarrer.

Ayant déjà réduit son taux directeur à un niveau aussi bas qu'elle le pouvait, la banque centrale américaine a montré hier qu'elle ne craignait pas de recourir à d'autres outils d'intervention moins «conventionnels». «La Réserve fédérale emploiera tous les moyens à sa disposition pour encourager une reprise économique et préserver la stabilité des prix», ont rappelé hier dans un communiqué les dix membres de son comité de politique monétaire dans une décision unanime.

La plus grande surprise est venue de son annonce d'acheter jusqu'à 300 milliards $US de bons du Trésor à long terme au cours des six prochains mois. Cette mesure, visant à faire baisser les taux d'intérêt à long terme, avait fait l'objet d'âpres débats ces derniers mois, et semblait avoir été écartée par la Fed. Il faut dire que la Banque d'Angleterre l'a mise en pratique, au début du mois, et semble obtenir, depuis, de bons résultats.

«Cette monétisation de la dette représente un changement de stratégie, a noté Francis Généreux, économiste principal au Mouvement Desjardins. La Fed tente de favoriser une diminution de l'ensemble des taux d'intérêt plutôt que de s'attaquer à des marchés spécifiques» comme les opérations sur les papiers commerciaux.

L'institution présidée par Ben Bernanke a toutefois aussi annoncé qu'elle ajoutait 850 milliards au maximum de 600 milliards qu'elle avait déjà alloué à ses programmes de rachat de dettes et de titres adossés à des actifs immobiliers émis par les organismes de refinancement hypothécaire Fannie Mae et Freddie Mac. L'objectif d'une telle mesure est de faire baisser en bout de chaîne le coût des emprunts immobiliers.

Au total, la Fed pourrait ajouter ainsi jusqu'à 1150 milliards à son bilan qui était passé, en quelques semaines à peine, de 900 milliards à presque 2000 milliards en septembre. Cet achat massif d'actifs s'était poursuivi jusqu'à porter le bilan de la banque centrale à 2200 milliards en décembre, avant de se calmer un peu, ramenant le total à 1900 milliards la semaine dernière.

D'autres annonces encore

Le montant total de ces actifs pourrait croître encore si toutes les mesures déjà annoncées se concrétisaient. La Fed a par exemple lancé, cette semaine, un nouveau programme destiné à doper les prêts aux particuliers (étudiants, acheteurs de voitures) et aux petites et moyennes entreprises. Appelé TALF (pour Term Asset-backed securities Loan Facility), ce programme, mené conjointement avec le département du Trésor, dispose, pour le moment, d'un budget de départ de 200 milliards qui pourrait toutefois être porté à 1000 milliards. La Fed en a d'ailleurs profité hier pour annoncer l'élargissement de la palette de titres éligibles en vertu de ce programme.

Comme tout le monde s'y attendait, la Fed a aussi annoncé hier qu'elle laissait inchangé son taux directeur. La dernière fois qu'elle y a touché, c'était en décembre et c'était pour l'abaisser pour la première fois de son histoire dans le mince espace compris entre 0 % et 0,25 %. Elle arrivait ainsi au terme d'un voyage entrepris à la fin de l'été 2007, alors que son taux directeur était encore à 5,25 % et qu'une obscure crise des subprimes semblait en voie de faire tache d'huile.

À défaut de pouvoir réduire encore plus son taux directeur, la Fed a fait hier dans la sémantique. Après avoir répété, dans son communiqué, que «les conditions économiques devraient justifier le maintien de son taux directeur à un niveau exceptionnellement bas», elle a précisé que ce maintien durerait non plus seulement «un certain temps», comme elle l'avait dit auparavant, mais «pour une période prolongée».

Des marchés contents

Les marchés ont semblé apprécier toutes ces annonces et précisions de la Fed. D'humeur morose en ouverture de séance, la Bourse de New York a «retrouvé le sourire» tout de suite après la décision de la banque centrale américaine. L'indice Dow Jones a gagné 90,88 points (1,23 %) en finissant la journée à 7 486,58 points, alors que le Standard & Poor's 500, plus représentatif des marchés, progressait de 29,11 points (2,09 %), à 794,35 points.

Plus important encore, la décision de la Fed semble également avoir produit l'effet recherché sur les marchés obligataires, le rendement à 10 ans du bon du Trésor chutant brusquement de 3,003 % à 2,533 %, et celui à 30 ans de 3,804 % à 3,572 %. Comme il fallait s'y attendre, le dollar américain a toutefois aussi souffert en reculant par rapport aux autres grandes devises.

Au Canada, cela s'est traduit par une appréciation du huard de 1,43 ¢US, à 80,24 ¢US. La Bourse de Toronto a aussi trouvé matière à se réjouir, l'indice S&P/TSX gagnant 69,5 points, à 8629,58 points.

Pas de reprise avant 2010

La Réserve fédérale américaine a dressé hier un portrait extrêmement sombre de l'économie américaine. «Les pertes d'emplois, la chute des valeurs boursières et immobilières ainsi que le gel du crédit pèsent lourdement sur le moral et les dépenses des consommateurs. Les faibles perspectives de ventes et les difficultés à obtenir du crédit ont amené les entreprises à réduire leurs inventaires et leurs investissements. Les exportations américaines se sont effondrées avec l'entrée en récession d'importants partenaires commerciaux.»

La banque centrale a quand même réitéré sa confiance de voir toutes les mesures prises par les pouvoirs publics pour stabiliser les marchés financiers et stimuler l'économie se traduire «par un retour graduel d'une croissance économique durable».

Ben Bernanke a indiqué, dimanche, qu'il n'entrevoyait pas de reprise économique avant l'année prochaine. Le produit intérieur brut américain (PIB) a reculé au dernier trimestre de 2008 de 6,2 % en rythme annualisé. Les économistes estiment qu'il a encore reculé de 5 % lors du trimestre suivant. Le taux de chômage atteint, quant à lui, 8,1 %, un sommet en 25 ans.

***

Avec l'Agence France-Presse et Reuters

À voir en vidéo