Assemblée annuelle - Gaz Métro aura besoin d'argent

Plusieurs projets majeurs et le besoin de capitaux d'une part, un président du conseil qui vient de passer de Gaz Métro à la Caisse de dépôt d'autre part, voilà une association susceptible d'alimenter les rumeurs autour de Gaz Métro, qui tenait hier son assemblée annuelle.

Malgré «l'étau économique qui se resserre», comme le disait hier Sophie Brochu, sa présidente et chef de direction, Gaz Métro a plein de projets prioritaires qui vont entraîner d'importants investissements et nécessiter «un apport en équité en même temps que son niveau d'emprunt de façon à maintenir une structure de capital adéquate». Le temps n'est pas encore venu de chiffrer l'ampleur des sommes qui seront requises au cours des prochaines années, c'est plutôt l'heure de travailler sur les moyens d'obtenir tout cet argent auprès des clients et des investisseurs.

On a tout de même une petite idée de l'appétit de Gaz Métro en voyant le projet de développement éolien de la Seigneurie de Beaupré, dans lequel il est partenaire avec Boralex et le Séminaire de Québec et dont la mise en service est prévue à la fin de 2013. Il faudra y investir 800 millions, dont la moitié proviendra de Gaz Métro. Peut-être que le plus gros de tous ces projets sera celui d'investir dans l'entretien et l'amélioration du réseau de distribution, qui «prend de l'âge». Au fait, il y a aussi les employés qui prennent de l'âge, et dès cette année une nouvelle cohorte de techniciens sera embauchée pour pallier les nombreux départs à la retraite qui viendront bientôt.

Par ailleurs, le contexte mondial a ralenti le projet Rabaska, mais «sachez que notre intérêt et notre détermination à le mener à bien demeurent inchangés», a insisté Mme Brochu. En outre, elle a clairement indiqué hier qu'advenant d'importantes découvertes de réserves de gaz naturel dans le sous-sol québécois, comme l'exploration actuelle le long des rives du Saint-Laurent entre Québec et Montréal, «Gaz Métro sera en mesure d'accompagner la mise en valeur de ces ressources et d'en tirer profit». Pour l'instant, il est impossible de savoir combien Gaz Métro devrait investir pour que son réseau de distribution puisse accueillir ce volume additionnel de gaz naturel. Une chose est sûre cependant, Mme Brochu entend mener de front les deux projets de Rabaska et du gaz naturel québécois si jamais cette option devait se présenter dans un proche avenir.

Nouvelles façons d'aller chercher de l'argent

Même si Gaz Métro présente une situation financière solide, le financement de tous ses projets va requérir de nouvelles façons d'aller chercher du capital, mais essentiellement, il n'y a que deux sources où puiser cet argent: les clients de Gaz Métro et les investisseurs. «Le contexte financier que nous traversons chamboule les repères historiques et requiert que soit repensée la formule de fixation du taux de rendement sur le capital autorisé par la Régie de l'énergie. Il s'agit là d'une très grande priorité pour la direction de Gaz Métro. Nous présenterons un dossier en ce sens à la Régie dans les mois qui viennent», a déclaré la présidente. Si la Régie devait accéder à cette demande, cela voudrait dire assurément des hausses de tarifs pour les abonnés.

En ce qui concerne les investisseurs, Gaz Métro a une bonne cote auprès d'eux. Il a pu obtenir 150 millions de dette obligataire à un taux de 5,4 % pour cinq ans. Le 8 octobre, ce fut la seule émission obligataire pour le compte d'une entreprise à être enregistrée en Amérique du Nord. «C'est dire la confiance que nous avons réussi à inspirer, même dans le pire des environnements financiers», a souligné Mme Brochu.

Gaz Métro a tout de même besoin d'ajouter d'autres outils pour aller chercher du capital. Hier, les actionnaires ont très majoritairement voté en faveur d'une modification pour instaurer un mécanisme d'acquisition forcée. Avant cette modification, il était impossible, dans le cas d'une offre publique d'achat d'actions, d'en obtenir plus de 90 %, même après un délai de 120 jours, comme cela est prévu par la Loi canadienne sur les sociétés par actions. Cela voulait dire qu'un seul actionnaire pouvait empêcher la transaction de se faire. Pour se conformer à l'ensemble des émetteurs canadiens, Gaz Métro a donc procédé à cette modification, ce qui en a inquiété quelques-uns parmi les détenteurs de parts. Il y a de plus la réforme sur les fiducies de revenus proposée par le ministre fédéral des Finances en vue d'éliminer en octobre 2010 les avantages fiscaux accordés. En n'ayant plus ce privilège, les détenteurs de parts dans les fiducies de revenus se verraient imposés de la même façon que tout détenteur d'actions.

Est-il possible pour Gaz Métro de contourner cette situation? «Nous évaluons toutes les options dans le meilleur intérêt des détenteurs de parts. Votre complainte rejoint celle de beaucoup de monde partout au Canada», a répondu la présidente en invitant les inquiets à faire part de leur crainte au ministre des Finances. La direction de Gaz Métro devrait annoncer sa position dans ce dossier à l'automne.

Quoi qu'il en soit, en adoptant un mécanisme d'acquisition forcée et allant vers une situation comparable à celle d'une société à capital-actions, Gaz Métro se met-il en position d'attirer les tentatives de prises de contrôle? Louis Gignac, président du conseil, ne le pense pas. Il ne voit à l'horizon aucun projet qui pourrait aller dans cette direction. Il faut dire que Gaz Métro est détenue à 100 % par Noverco, entité détenue par trois grands partenaires, soit Embridge avec 32,1 % des parts, Gaz de France avec 17,5 % et Trencap avec 50,4 %, une entité dans laquelle la Caisse de dépôt et placement du Québec détient une participation de 51,1 %. Comme Robert Tessier, qui était jusqu'à tout récemment président du conseil de Gaz Métro, occupe désormais la même fonction à la Caisse de dépôt, il n'en fallait pas plus pour alimenter la rumeur que la Caisse et Gaz Métro vont bientôt avoir des projets communs d'une plus grande importance, surtout si Gaz Métro est à la recherche de capitaux additionnels.

Avec l'annonce d'une augmentation de 3,8 millions au premier trimestre, le titre de Gaz Métro a clôturé hier à 14,23 $, en hausse de 2,4 %. Entre le 29 août et le 11 mars, ce titre a perdu 13,4 % de sa valeur, en comparaison d'une chute de plus de 40 % pour l'indice TSX des grandes entreprises.

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