Bernanke souffle le chaud et le froid

Selon le président de la Réserve fédérale, Ben Bernanke, «si les mesures prises par l’administration, le Congrès et la Réserve fédérale réussissent à faire revenir une certaine forme de stabilité financière — et dans ce seul cas, à mon
Photo: Agence Reuters Selon le président de la Réserve fédérale, Ben Bernanke, «si les mesures prises par l’administration, le Congrès et la Réserve fédérale réussissent à faire revenir une certaine forme de stabilité financière — et dans ce seul cas, à mon

Le président de la Réserve fédérale américaine a livré hier un portrait tout en nuances des perspectives économiques des États-Unis. Les événements ont semblé lui donner raison avec un rebond des marchés boursiers en même temps que le dévoilement de statistiques plus sombres que jamais sur l'état du moral des consommateurs et du secteur immobilier

La récession économique américaine devrait s'achever cette année si tout se déroule comme prévu, a affirmé hier Ben Bernanke. Mais justement, les risques sont grands que tout n'aille pas comme sur des roulettes, a prévenu le président de la Réserve fédérale américaine.

Invité deux fois l'an à brosser devant le Congrès un portrait d'ensemble de l'économie américaine, le chef de la banque centrale a commencé par rappeler hier que le pays était toujours aux prises avec une «récession grave». «Si les mesures prises par l'administration, le Congrès et la Réserve fédérale réussissent à faire revenir une certaine forme de stabilité financière — et dans ce seul cas, à mon avis —, il y a une possibilité raisonnable que la récession s'achève en 2009 et que 2010 soit une année de reprise», a-t-il déclaré aux membres de la commission bancaire du Sénat.

La Fed a dit prévoir que ce «rétablissement de l'économie après la récession actuelle prenne probablement plus de deux ou trois ans», à commencer par une contraction du produit intérieur brut (PIB) comprise entre 0,5 % et 1,3 % cette année, et une croissance de 2,5 % à 3,3 % l'an prochain.

Devant des élus, dont plusieurs refusent toujours d'appuyer les différents plans de relance de l'administration Obama, Ben Bernanke a martelé qu'il était «essentiel que nous continuions à compléter la relance budgétaire par une action forte de l'État pour stabiliser les institutions financières et les marchés».

Il a admis, du même souffle, que bien des difficultés pouvaient encore surgir et faire déraper les efforts de relance. Les États-Unis ne manqueraient pas, par exemple, d'être affectés par une aggravation de la crise chez ses partenaires commerciaux. «Un autre risque, a-t-il dit, provient de la puissance de destruction de ce qu'on appelle la "spirale négative auto-alimentée", dans laquelle de mauvaises conditions économiques et financières se renforcent les unes les autres.»

Les marchés rassurés

Prise d'un grand coup de déprime la veille, la Bourse américaine a semblé trouver un certain réconfort dans les propos du président de la Fed et a pratiquement repris tout le terrain qui avait été perdu lundi. Tombé à son plus bas niveau en presque 12 ans, le Dow Jones a rebondi de 236,16 points (3,23 %) en clôturant à 7 350,94 points. Plus représentatif de la tendance, l'indice élargi Standard & Poor's 500 a regagné 29,81 points (4,01 %) à 773,14 points.

La Bourse de Toronto n'a pas été en reste. L'indice S&P/TSX a remonté de 211,66 points (2,77 %) à 7 859,33 points.

Il n'est pas rare que les marchés rebondissent ainsi au lendemain d'une chute marquée, les investisseurs cherchant à profiter des bonnes occasions qui se présentent à eux.

Angoissés à l'idée que le gouvernement puisse décider de nationaliser des banques en difficulté, les marchés américains semblent aussi avoir été rassurés d'entendre Ben Bernanke dire qu'il ne voyait «pas de raison de s'embarquer dans la destruction d'image de marque et à la création d'immenses incertitudes juridiques qui viendraient avec toute tentative de nationalisation formelle quand ce n'est même pas nécessaire». On semble également avoir apprécié les déclarations de Sheila Bair, présidente de la Federal Deposit Insurance Corporation (FDIC), l'un des régulateurs bancaires, selon laquelle les grandes banques étaient actuellement suffisamment capitalisées et qu'il serait surprenant que les gouvernements soient contraints de les nationaliser.

Indicateurs en chute libre

Les plus récentes statistiques sur l'état du moral des consommateurs et sur le secteur immobilier sont nettement moins réjouissantes.

Déjà à son niveau le plus bas depuis la création de l'indice en 1967, la mesure de la confiance des ménages américains a encore dégringolé en février, a rapporté hier l'institut de conjoncture privé Conference Board. S'élevant à seulement 37,4 points le mois dernier sur une échelle où l'indice 100 correspond au niveau de 1985, son indicateur n'était plus qu'à 25 points lorsque l'enquête, réalisée auprès de 5 000 ménages, s'est terminée la semaine dernière.

L'arrivée du nouveau président, Barack Obama, et les nombreuses mesures de relance annoncées depuis ne semblent pas rassurer ses concitoyens, qui sont plus de la moitié à penser que l'économie ne s'améliora pas au cours des six prochains mois et presque autant (40,5 %) à dire qu'elle continuera même à se dégrader.

Cette morosité est notamment attribuable à l'écroulement du marché immobilier. La valeur moyenne des logements au dernier trimestre de 2008 a essuyé un recul de 18,2 % par rapport à la même période l'année précédente aux États-Unis, a révélé la plus récente enquête S&P/Shiller-Case dont les conclusions ont été dévoilées hier et qui porte sur les 20 principaux marchés métropolitains. C'était la plus forte baisse depuis la création de l'indice, il y a 21 ans.

Mais il n'y a pas que le prix des maisons qui dépriment les Américains, notent les experts. Il y a aussi le taux de chômage qui était de 7,6 % le mois dernier, un record depuis septembre 1992. Il atteindra probablement de 8,5 % à 8,75 % à la fin de l'année, et restera élevé jusqu'en 2011, a prévenu hier Ben Bernanke.

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