Le Québec, endroit rêvé pour traverser la crise

Dans un contexte d'incertitude économique comme celui qu'on connaît maintenant, les investisseurs ont avantage à s'engager dans ce qu'ils connaissaient le mieux, le Québec, qui à son avis est de toute façon «l'un des meilleurs endroits au monde pour traverser la crise». Jacques Daoust, président et chef de la direction d'Investissement Québec, a défendu cette position avec enthousiasme et conviction hier midi.

C'est une pure coïncidence si M. Daoust a prononcé cette conférence devant l'Association des MBA du Québec le jour même où la Caisse de dépôt présentait ses résultats pour l'année 2008. On sait que le nom de M. Daoust a été mentionné ces dernières semaines dans les rumeurs qui ont circulé à propos de celui qui pourrait devenir le prochain président de la Caisse. En fait, l'annonce de cette conférence était faite depuis longtemps. Évidemment, M. Daoust, qui dirige une société d'État, n'avait aucun commentaire à faire sur cette rumeur, pas plus que sur les résultats financiers de la Caisse qu'il n'avait pas eu l'occasion encore d'analyser dans les détails.

Il s'est néanmoins permis d'émettre certaines opinions et réflexions de caractère général. Après avoir noté que la correction boursière a commencé l'été dernier, il a ajouté qu'il serait curieux de savoir ce que sera la situation dans deux ans. Selon lui, «il faut se donner du temps» avant de tirer des conclusions. Pour ce qui est du rôle de la Caisse de dépôt dans les entreprises québécoises, il considère que le gouvernement ne lui a jamais donné le mandat de ne pas investir au Québec. Par ailleurs, n'a-t-on pas trop mis l'accent sur le rendement au détriment de la sécurité?

À cette question, M. Daoust a donné une réponse qui pourrait certainement alimenter un débat. Il a d'abord rappelé qu'en général les fonds d'investissement se donnent pour objectif d'atteindre un rendement moyen de 7 % à long terme. Il a poursuivi ainsi: «C'est plus une question de quantum, a-t-il répondu. Sept pour cent, est-ce une hypothèse réaliste? Est-ce hasardeux? Est-ce d'une autre époque? Il y a plusieurs années, c'était aussi un objectif de 7 %, alors même que les taux d'intérêt atteignaient 12 %. En 2009, il y a des obligations du gouvernement à 4 %. Il serait intéressant que les experts se penchent là-dessus.» Le «quantum» est la proportion d'une grandeur dans une répartition, dans un ensemble.

Ce sont là des remarques qui ont été faites lors d'un point de presse tenu à la suite de sa conférence, qui portait essentiellement sur la crise économique actuelle et sur le Québec en tant que lieu privilégié pour des investissements rentables. Il a d'ailleurs invité les entreprises à «tourner le dos à la facilité et à la frilosité qui consistent à licencier des employés et à réduire les investissements». Selon lui, le Québec n'est pas du tout en position de faiblesse mais en situation de force. Il en veut pour preuve certains fonds d'investissement ordinaires, dits de trois étoiles, de la Banque Nationale et du Mouvement Desjardins, qui dépassent les rendements des fonds canadiens de même catégorie ainsi que les indices de référence.

M. Daoust a fait valoir que le Québec est mieux placé que quiconque pour faire face à la crise actuelle. D'abord, son économie est diversifiée et il est un chef de file dans des secteurs stratégiques, comme l'aérospatiale, les jeux vidéo, etc. On a longtemps envié l'Ontario pour son industrie de l'auto. «Aujourd'hui, il faut presque se réjouir que ce ne soit pas le cas.» Son deuxième argument de vente du Québec aux investisseurs porte sur le fait qu'il n'y a pas de crise immobilière, que les choses vont relativement bien et que les gens ne perdent pas leur maison. En troisième lieu, il mentionne le bon état des finances publiques. Enfin, il parle lui aussi des investissements massifs qui sont et seront faits dans les infrastructures et l'énergie, soit près de 14 milliards par année, pendant cinq ans. «Il faut accepter de rester pris dans les bouchons sur les routes. Ce sera une façon de participer à la relance de l'économie», a conclu le conférencier sur une note d'humour.

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