Bonus et bouche cousue

L’assureur AIG, sauvé de la faillite par les pouvoirs publics qui ont dû y injecter plus de 170 milliards $US, a provoqué la fureur des contribuables américains et même de la Maison-Blanche lorsque l’annonce de versements de primes massives aux
Photo: Agence France-Presse (photo) L’assureur AIG, sauvé de la faillite par les pouvoirs publics qui ont dû y injecter plus de 170 milliards $US, a provoqué la fureur des contribuables américains et même de la Maison-Blanche lorsque l’annonce de versements de primes massives aux

New York — Les cadres d'AIG se réfugiaient derrière un important service de sécurité au quartier général de l'assureur hier, tandis que les révélations sur les millions de dollars de bonus de certains dirigeants provoquaient la fureur de la rue.

Les salariés qui entraient et sortaient du gratte-ciel datant des années 30, situé au sud de Manhattan non loin de Wall Street, se refusaient à tout commentaire. Portant des écussons «AIG», des gardes bloquaient l'accès au hall d'entrée. «C'est une propriété privée ici, vous ne pouvez pas entrer», dit l'un d'entre eux à un journaliste de l'AFP qui tente d'accéder.

L'entreprise, sauvée de la faillite par les pouvoirs publics qui ont dû y injecter plus de 170 milliards de dollars, a provoqué les foudres des contribuables américains et même de la Maison-Blanche lorsque l'annonce du versement de primes massives aux cadres a filtré.

Hier, le ministre de la Justice de l'État de New York, Andrew Cuomo, a révélé que certains dirigeants avaient quitté AIG malgré le versement, pour les retenir d'après leur p.-d.g., d'énormes primes qui ont atteint 42 millions $US cumulés pour dix dirigeants.

«Onze des personnes qui ont reçu des primes visant à les retenir, d'un million de dollars ou plus, ne travaillent plus pour AIG, l'une d'entre elles a perçu 4,6 millions $US», a déclaré M. Cuomo dans une lettre au président de la commission des finances de la Chambre des représentants américaine.

«A.I.G. IS A P.I.G» (AIG est un porc) proclamait hier à la une le New York Daily News, tandis que le quotidien USA Today montrait une photo de tomate écrasée éclaboussant le logo de la compagnie d'assurances.

Si les salariés d'AIG avaient visiblement reçu la consigne de se taire, les employés des bureaux voisins ne cachaient pas leur fureur.

«Je crois que c'est carrément une insulte au peuple américain, on nous rit au nez», s'insurge Elizabeth Papadatos, 26 ans, assistante dans un cabinet juridique. «Je paye mes impôts. Je refuse de me défoncer pour remplir leurs poches, alors que j'arrive à peine à joindre les deux bouts», ajoute-t-elle.

Anton Profit, un juriste de 27 ans, dit que les bonus versés aux cadres efficaces ne le dérangent pas, mais que les choses changent quand il s'agit de rémunérer des personnes qui sont accusées d'avoir ruiné leur entreprise. «Les primes doivent être réservées à ceux qui les méritent», selon lui.

Charles Crum, un avocat, estime que la situation est «folle». Mais de là à vouloir que le gouvernement fonce tête baissée pour satisfaire la vindicte publique, il hésite. «Si ces primes sont contractuelles, on ne peut pas dire qu'un contrat n'est plus un contrat. L'État et le peuple sont deux choses différentes, et le gouvernement doit garder la tête froide», dit-il.

Un homme corpulent en manteau et costume refuse de donner son nom et maugrée «tout ceci est totalement disproportionné», avant de s'engouffrer dans l'immeuble d'AIG.

Pour Bernie, un mendiant barbu de 62 ans, une chose est sûre: les bonus ne le concernent pas. «On pourrait penser que les cadres qui reçoivent un million de dollars m'en réserveraient un, de dollar. Mais en général ce n'est pas le cas», note-t-il.

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