AIG: l'État veut récupérer les primes

Washington — L'administration Obama et les parlementaires américains continuaient hier de chercher un moyen de récupérer les millions de dollars offerts en bonus à des responsables de l'assureur AIG alors que de nouvelles révélations alimentaient encore l'exaspération générale.

Le président Barack Obama a promis lundi de tout faire pour empêcher les cadres d'AIG, sauvé de la faillite par l'État, de profiter des dizaines de millions de dollars de primes, alors que le géant américain de l'assurance a bénéficié de 170 milliards d'aides publiques depuis 2008.

Hier, le porte-parole de la Maison-Blanche, Robert Gibbs, a fait savoir que le secrétaire au Trésor, Timothy Geithner, dont l'efficacité à éviter ces versements a été mise en cause par des experts, conservait la confiance du président.

Alors que la justice révélait simultanément que onze cadres dirigeants avaient quitté AIG malgré d'énormes primes pour les retenir, d'un montant cumulé de 42 millions $US pour dix d'entre eux, c'est du côté du Congrès que l'indignation s'est fait entendre hier le plus fort.

Un influent sénateur républicain, Charles Grassley, a même suggéré que les dirigeants qui avaient décidé de verser 450 millions de primes devraient envisager de se suicider. Il s'est repris un peu plus tard assurant qu'il s'agissait de «rhétorique».

Le chef de la majorité démocrate au Sénat, Harry Reid, a de son côté lancé un ultimatum à AIG, lui enjoignant de renégocier les contrats des primes accordées à ses cadres, sous peine de lancement d'un texte législatif destiné à imposer ces primes.

Peu de marge de manoeuvre

L'État américain veut absolument garder l'assureur en vie afin de ne pas provoquer par sa chute une onde de choc se répercutant dans le monde entier. Mais AIG, qui a accusé des pertes vertigineuses en 2008, est tout sauf tiré d'affaire malgré quatre plans de sauvetage gouvernementaux. Et les pouvoirs publics ont peu de marge de manoeuvre puisque les primes en question sont contractuelles.

La sous-commission du Sénat des marchés de capitaux, des assurances et des entreprises financées par fonds publics a annoncé la convocation aujourd'hui du p.-d.g. de AIG, Edward Liddy, qui a pris les rênes en septembre dernier seulement, après le coûteux sauvetage orchestré par la Réserve fédérale américaine (Fed).

Le président de la sous-commission, le démocrate Paul Kanjorski, s'est dit dans un communiqué «extrêmement déçu» de voir de telles sommes versées à «des salariés dans le secteur même qui a causé l'effondrement de la compagnie».

Du côté de la Chambre des représentants, le leader de la majorité démocrate, Steny Hoyer, a estimé que «la solution la plus adaptée est tout simplement qu'ils rendent l'argent».

L'influent représentant démocrate Barney Frank a enfin déclaré que l'État américain devait exercer ses «droits de propriété» sur AIG qu'il contrôle à 80 %. «Nous possédons la plus grande partie de la société. Et nous disons maintenant, en tant que propriétaire: "Non, je ne vous paye pas cette prime. Vous n'avez pas été performant, vous n'avez pas rempli le contrat"», a argumenté le président de la commission des services financiers de la Chambre.

«Nous devrions entamer des actions en justice pour récupérer ces primes», a-t-il avancé.

Selon le ministre de la Justice de l'État de New York, Andrew Cuomo, un des cadres dirigeants d'AIG, qui est parti depuis, a perçu à lui tout seul «4,6 millions de dollars». Au total 73 cadres ont reçu des primes d'un montant d'un million de dollars et plus et sept ont reçu plus de quatre millions chacun.

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