2000 milliards de plus pour sauver les banques

Le coût associé au sauvetage des banques américaines ne cesse d'augmenter. La plus récente estimation chiffre à 2000 milliards l'engagement additionnel que devra prendre le gouvernement américain pour sauver son système financier. Dans l'ombre de cette vaste opération de sauvetage s'est profilé le versement de généreuses primes, l'an dernier, chez les institutions financières de Wall Street, soit le sixième montant en importance de l'histoire de la Bourse américaine. Ulcéré, le président Barack Obama a décrié l'irresponsabilité de ces dirigeants.

Dans une rare manifestation de colère depuis son arrivée à la Maison-Blanche, Barack Obama s'en est pris hier à ce versement de généreuses primes par des institutions renflouées par les fonds publics. Le président réagissait aux données diffusées par les autorités de l'État de New York révélant que les institutions de Wall Street ont versé l'an dernier 18,4 milliards de dollars de primes à leurs salariés. Ce montant cumulé est, certes, inférieur de 44 % à celui de 32,9 milliards de 2007, ce qui représente en soi le repli le plus important en

30 ans. En valeur absolue, la somme de 2008 demeure, cependant, la sixième en importance dans l'histoire de Wall Street. «Aucun Américain qui regarde son portefeuille d'actions mis de côté pour sa retraite ne peut se dire que 2008 a été la sixième meilleure année à Wall Street», a commenté le porte-parole de la Maison-Blanche Robert Gibbs.

Barack Obama fulminait, jugeant ces primes «honteuses» et relevant du «comble de l'irresponsabilité». Le chef de la Maison-Blanche d'ajouter: «Ce qu'il va falloir, entre autres, c'est que les gens de Wall Street qui demandent de l'aide fassent preuve de retenue, de discipline et de davantage de sens des responsabilités. Les Américains voient bien que nous sommes dans un trou profond dont il faut nous sortir, mais ils n'aiment pas l'idée que des gens creusent un trou plus profond alors qu'on leur demande de le remplir. Nous allons devoir discuter directement [...] avec ces gens à Wall Street pour leur signifier qu'ils doivent commencer à agir de manière plus responsable si nous voulons, ensemble, remettre l'économie en marche.»

«Il y aura un moment où ils pourront faire des profits, et il y aura un moment où ils pourront recevoir des primes. Mais ce n'est pas le moment actuellement», a-t-il martelé.

L'irritation est d'autant plus virulente que le coût de l'opération de sauvetage des institutions et de renflouement du système financier ne cesse d'être revu à la hausse. Hier, le Wall Street Journal évoquait un engagement additionnel de 1000 à 2000 milliards, en sus des 700 milliards déjà accordés par Washington, en vue de maintenir les banques du pays à flot. Cet apport additionnel reposerait sur une entrée de l'État dans l'actionnariat des banques.

À ces fonds supplémentaires s'ajouterait la création d'une «structure de défaisance» appelée à recueillir les actifs toxiques qui alourdissent encore le bilan des institutions, au risque d'entraîner une nouvelle ronde de dépréciation de l'actif au bilan de celles-ci. Selon les rumeurs ayant circulé mercredi, le montant total de ces actifs viciés atteindrait les 1000 milliards $US. Ce fonds appelé à racheter les actifs invendables des banques disposerait d'une enveloppe de 100 à 200 milliards provenant de la deuxième tranche des 700 milliards déjà débloqués par le Congrès, a précisé le quotidien financier.

Les nouvelles projections du Wall Street Journal rejoignent celles formulées la semaine dernière dans une étude publiée par Nouriel Roubini, présentée comme ayant été l'un des premiers analystes à avoir pressenti cette onde de choc qui secoue le système financier depuis l'éclatement de la bulle des subprimes, en août 2007. L'économiste avait chiffré entre 1000 et 1400 milliards les nouveaux capitaux requis pour recapitaliser les banques américaines.

Au total, les institutions américaines devraient comptabiliser la moitié des 3600 milliards que serait le coût global de cette crise financière à l'échelle planétaire. Cette facture estimée englobe à la fois les pertes et les dépréciations de la valeur de l'actif des institutions.

En début de semaine, le Fonds monétaire international (FMI) se voulait plus conservateur en révisant tout de même à la hausse son estimation du coût de la crise bancaire, qui devrait désormais atteindre les 2200 milliards à l'échelle mondiale. Le FMI parlait plutôt de 1400 milliards en octobre, de 945 milliards en avril.

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Avec l'Agence France-Presse

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