Québec refuse toute responsabilité

Jean Charest a estimé hier que le rôle de son gouvernement est de définir le mandat de la Caisse, point.
Photo: Clément Allard Jean Charest a estimé hier que le rôle de son gouvernement est de définir le mandat de la Caisse, point.

Québec — Jean Charest n'y est pour rien; le premier ministre n'assume aucune responsabilité pour la perte historique de la Caisse de dépôt et placement du Québec. Son gouvernement non plus.

«Notre responsabilité à nous, on l'a assumée avec une loi qui définit le mandat de la Caisse», a indiqué, hier, Jean Charest à l'issue de la réunion du conseil des ministres. Il a qualifié les résultats de la Caisse de «décevants», résultats «qui ne sont pas, à bien des égards, étonnants» puisque les caisses de retraite «à l'échelle de la planète» vont afficher des pertes dans le contexte actuel.

Flanqué de la ministre des Finances, Monique Jérôme-Forget, Jean Charest a aussi rejeté la possibilité de tenir une commission d'enquête indépendante sur les déboires de la Caisse, tout comme l'idée de confier une telle enquête au vérificateur général, Renaud Lachance. Le premier ministre a accusé les partis d'opposition de vouloir «politiser la Caisse de dépôt et placement du Québec».

Le gouvernement est toutefois d'accord pour convoquer la semaine prochaine la Commission des finances publiques, qui inviterait à comparaître le p.-d.g. par intérim de la Caisse, Fernand Perreault, le président de son conseil d'administration, Pierre Brunet, et l'ancien p.-d.g. de la Caisse, Henri-Paul Rousseau. L'opposition officielle réclame cependant un exercice beaucoup plus large (voir autre texte en page A-2).

«Il ne faut pas chercher à politiser [la Caisse]. Le jupon dépasse quand l'opposition cherche à faire défiler tout le monde devant la commission parlementaire», a accusé M. Charest. Selon le premier ministre, la seule question qu'il faut examiner lors de cette commission parlementaire, c'est la politique de gestion des risques de la Caisse.

Le gouvernement Charest veut mettre les résultats désastreux de la Caisse derrière lui le plus rapidement possible afin de nommer le nouveau président du conseil d'administration, qui doit remplacer Pierre Brunet d'ici quelques semaines. La ministre des Finances a déjà arrêté son choix, qui doit être entériné par le conseil des ministres. Cette fois-ci, le président du conseil de la Caisse sera un bon communicateur, a-t-on indiqué. Le gouvernement doit aussi faire des nominations au conseil de la Caisse pour que le nouveau p.-d.g. soit enfin désigné.

En 2004, le gouvernement Charest a fait adopter, par bâillon, un projet de loi modifiant la loi sur la Caisse de dépôt. Cette loi précisait la mission de la Caisse, soit de gérer les sommes qu'on lui confie «en recherchant le rendement optimal du capital des déposants dans le respect de leur politique de placement tout en contribuant au développement économique du Québec». L'opposition péquiste estimait que le projet de loi ne mettait pas suffisamment l'accent sur le rôle que la Caisse devait jouer pour favoriser l'économie du Québec.

Jean Charest a accusé la chef du Parti québécois, Pauline Marois, de vouloir «contrôler à des fins politiques» la Caisse. «Ce serait une grave erreur. Ce serait un recul pour la Caisse. Il faut à tout prix préserver l'indépendance de la Caisse», juge-t-il.

Le premier ministre envisage toutefois de nommer à son conseil d'administration le sous-ministre des Finances. C'est le voeu de Monique Jérôme-Forget. C'était l'usage avant que la loi soit changée. Dans les cabinets, on fait remarquer que le gouvernement est le plus important déposant de la Caisse. En outre, le sous-ministre des Ressources naturelles siège au conseil d'Hydro-Québec, tout comme le sous-ministre du Développement économique à celui de la Société générale de financement (SGF), a-t-on mentionné.

Jean Charest a réfuté l'accusation voulant que son gouvernement ait poussé la Caisse à faire des rendements élevés quitte à ce qu'elle prenne davantage de risques, bref qu'il ait encouragé la Caisse à se comporter comme un «cow-boy» des marchés financiers. «La réponse est non», a-t-il dit. Le problème, ce n'est pas la loi de la Caisse, «c'est une question de gestion», a soutenu M. Charest.

Le premier ministre a rappelé que la Caisse est une «institution qui demeure très forte» et qu'elle est «une des plus belles réalisations de la Révolution tranquille». Depuis sa création en 1965, la Caisse a produit un rendement de 8,1 %, et de 8,3 % pour la Régie des rentes du Québec. M. Charest a rappelé que la Caisse s'était fixé pour objectif à long terme d'afficher un rendement moyen de 7 %.

Jean Charest a soutenu qu'il n'avait pas induit en erreur les électeurs lors de la dernière campagne en niant l'ampleur des pertes de la Caisse dont le chef de l'Action démocratique du Québec, Mario Dumont, faisait état. En revanche, Monique Jérôme-Forget a reconnu qu'à la fin de novembre, «tout le monde se doutait que les pertes de la Caisse approcheraient les 20 %». Or, 20 % des 155 milliards d'actifs de la Caisse, c'est le chiffre de 30 milliards que brandissait Mario Dumont en novembre.

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