Le secteur financier suisse pourrait rétrécir de moitié sans le secret bancaire

Selon un des plus influents banquiers privés suisses, Ivan Pictet, «le secteur financier, au lieu de représenter environ 12 % du PIB, n’en représenterait alors peut-être que 6 à 7 %», si était abandonnée la distinction entre l’évasion et la
Photo: Agence Reuters Selon un des plus influents banquiers privés suisses, Ivan Pictet, «le secteur financier, au lieu de représenter environ 12 % du PIB, n’en représenterait alors peut-être que 6 à 7 %», si était abandonnée la distinction entre l’évasion et la

La première banque suisse, UBS, affronte la justice américaine dans le dossier du secret bancaire, Washington voulant obtenir des informations sur des clients soupçonnés d'évasion fiscale. Le marché financier helvète craint de subir de sévères retombées de la disparition de cette particularité.

Genève — Le secteur financier helvétique «pourrait rétrécir [...] jusqu'à près de la moitié de sa taille» sans le secret bancaire, a estimé l'un plus influents banquiers privés suisses, Ivan Pictet, dans un entretien au quotidien genevois Le Temps publié hier.

«Le secteur financier, au lieu de représenter environ 12 % du PIB, n'en représenterait alors peut-être que 6 à 7 %», si était abandonnée la distinction entre l'évasion et la fraude fiscale sur laquelle les banques suisses fondent le secret bancaire, a estimé M. Pictet.

Si le secret bancaire, qui ne protège pas les auteurs de fraude fiscale, «disparaît, le client n'aura plus de raison de faire 500 km pour voir son gérant. Pour l'attirer chez nous, nous devons lui offrir quelque chose qu'il n'a pas chez lui», selon le banquier.

M. Pictet craint que les États du G20 ne fassent pression pour «s'assurer que leurs contribuables les plus fortunés ne peuvent pas s'échapper: nous allons vers des négociations très difficiles, qui feront encore évoluer le secret bancaire», a-t-il prédit.

Le litige qui oppose la justice américaine et la première banque suisse UBS «ne marque pas la fin du secret bancaire, ni du modèle de la banque suisse», a cependant estimé le banquier genevois. La loi suisse garantit la stricte confidentialité aux titulaires de comptes bancaires et les banquiers helvétiques sont régulièrement montrés du doigt pour leur défense de ce secret bancaire.

Cette semaine, UBS, la première institution bancaire suisse, a été contrainte de communiquer aux autorités américaines les noms de plus de 300 clients américains soupçonnés par Washington de fraude fiscale.

Dépôts

Par ailleurs, l'argent déposé dans les banques suisses a diminué de plus d'un quart l'an dernier, alors que la crise financière frappait les valeurs, a constaté la banque centrale helvétique.

Les déposants ont retiré de grosses sommes, soucieux également des enquêtes sur l'industrie bancaire extraterritoriale. Les chiffres mensuels rendus publics lundi par la Banque nationale suisse montrent une baisse des dépôts bancaires de 27 %, 1410 milliards de francs suisses (1516,5 milliards $CAN), ce qui laisse 3820 milliards de francs (4108,4 milliards $CAN) dans les coffres, le plus bas niveau depuis août 2005.

Au cours de l'année 2008, les dépôts de clients étrangers ont diminué de 882 milliards de francs (948,6 milliards $CAN), tandis que les Suisses eux-mêmes ont déposé 531 milliards de francs (571,1 milliards $CAN) dans les banques du pays.

Les dépôts des clients institutionnels ont baissé de 23 %, soit 417 milliards de francs suisses (448,5 milliards $CAN) et s'établissent à 1386 milliards de francs suisses (1491,6 milliards $CAN). Chez UBS, la fuite de capitaux se montait à 226 milliards de francs (243,1 milliards $CAN). De même, Crédit Suisse a vu les retraits augmenter de dizaines de milliards de francs suisses alors qu'il accuse une perte nette de 8,2 milliards de francs suisses (8,8 milliards $CAN).

À voir en vidéo