Wall Street au plus bas en 12 ans

Le Dow Jones a lâché 250,89 points pour atteindre son plus bas niveau de clôture depuis mai 1997, de quoi décourager ce courtier.
Photo: Agence France-Presse (photo) Le Dow Jones a lâché 250,89 points pour atteindre son plus bas niveau de clôture depuis mai 1997, de quoi décourager ce courtier.

La Bourse de New York s'est enfoncée hier, terminant au plus bas depuis près de 12 ans, dans un marché restant nerveux face aux efforts des pouvoirs publics américains pour soutenir les banques: le Dow Jones a perdu 3,4 % et le Nasdaq 3,7 %.

Le Dow Jones a lâché 250,89 points, à 7114,78 points, son plus bas niveau de clôture depuis mai 1997. L'indice vedette de Wall Street a perdu près de la moitié de sa valeur depuis son record du 11 octobre 2007 (14 198,10 points).

Très suivi des opérateurs, l'indice élargi Standard & Poor's 500, qui avait tenu jusqu'alors au dessus de son plancher de novembre, a fini au plus bas depuis avril 1997, en baisse de 3,5 % (26,72 points), à 743,33 points. Le Nasdaq, à dominante technologique, a cédé 53,51 points, à 1 387,72 points, au dessus de son niveau de clôture du 20 novembre dernier.

À Toronto, l'indice S&P/TSX a perdu 302,32 points, ou 3,8 %, pour clôturer à 7647,67. L'indice baromètre revenait ainsi à son niveau le plus bas depuis octobre 2003.

La place new-yorkaise a vite abandonné ses gains initiaux, s'enfonçant au fil de la séance, dans un volume d'échanges assez étoffé. Soutenant le marché à l'ouverture, le Trésor a ouvert la porte à une éventuelle nationalisation des banques, tout en précisant que cette option restait un dernier recours.

Selon les médias, les autorités envisagent de convertir en actions ordinaires leurs actions préférentielles dans Citigroup, pour posséder entre 25 à 40 % du capital de la banque, alors que le marché craignait une nationalisation totale. Le titre a rebondi de 9,7 % à 2,14 $US après une chute de 41 % la semaine dernière. Bank of America a repris 3,2 % à 3,91 $US.

Dernier rempart

Les autorités américaines ont ouvert la porte à la possibilité d'une nationalisation des banques les plus en difficulté, une éventualité longtemps discutée mais que le Trésor veut éviter en faisant d'abord appel aux capitaux du privé. Le «Plan d'assistance en capital», dont les modalités ont été précisées hier, offre une clarification attendue, la question de la nationalisation des banques ayant été intensément débattue aux États-Unis ces dernières semaines.

Le Trésor a expliqué qu'il ne nationalisera qu'en dernière extrémité. Ces nouvelles modalités du plan de stabilité financière voté par le Congrès en octobre, qui s'appliqueront à partir de demain, prévoient plusieurs étapes avant d'en arriver là, à commencer par un appel aux capitaux privés.

Si Washington doit intervenir, «tout capital de l'État sera sous forme d'actions préférentielles obligatoirement convertibles, qui seraient converties en actions ordinaires seulement si cela s'avère nécessaire avec le temps pour maintenir les banques dans une position bien capitalisée», a indiqué le Trésor.

Jusque-là, l'État s'était contenté d'actions préférentielles non convertibles, qui ne lui offraient aucun droit de vote.

Les autres États

Aux États-Unis comme en Europe, les banques chancelantes peuvent donc compter à nouveau sur l'État: Royal Bank of Scotland et LBG préparent des restructurations soutenues par Londres, Paris refinance l'union Caisse d'Épargne-Banque Populaire.

En Grande-Bretagne, le gouvernement a annoncé hier le retour de la banque nationalisée Northern Rock sur le marché des prêts immobiliers. Le ministre des Finances Alistair Darling l'a présenté comme une «parmi toute une série de mesures pour rebâtir le système bancaire».

Selon la presse, Londres devrait lancer jeudi la principale disposition de son second plan de sauvetage bancaire, présenté le mois dernier. Son principe est que l'État assurera les banques contre le risque de pertes générées par leurs actifs «toxiques», comme les fameux prêts subprimes.

Selon la presse, Royal Bank of Scotland (RBS) et Lloyds Banking Group (LBG), détenues par l'État à près de 70 % et 43 % respectivement, pourraient faire assurer jusqu'à près de 500 milliards de livres d'actifs. En outre RBS devrait dévoiler à la fois des pertes colossales pour 2008 et des cessions massives d'actifs.

En Allemagne, le gouvernement a démenti hier avoir l'intention de créer une «banque pour l'économie», capable de répondre aux problèmes de liquidités des entreprises, contrairement à des informations de presse.

En France, l'État va injecter «entre 2,5 et 5 milliards d'euros» sous la forme de prêts subordonnés dans le nouvel ensemble Caisse d'Épargne - Banque Populaire, dont il a précipité le mariage. La fusion devrait être officialisée cette semaine. Paris veut ainsi donner «une taille stratégique» à ce qui va devenir la deuxième banque française, a indiqué hier la ministre française de l'Économie Christine Lagarde, sans évoquer de prise de participation dans la nouvelle banque.

AIG

Dans la foulée, l'assureur américain AIG, qui a déjà été renfloué à hauteur de 150 milliards par l'État fédéral, est en discussions avec l'État américain pour obtenir des fonds supplémentaires, croyait savoir hier la chaîne de télévision CNBC. Ces fonds, dont le montant n'a pas été dévoilé, doivent permettre à l'ex-numéro un mondial de l'assurance à continuer d'opérer normalement après la publication de ses résultats annuels lundi prochain, censés être les plus mauvais jamais publiés par une entreprise américaine, affirme CNBC, s'appuyant sur des sources proches du dossier.

Selon la chaîne financière, AIG devrait publier une perte avoisinant les 60 milliards, en raison d'un montant équivalent en dépréciations d'actifs divers et variés. Ces pertes colossales devraient se traduire par une dégradation des notations financières d'AIG, rendant plus difficile encore l'accès à des financements privés pour le groupe.

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D'après l'Agence France-Presse

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