La crise économique pourrait mettre 51 millions de personnes au chômage

Genève — La crise économique mondiale pourrait mettre au chômage jusqu'à 51 millions de personnes, et «l'agitation sociale est déjà là», a averti hier le Bureau international du travail (BIT).

Dans son rapport sur les tendances mondiales de l'emploi en 2009 présenté à Genève, l'organisation a estimé que le nombre de chômeurs pourrait augmenter de 18 à 30 millions à travers le monde par rapport à 2007, «et même de 51 millions si la situation continue de se détériorer».

Selon le premier des trois scénarios dressés par le BIT, le taux de chômage mondial passerait de 5,7 % en 2007 à 6,1 % en 2009, «ce qui se traduirait par une hausse du nombre de chômeurs de 18 millions par rapport à 2007», soit un total de 198 millions. Mais le BIT juge cette perspective déjà dépassée, car reposant sur les prévisions du FMI de novembre 2008 établies sur une croissance 2009 de 2,2 % qui vient d'être revue à la baisse.

Le deuxième scénario, lié à une détérioration plus grande que ce qui avait été envisagé en novembre dernier, provoquerait une hausse du nombre de chômeurs de 30 millions par rapport à 2007, soit un total de 210 millions. Selon le troisième et dernier scénario, le taux de chômage mondial pourrait atteindre 7,1 %, et le nombre de chômeurs dans le monde s'élever à 230 millions.

Dans ce cas de figure, le nombre de travailleurs pauvres pourrait alors atteindre 1,4 milliard, «soit près de 45 % de la population active mondiale ayant un emploi». En outre, plus de 200 millions de personnes, «la plupart dans les économies en développement», pourraient venir grossir les rangs des travailleurs «extrêmement pauvres».

Au vu de ces différentes hypothèses, le BIT, qui se veut «réaliste, pas alarmiste», a attiré l'attention des gouvernements sur les conséquences sociales de la crise. «L'agitation sociale est déjà là», a relevé le directeur général du BIT Juan Somavia pour qui les gouvernements doivent impérativement prendre en compte la situation des personnes dans le cadre de leurs plans de relance de l'économie. «S'il vous plaît, n'oubliez pas les gens !», a lancé M. Somavia en soulignant qu'en fin de compte la pertinence des plans de relance sera jugée par ceux auxquels ils s'adressent.

Selon M. Somavia, les gouvernements doivent prendre un certain nombre de mesures d'urgence axées sur la création et la protection de l'emploi, l'élargissement de la protection sociale ainsi que le dialogue social. «Le dialogue tripartite avec les organisations d'employeurs et de travailleurs devrait jouer un rôle central pour lutter contre la crise économique et élaborer des réponses à la crise», a-t-il insisté.

Selon le directeur général du BIT, les pays du G20 qui se réuniront le 2 avril prochain à Londres doivent s'accorder, «outre les mesures financières, sur des mesures urgentes à prendre pour promouvoir l'investissement productif, les objectifs de travail décent et de protection sociale».

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