Portrait - Du leadership dans la sécurité

Après avoir fait ses débuts dans le monde du travail comme policier en 1964, Jean Marc-Aurèle a fondé sa compagnie, Gardium Sécurité, qui emploie 850 employés et génère un chiffre d’affaires de 35 millions.
Photo: Pascal Ratthé Après avoir fait ses débuts dans le monde du travail comme policier en 1964, Jean Marc-Aurèle a fondé sa compagnie, Gardium Sécurité, qui emploie 850 employés et génère un chiffre d’affaires de 35 millions.

Il y a de ces carrières d'entrepreneur qui suivent un parcours tout à fait imprévisible, du moins pendant un certain temps. Jean Marc-Aurèle, président-fondateur de Gardium Sécurité, une entreprise qui compte 850 employés et qui a généré l'an passé un chiffre d'affaires de 35 millions, en est un exemple parfait.

À la fin de ses études secondaires dans une paroisse de l'île Jésus, en 1964, alors que sa mère est gravement malade, le jeune homme se trouve un emploi comme policier pour aider la famille. «Ce n'était pas mon but dans la vie, mais chaque jour était différent. J'aimais le travail auprès du public, j'aimais le monde.» Puis, le jour même du décès de sa mère, les municipalités de l'île sont fusionnées pour former la nouvelle ville de Laval qui, du même coup, se retrouve avec le plus important corps de police municipal après celui de Montréal. Le policier Marc-Aurèle poursuit sa carrière et améliore ses connaissances en obtenant un diplôme collégial en techniques policières et ensuite un baccalauréat en administration et un certificat en gestion policière, ce qui a sans doute contribué à sa nomination comme directeur de la police de Laval en 1988.

Chez Biochem Pharma

En 1997, il décide de quitter la police. «À ma grande surprise, je n'ai eu aucun regret», confesse-t-il. Il est vrai que, peu de temps après, il obtenait un mandat du ministère de la Sécurité publique pour coordonner le travail dans une enquête sur la perception des taxes dans les débits de boisson et les bars contrôlés par le crime organisé. Six mois plus tard, un chasseur de têtes le repérait pour un emploi chez Biochem Pharma, une société de recherche pharmaceutique dont le titre était en forte croissance. Pour faire un coup d'argent en provoquant une dépréciation subite du titre, un individu avait simulé une alerte à la bombe. M. Marc-Aurèle s'est vu confier le mandat de la sécurité dans l'entreprise et pendant près de quatre ans, il a pu travailler avec François Bellini, président de Biochem. Quand cette société a été vendue à la britannique Shire, on lui a offert un emploi à Londres, qu'il a refusé. Mais il avait déjà fait sans doute une petite fortune avec les actions de Biochem qu'il avait achetées.

Ayant «adoré l'expérience» chez Biochem, Jean Marc-Aurèle s'est retrouvé chez lui et il a commencé dans son sous-sol à offrir des services de consultant en sécurité à d'autres entreprises. Il a appris à se servir d'un ordinateur et avec la demande croissante pour ses services, il a fallu embaucher du personnel. Deux ans plus tard, il avait déjà 350 employés. Toujours dans son sous-sol, il n'avait qu'une secrétaire à temps partiel et son beau-fils s'occupait de la comptabilité durant ses temps libres. Il prenait lui-même tous les appels sur un seul appareil à deux lignes, 24 heures par jour, sept jours par semaine. Un tel régime ne pouvait évidemment pas durer.

Quatre grandes spécialités

Dany Laflamme, son beau-fils, a quitté son poste de vice-président dans une grande firme pour devenir le directeur général de Gardium Sécurité et asseoir l'entreprise sur des fondations solides en vue de la croissance. En 2004, en pleine forme et âgé de 61 ans, M. Marc-Aurèle, qui jusque-là n'avait jamais imaginé une telle évolution dans sa carrière, savait très bien quelle direction prendre pour l'avenir. «On voulait des contrats où l'on pourrait exercer un certain leadership dans la sécurité.» Gardium Sécurité s'est structurée en fonction de quatre spécialités: le gardiennage et la patrouille, les conflits (grève et lock-out), les enquêtes et la filature, et enfin la consultation.

Le gardiennage

Le gardiennage a connu une forte croissance, soit de 1750 heures par semaine en juin 2004 à 18 000 heures en septembre 2007. Cette activité occupe 400 agents de sécurité à temps plein, ce qui requiert un bassin de 700 employés, pour du remplacement les jours de congé et de maladie. Ce travail comporte la surveillance des bâtiments et d'autres actifs, la patrouille sur différents sites, le contrôle des entrées et des sorties, l'analyse de toutes les images captées par les caméras. Les agents ont une formation de 260 heures au cégep, font partie du Syndicat des métallos et leur salaire est régi par décret. M. Marc-Aurèle, qui n'a aucune gêne à se définir comme un employeur paternaliste, confie qu'il lui arrive de payer à certains employés vivant des situations particulières un salaire supérieur à celui prévu par le décret. «Je connais tous mes employés», dit-il. La gardiennage contribue à 60 % du chiffre d'affaires.

Les conflits de travail

La division des conflits de travail génère pour sa part de 20 à 25 % du chiffre d'affaires. Et dans certains gros dossiers, le nombre d'employés de l'entreprise peut augmenter jusqu'à 1000. En 2008, le conflit chez Pétro-Canada a contribué sensiblement à la hausse du chiffre d'affaires. M. Marc-Aurèle précise que les relations dans les conflits de travail ont beaucoup évolué depuis les années 1970. «Ce n'est plus des gros bras qu'il faut», dit-il. Le légalisme prend beaucoup de place. Le rôle de Gardium consiste beaucoup, en plus d'assurer la sécurité de la direction et la libre circulation de ceux qui sont autorisés à le faire, à recueillir les éléments qui pourraient appuyer la preuve dans une demande d'injonction, par exemple. «Les grévistes ont des droits. Il faut les respecter, mais il y a aussi des contraintes.» Gardium fait donc appel à des spécialistes, bien au fait de la loi. Et les scabs? Il y a une loi anti-briseurs de grève au Québec et la surveillance de son application relève du ministère du Travail. «En ce qui nous concerne, notre rôle n'est pas de provoquer», ajoute le président, en notant qu'il y a environ 50 conflits de travail (pas toujours des grèves ou des lock-out) par année au Québec et que sa firme reçoit 80 % des mandats donnés par les entreprises, ce qui, ajoute-t-il, en fait «la référence» dans ce domaine. L'an passé, Gardium a fait l'acquisition de Donald McCleery, spécialisé en enquêtes et conflits de travail, et très proche des bureaux d'avocats anglophones de Montréal.

La division des conflits de travail génère pour sa part de 20 à 25 % du chiffre d'affaires. Et dans certains gros dossiers, le nombre d'employés de l'entreprise peut augmenter jusqu'à 1000. En 2008, le conflit chez Pétro-Canada a contribué sensiblement à la hausse du chiffre d'affaires. M. Marc-Aurèle précise que les relations dans les conflits de travail ont beaucoup évolué depuis les années 1970. «Ce n'est plus des gros bras qu'il faut», dit-il. Le légalisme prend beaucoup de place. Le rôle de Gardium consiste beaucoup, en plus d'assurer la sécurité de la direction et la libre circulation de ceux qui sont autorisés à le faire, à recueillir les éléments qui pourraient appuyer la preuve dans une demande d'injonction, par exemple. «Les grévistes ont des droits. Il faut les respecter, mais il y a aussi des contraintes.» Gardium fait donc appel à des spécialistes, bien au fait de la loi. Et les scabs? Il y a une loi anti-briseurs de grève au Québec et la surveillance de son application relève du ministère du Travail. «En ce qui nous concerne, notre rôle n'est pas de provoquer», ajoute le président, en notant qu'il y a environ 50 conflits de travail (pas toujours des grèves ou des lock-out) par année au Québec et que sa firme reçoit 80 % des mandats donnés par les entreprises, ce qui, ajoute-t-il, en fait «la référence» dans ce domaine. L'an passé, Gardium a fait l'acquisition de Donald McCleery, spécialisé en enquêtes et conflits de travail, et très proche des bureaux d'avocats anglophones de Montréal.

Les enquêtes

Enfin, la dernière division, celle de la consultation, aide les sociétés clientes à rédiger un plan directeur en matière de sécurité et incendie, de mise en place des systèmes, des politiques et des procédures de sécurité, ce qui est particulièrement important dans les édifices en hauteur de Montréal.

Désormais, Gardium est présente partout au Québec, en particulier dans la ville de Québec où elle a recruté l'ancien chef de la police, Daniel Langlais. Sa clientèle se retrouve dans plusieurs grandes entreprises très connues, telles que Hydro-Québec et Rona, et dans plusieurs secteurs, comme les transports publics, les sociétés pharmaceutiques, les mines en général et les mines d'or en particulier. Gardium a même Mont-Tremblant comme client pour assurer la sécurité du village et de l'ensemble des clients, dont les vedettes comme Michael Douglas, qui s'y retrouve très souvent. M. Marc-Aurèle a rencontré personnellement l'acteur, ce qui est bon pour la notoriété et amène de nouveaux clients.

L'entreprise se situe présentement au quatrième ou cinquième rang dans son secteur d'activité au Québec, les deux plus importantes étant Garda et Securitas. Gardium n'a pas de dettes et n'a pas d'appétit pour une croissance débridée. Pour l'heure, ses ambitions se limitent au marché québécois, tout en jetant un coup d'oeil discret du côté du Canada. Et en ce moment, sa priorité est à la consolidation. M. Marc-Aurèle est actionnaire majoritaire dans cette société privée qui n'a que deux autres actionnaires.

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